Ce lundi 13 décembre avait lieu le dernier conseil municipal de 2021. Une année émaillée par de nombreuses polémiques politiques à l’intérêt pour le moins discutable, alors même que les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois ont dû affronter de nombreuses difficultés. Pour une dernière fois donc, nos élues et élus se sont retrouvés dans l’hémicycle pour voter les dernières délibérations et résolutions de l’année. Un conseil municipal loin d’être apaisé, dans lequel on a vu poindre les premiers ruissellements des débats politiques nationaux. Alors même que ceux-ci semblent particulièrement éloignés de la sphère locale.

64 points à l’ordre du jour, une seule interpellation, une résolution, deux motions et une question d’actualité. Le programme de ce dernier conseil municipal de l’année se révèle dense et varié. Et si certaines délibérations préfigurent de grands changements pour les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois, les débats n’ont parfois pas manqué de se perdre dans les tréfonds de la malhonnêteté intellectuelle.


Ce qui va changer pour les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois


Le prolongement du tram vers l’avenue des Vosges

On vous en parlait ce lundi, le tram passera désormais par la place de Haguenau et l’avenue des Vosges. Des travaux de grande ampleur devraient débuter en 2023, préfigurant ainsi un Strasbourg bien différent de celui qu’on connaît aujourd’hui. Si la décision de voter ce prolongement appartient à l’Eurométropole, l’exécutif a néanmoins évoqué le sujet lors du conseil municipal. Pour Jeanne Barseghian, cette décision incarne ainsi « une nouvelle révolution des mobilités ». Elle met en avant ce « projet ambitieux, qui est un puissant levier de transformation urbaine ». En effet, en passant par la gare, le boulevard Wilson, puis la place de Haguenau et l’avenue des Vosges, le projet compte bien dépolluer les axes strasbourgeois les plus touchés.

Néanmoins, pour l’opposition, le compte n’y est pas. Pas parce qu’elle est contre le tram – il est politiquement impossible de défendre une telle position à Strasbourg. Mais bien parce qu’elle s’oppose au mode de concertation choisi pour discuter des différents tracés. Anne-Pernelle Richardot, élue socialiste, la compare même au « Canada Dry de la concertation ». Secondée par Céline Geissmann, également socialiste, qui constate : « Aujourd’hui, en termes de concertation, Strasbourg prend un tram de retard ». Un élu d’opposition enfonce d’ailleurs le clou, comparant la concertation à une « parodie des procès de Moscou ». La recherche de la nuance ne s’arrête pas là, puisqu’il dénonce ensuite : « Ce que vous proposez là, c’est un tram zadiste, qui est là pour occuper l’espace et empêcher les autres ». Avant de terminer : « L’avenue des Vosges est devenue votre prise de guerre ».

En guise de réponse, la municipalité remet d’abord le choix du tracé au centre du débat. Jeanne Barseghian déclare que « c’est la variante qui accompagne de la manière la plus ambitieuse l’avenir de notre agglomération ». En outre, elle évoque la volonté d’Alain Fontanel de faire passer un tram par l’avenue des Vosges en 2018. Une proposition que l’élu d’opposition avait ensuite abandonnée pendant les élections municipales. Dès lors, Syamak Agha Babaei, premier adjoint, pose la question : « Est-ce que vos divergences ne seraient-elles pas idéologiques ? ». Touchant là un point intéressant dans les relations entre la municipalité et son opposition. Néanmoins, comme de nombreux débats antérieurs, il se perd en un dialogue de sourds et de bons mots. Un débat qui a duré près de trois heures, où l’absence de chiffres et d’arguments sourcés a cruellement fait défaut. 

© Wikipedia


Des maisons de service au public créées à l’Elsau et à Koenigshoffen

On vous en parle plus en détail dans cet article, mais toutes les Strasbourgeoises et tous les Strasbourgeois n’ont pas accès au mêmes services de proximité. Et particulièrement celles et ceux habitant dans des quartiers dits prioritaires des politiques de la Ville (QPV). C’est pourquoi la municipalité, dans sa politique d’équité territoriale, a mis en place un Plan de Services Publics de Proximité. Voté à l’unanimité, il permettra d’apporter « des réponses aux inégalités présentes dans notre ville, qui continuent de se creuser », comme l’a précisé Jeanne Barseghian.

Concrètement, la municipalité prévoit de créer deux maisons de service au public à l’Elsau et à Koenigshoffen. Cette décision impliquera la construction d’un bâtiment neuf juste à côté du centre socio-culturel de l’Elsau. qui accueillera « un centre médico-social, une médiathèque mais aussi la mairie de quartier », comme le précise Benjamin Soulet, adjoint chargé de l’équité territoriale. Un investissement de proximité conséquent de plus de 5 millions d’euros, dans un quartier qui en manquait cruellement. La seconde maison de service au public sera installée dans le Parc d’activité Gruber, route des Romains. Elle sera ainsi composée d’ « une mairie de quartier, un centre médico-social, un tiers-lieu d’animation culturelle et à des espaces pour donner des services ». Cette délibération est également votée à l’unanimité.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Ce qui va changer pour Strasbourg

La destitution de Céline Geissmann

On vous avait raconté l’affaire hier matin. Le conseil municipal du 13 décembre a en effet évoqué le retrait des délégations de Céline Geissmann, seule élue socialiste possédant un poste d’adjointe. Après des échanges de communiqués de presse, la maire et l’adjointe se sont enfin retrouvées dans l’hémicycle. Jeanne Barseghian débute, considérant cette délibération comme une « clarification politique », après de longs mois de conflits larvés entre les écologistes et les socialistes.

De son côté, Céline Geissmann répond en reprenant peu ou prou les mêmes termes que son communiqué de presse. Elle dénonce la décision de la majorité de « couper les têtes », reprenant ainsi un argumentaire de la droite LR. Par la suite, elle déclare même : « Vous ouvrez les trappes sous les pieds de ceux que vous voulez voir partir ». Une référence à un dessin paru dans la presse quotidienne régionale dépeignant Jeanne Barseghian comme un tyran autoritaire. Une pratique que goûte peu la maire de Strasbourg : « J’ai bien compris depuis un an et demi la méthode de me dépeindre en tyran autoritaire et sectaire, avec qui on ne peut dialoguer. »

Finalement, le vote concernant la destitution de Céline Geissmann se déroule par bulletin secret via boitier électronique. Un dispositif clairement pas préparé à l’avance, puisqu’il a fallu plus d’une heure pour que les élus parviennent à voter. Pour une municipalité qui vient d’évincer son adjointe au numérique, la situation est plutôt cocasse. Quoiqu’il en soit, par 42 voix pour, 16 voix contre et 4 abstentions, le conseil municipal entérine la destitution des fonctions d’adjointe de Céline Geissmann.

Céline Geissmann prenant la parole lors du conseil municipal du 3 mai 2021
© Capture d’écran du live du conseil municipal


L’arrivée de nouvelles têtes au conseil municipal

Suite à la destitution de Céline Geissmann (adjointe chargée du numérique) et à la démission de Julia Dumay (adjointe chargée des relations européennes et internationales), la municipalité écologiste a nommé deux nouvelles adjointes pour occuper ces sièges vacants. Le poste d’adjointe au numérique sera remplacé par un poste dédié à la petite enfance, désormais occupé par Soraya Ouldji. Quant au poste d’adjointe chargé des relations européennes et internationales, il sera repris par Véronique Bertholle. Les deux femmes ont enfin été élues, avec respectivement 43 voix pour et 18 votes blancs, et 45 voix pour et 16 votes blancs. 

Enfin, la conseillère municipale aux partenariats universitaires ayant également démissionné, l’élu communiste Aurélien Bonnarel la remplace. Faisant ainsi son entrée au conseil municipal.

Soraya Ouldji. © Capture d’écran du live de la Ville


Le moment à retenir : le grand délire du « wokisme »

Tard dans la soirée, un débat a animé le conseil municipal. Et pas sur n’importe quel sujet : le « wokisme ». Si vous ne savez pas ce que c’est, c’est un mot anglais qui signifie littéralement « éveillisme », dans le sens de l’éveil des consciences. Pourtant, il est utilisé de manière péjorative en France, dans un mot-valise désignant une partie de la gauche progressiste. Est-ce que ce sujet a une quelconque résonance au niveau local ? Absolument aucune. Est-ce qu’il a une importance à Strasbourg ? Non plus. Cela ne l’a pourtant pas empêché de se retrouver propulsé dans l’hémicycle strasbourgeois. À travers une résolution proposée par Rebecca Breitmann et Pierre Jakubowicz s’intitulant : « Défendre l’universalisme républicain dans l’ensemble des politiques municipales ».

Qu’est-ce qui justifie selon eux d’apporter ce sujet dans l’hémicycle ? Rebecca Breitmann souhaite reprendre « la réalité des débats nationaux » et d’accepter d’en discuter « de façon républicaine ». Comme ils l’expliquent, avec cette résolution, ils souhaitraient éviter qu’une collectivité utilise de l’argent public pour subventionner des associations qui promouvraient des réunions en non-mixité ou de personnes racisées. En somme, selon eux, des réunions excluantes, « qui seraient une atteinte durable à l’universalisme républicain ». Jean-Philippe Vetter abonde également dans ce sens, jugeant la résolution « complètement fondée » : « Une réunion réservée à des personnes en fonction de leur couleur de peau, je suis choqué, ça me révolte ». Encore, une fois, l’opposition tente de faire passer les écologistes pour des ennemis de la République, mais aussi de la laïcité.

Conseil municipal 15 novembre 2021
Un conseil municipal animé. © Capture d’écran Conseil municipal 15 novembre 2021

Du côté de la majorité, forcément, ça ne passe pas. En effet, on y conteste la résolution, dans le fond comme dans la forme. Caroline Zorn, co-présidente du groupe écologiste, ne comprend pas comment ce texte a pu passer « les fourches caudines de la recevabilité ». Elle ne souhaite pas que son groupe prenne part au vote, dénonçant une « mascarade ». Guillaume Libsig fait lui le parallèle entre ce débat et celui sur le supposé islamo-gauchisme à l’université. Enfin, du côté de Jeanne Barseghian, la maire prévient l’opposition « de ne pas se tromper d’ennemis », rappelant que le vrai danger est l’extrême-droite. Qui se trouvait dans l’opposition au conseil municipal, il n’y a pas si longtemps que cela.

Finalement, la résolution est adoptée avec 8 voix pour (Rebecca Breitmann, Pierre Jakubowicz, Alain Fontanel, Nicolas Matt, Christelle Kohler, Isabelle Meyer, Elsa Schalck et Jean-Philippe Vetter) et trois voix contre (Joris Castiglione, Hulliya Turan et Aurélien Bonnarel, tous élus communistes). Soit une abstention record. Quoi de plus normal finalement pour un sujet on ne peut plus éloigné des préoccupations des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois. Un sujet qui se trouve en revanche très proche de certaines préoccupations nationales, amenées cyniquement sur la scène locale. Enfin, pour celles et ceux qui s’inquiéteraient de voir de tels objectifs poursuivis avec ce vote, on rappelle qu’une résolution, même votée, ne comporte aucun caractère obligatoire pour la mairie. Qui reste donc libre de mener les politiques qu’elle souhaite.

Les débats se terminent sous les coups de 23h30, clôturant un dernier conseil municipal de l’année préfigurant le début d’année 2022. Soit une année électorale, où les intérêts politiques nationaux vont prendre le pas sur les préoccupations locales. Pour, très probablement, d’autres débats sans réels fondements. Malgré cela, quelques décisions importantes ont émaillé les discussions, cette fois davantage ancrées dans Strasbourg. Notre ville, qui devrait toujours se trouver au centre des préoccupations, quelques soient les ambitions nationales de chacune et chacun. 

7 COMMENTAIRES

  1. Ouf poka votre appartenance extrême gauche transpire un peu trop à travers votre torchon. Quand savez vous des préoccupations des strasbourgeois et des strasbourgeoises ? Vous nous avez tous sondé ?

    • Bonjour,

      Déjà, on pourrait tout de même se demander quel est l’intérêt de parler d’un prétendu « wokisme » en conseil municipal. C’est une prérogative qui n’a rien à voir avec les politiques locales.

      Ensuite, effectivement, non, nous ne les avons pas sondés. Néanmoins, l’IFOP l’a fait pour les Françaises et Français. Si l’on en croit les résultats, 14% des sondés et sondées ont déjà entendu parler de la pensée « woke ». Là-dedans, seul 6% savent exactement de quoi il s’agit. Les résultats complets sont disponibles en suivant ce lien : https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2021/03/117936-Résultats.pdf

      Enfin, on pourrait alors se demander quel est l’intérêt de parler de quelque chose d’aussi éloigné des prérogatives municipales, que peu de monde ne connaît au-delà de la sphère politico-mediatico-réseaux sociaux. Si ce n’est pour faire de la polémique inutile. Que l’opposition soit une vraie force de proposition dans le conseil municipal strasbourgeois et non pas seulement préoccupée par des calculs électoraux, et les décisions strasbourgeoises seront sans aucun doute meilleures.

      Bonne fin de journée à vous,
      Nicolas Kaspar

  2. Selon le même sondage ifop, 6% des français connaissent et approuvent les luttes en non-mixité. En anglais on appelle ça du »cherry picking ». Pas sûr que beaucoup de strasbourgeois savent de quoi il s’agit et pourtant, c’est partout.

    • Bonsoir,

      Déjà, on pourrait utiliser le terme français de « picorage », plutôt qu’un terme anglais comme le « wokisme ».

      Après, cette pratique est similaire à ce qu’on appelle le « biais de confirmation », c’est à dire croire que nos croyances intrinsèques valident ce qu’on peut entendre ou voir. Ce que vous prouvez de manière élégante.

      Ensuite, les réunions en non-mixité semblent vous déranger. Plusieurs questions de ma part :

      Seriez vous contre une réunion réunissant uniquement des femmes victimes de violences conjugales ? Ou encore des personnes victimes d’inceste ?

      Si la réunion concernait les problématiques inhérentes au fait d’être lesbienne, trans ou racisée, est ce que vous vous sentirez concernés ?

      Enfin, vous affirmez que 6% approuvent des réunions de non-mixité. Plusieurs choses par rapport à cette fausse affirmation :

      Déjà, vous confondez avec la pensée woke. Le véritable nombre est 14%. Ensuite, jamais est-il écrit dans ce sondage que les personnes sondées approuvent. Le sondage ne fait état que des personnes qui savent ce que les termes signifient. Ce qui est une grosse différence.

      Pour vous résumer : 6% savent ce que la pensée woke signifie; 14% savent ce que les réunions en non-mixité signifient. Aucun % ne dit quoi que ce soit par rapport à une éventuelle approbation.

      Finalement, vous ne faites pas tant du picorage que de la désinformation.

      Bonne soirée à vous,
      Nicolas Kaspar

  3. P.32
    Je n’ai pas dit que j’avais quelque chose contre les réunions en non-mixité.
    Vos idées vous possèdent et vous poussent au biais de confirmation.

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