Prévu pour le 17 juin au PMC à Strasbourg, le meeting-concert « Justice pour la Palestine » organisé par le parti européen Alliance de la gauche européenne pour les peuples et la planète (ELA) fait polémique depuis quelques jours. La raison ? La présence du rappeur Médine, qui a enflammé la fin du conseil municipal du 5 juin dernier. Retour sur la controverse.
Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir les premiers sujets chauds émerger du conseil municipal. Le 5 juin dernier se tenait le premier « vrai » conseil version mandature Catherine Trautmann et si peu de points structurants pour l’avenir de Strasbourg ont été évoqués, quelques polémiques n’ont pas tardé à émerger.
Parmi elles, une question d’actualité déposée par Halima Meneceur (LFI), intitulée Annulation d’une réservation suite à la présence d’un artiste. Concluant le conseil municipal en échauffant les esprits, elle revient sur une polémique datant d’il y a quelques jours, portant principalement sur la présence du rappeur Médine lors d’un meeting-concert « Justice pour la Palestine » prévu au PMC le 17 juin prochain.
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Un débat qui aura opposé la municipalité à LFI, la première dénonçant le flou et le manque de clarté quant à la présence du rappeur, la seconde dénonçant des « pressions exercées par la municipalité dirigée par Catherine Trautmann sur le PMC » ainsi que « des informations mensongères [qui] ont été relayées à la presse ».
De l’autre côté de l’échiquier politique strasbourgeois, elle aura également permis quelques escarmouches entre Les Républicains et la municipalité, par la voie d’une motion Non à la mise à disposition du Palais de la Musique et des Congrès pour le meeting-concert de Médine organisé par La France insoumise. Motion présentée hors délai, et donc non étudiée en conseil, ce qui n’a pas manqué de frustrer les élu(e)s d’opposition LR.
C’est quoi ce meeting-concert ?
Intitulé « Justice pour la Palestine », ce meeting-concert est prévu le 17 juin au PMC et est organisé par l’Alliance de la gauche européenne pour les peuples et la planète. Un parti européen qui comprend notamment dans ses rangs LFI, mais également des partis de gauche finlandais, suédois, danois, espagnols, portugais, polonais et italiens. Il prévoit de mettre en avant l’initiative citoyenne « Violations des droits de l’Homme par Israël : exigeons la suspension totale de l’accord d’association UE-Israël ».
Concrètement, l’initiative citoyenne européenne permet aux citoyen(ne)s de l’Union européenne de demander à la Commission européenne de proposer de nouvelles lois sur des sujets relevant de sa compétence [bien qu’elle n’en soit pas obligée, ndlr]. Pour cela, il faut plus d’un million de signatures, venant d’au moins 7 pays membres. À l’heure où cet article est rédigé, 1 223 995 personnes ont signé l’initiative, dans les 27 pays de l’Union européenne. La France est la signataire majoritaire, avec 441 133 signatures.
Puisqu’une session du Parlement européen est prévue du 15 au 18 juin, il semblait intéressant au niveau du calendrier de mettre le meeting en plein milieu, afin de donner au sujet le plus de traction possible. La date du 17 juin a donc été retenue.
Le 1er juin, l’événement est annoncé sur les réseaux sociaux de l’ELA. Sont prévues au programme plusieurs personnalités LFI : les eurodéputées Manon Aubry et Rima Hassan, le député strasbourgeois Emmanuel Fernandes et le nouveau maire de Saint-Denis Bally Bagayoko. Mais aussi, le rappeur Médine, pour un concert gratuit. C’est le point de départ de la polémique.
Les rouages de la polémique
Dès le 2 juin, Strasbourg Events annonce son mécontentement. Par la voix de son directeur Christophe Caillaud Joos, le gestionnaire du PMC accuse LFI « d’avoir caché la participation du chanteur à ce meeting sur la Palestine et refuse qu’il se produise », précisant que rien n’est encore signé. De son côté, le 1er adjoint Mathieu Cahn affirme ne pas être « favorable à la tenue de ce genre d’évènements car on a affaire à des gens, que ce soit Rima Hassan ou Médine, qui ont tenu des propos […] de nature à créer des tensions au sein de la ville ». Il précise à ce moment-là ne pas avoir de moyen juridique d’interdire cela.
Deux jours plus tard, ce sont le CRIF Alsace et Fabienne Keller, députée européenne, qui s’érigent contre la présence de l’artiste à cet événement. Dans les DNA, l’association s’insurge contre « une nouvelle opération de mobilisation politique et idéologique », une « instrumentalisation » par LFI du conflit israélo-palestinien dans la perspective de la présidentielle 2027.
Fabienne Keller est quant à elle vent debout contre la présence du logo du Parlement européen sur l’affiche du meeting et de la mention du financement de l’événement par l’institution, alors qu’est également affiché juste après l’inscription « le Parlement européen n’est pas responsable de l’activité ni de l’usage qui pourrait être fait des informations qui y figurent ». Enfin, le 5 juin, jour du conseil municipal, c’est Frank Leroy qui dénonce « une ambiguïté calculée sur l’antisémitisme » de la part de LFI.
Le 5 juin également, Manon Aubry s’est elle insurgée des menaces portant sur la tenue de l’événement sur les réseaux sociaux. L’eurodéputée dénonce des « pressions exercées par la municipalité dirigée par Catherine Trautmann sur le PMC » ainsi que « des informations mensongères [qui] ont été relayées à la presse ». Elle y explique qu’une demande écrite a été adressée au PMC le 24 avril dernier pour la tenue d’un meeting politique et d’un concert de rap, que l’identité de l’artiste a été évoquée à de nombreuses reprises et qu’une réunion avec la partie technique des équipes du PMC a été réalisée pour la partie concert. Concluant : « Ni l’objet ni la nature de l’événement n’ont été dissimulés. »
Qu’est-ce qui fait polémique ?
Si les critiques dirigées vers l’événement se portent parfois sur LFI ou, pour une partie de l’argumentaire de Mathieu Cahn, sur Rima Hassan [relaxée par la justice alors qu’elle était accusée d’injure publique par Anne-Pernelle Richardot, de la municipalité strasbourgeoise, ndlr], le gros de la polémique concerne le rappeur Médine.
Un artiste qui a par le passé été accusé d’« islamiste » et d’« homophobe », mais qui s’est surtout retrouvé dans le cyclone de la polémique en août 2023. Alors qu’il était prévu aux universités d’été des Écologistes, il a le 11 août répondu à l’essayiste et désormais chroniqueuse sur CNews Rachel Khan, qui le traitait de « déchet ». Un jeu de mot jugé antisémite par beaucoup sur le nom de famille de celle qui est petite-fille de déportés juifs .
Malgré des excuses proférées dès le lendemain, différentes pressions se sont abattues sur les Écologistes, qui avaient décidé de maintenir l’artiste. Pour la petite touche strasbourgeoise, Jeanne Barseghian avait d’ailleurs annoncé boycotter les universités d’été de son parti, jugeant que l’artiste tenait « une position trop ambiguë sur l’antisémitisme ».
Depuis, nombre de ses apparitions en festival donnent lieu à des polémiques, souvent de la part de la droite ou de l’extrême droite. En mars dernier, alors qu’il devait se produire au Point d’eau en novembre, le vote d’une subvention de la Région Grand Est de 30 000 € à La Laiterie a fait bondir le RN de son siège. Frank Leroy avait alors déclaré que « la Région ne pratique pas la censure » et qu’elle n’intervenait pas « dans la programmation des lieux culturels qu’elle finance ».
On en a dit quoi en conseil municipal ?
Point final, pour l’instant, de la polémique : le conseil municipal du 5 juin. Pour LFI, Halima Meneceur déclare que le chanteur serait en possession d’un contrat et que sa présence est connue depuis le 22 mai dernier. Dans les pas de l’argumentaire de Manon Aubry un jour auparavant, l’élue s’interroge ensuite : « Quel est le niveau d’implication de la collectivité, [actionnaire de Strasbourg Events, ndlr] dans ces décisions ? La municipalité ne serait pas favorable à sa présence ? »
Elle conclut en expliquant que Médine s’est plusieurs fois produit à Strasbourg sans que cela ne pose de troubles à l’ordre public.
Sur la droite, c’est Irène Weiss qui s’impliquera dans le débat houleux, qui aura duré 27 minutes. Passablement frustrée que la motion n’ait pas été ajoutée à l’ordre du jour, l’élue d’opposition critique durement l’inaction de la majorité, et lui demande d’intervenir afin que le PMC « ne soit pas mis à disposition pour cette manifestation ». Elle argumente également que cette polémique pose « une question majeure concernant l’utilisation des fonds publics et des équipements financés par les contribuables ».
Pris entre sa gauche et sa droite, Mathieu Cahn préfère d’abord ironiser sur la situation : « Pour les un(e)s nous sommes des censeurs, pour les autres nous sommes des lâches. » Il développe ensuite son argumentaire, maintenant qu’il y a eu tromperie sur la marchandise : « Je n’ai pas de problèmes avec les meetings des partis politiques, que je partage leur opinion ou non. Le devis ne portait pas sur un concert, mais sur l’accueil d’un événement de débat. C’est sur cette base que l’argument commercial sera jugé. » À voir la suite que sera donnée à toute cette affaire.



