Ce lundi 13 décembre a lieu le dernier conseil municipal de l’année. Une ultime réunion pour nos politiques strasbourgeoises et strasbourgeois, qui clôture une dure année 2021. L’un des points abordés concernera la révocation des fonctions de Céline Geissmann par Jeanne Barseghian. Une affaire politique qui a quelque peu secoué les rangs de la majorité, et que l’on vous résume ici, avant qu’elle ne revienne sur le tapis du conseil municipal.


Le 29 novembre dernier, Jeanne Barseghain annonçait par voie de communiqué de presse du mouvement dans son exécutif. En effet, deux élues du conseil municipal ont démissionné de leur mandat électoral à la Ville de Strasbourg : Ada Reichhardt, conseillère municipale aux partenariats universitaires, et surtout Julia Dumay, adjointe chargée des relations européennes et internationales. Mais la vraie nouvelle politique tombait quelques lignes plus loin : profitant de ce remaniement, Jeanne Barseghian a décidé de retirer les délégations de Céline Geissmann.

Conseil municipal 15 novembre 2021
Un hémicycle désormais chamboulé. © Capture d’écran Conseil municipal 15 novembre 2021


Qui est Céline Geissmann ?

Pourquoi cette nouvelle est intéressante ? Tout simplement parce que Céline Geissmann était la seule adjointe de l’exécutif venant du groupe Faire Ensemble, c’est-à-dire les socialistes. Son poste d’adjointe provenait en effet de l’alliance de dernière minute formée par les deux groupes politiques de Jeanne Barseghian et Catherine Trautmann, juste avant le conseil municipal d’intronisation du 4 juillet 2020. La jeune femme avait donc récupéré le 18ème et avant-dernier poste d’adjointe, et se trouvait depuis cette date chargée de la Ville numérique et innovante.

À seulement 29 ans, la jeune femme devenait alors la socialiste avec le plus de responsabilité de son groupe politique. Un de ses grands projets avait été de repenser totalement la façon dont le Shadok se développait. Elle avait également plusieurs fois pris la parole durant les conseils municipaux afin de défendre la place européenne de Strasbourg, lutter contre le cyber-harcèlement ou encore soutenir une motion permettant de traduire les conseils municipaux en langue des signes.

Céline Geissmann prenant la parole lors du conseil municipal du 3 mai 2021
© Capture d’écran du live du conseil municipal


Pourquoi Jeanne Barseghian l’a-t-elle démise de ses fonctions ?

Alors que la désormais ex-adjointe au numérique n’était clairement pas la plus virulente des adjointes et adjoints de la majorité écologiste, pourquoi est-ce que Jeanne Barseghian a-t-elle décidé de lui retirer ses fonctions ? Si elle a pu le faire « grâce » à la démission de deux de ses élues, le comment du pourquoi est plutôt simple : c’est le résultat de plusieurs mois de guerre larvée entre les groupes socialistes et écologistes. L’alliance de dernière minute de juillet 2020, après le refus de le faire dans l’entre-deux tours, ne promettait déjà pas un partenariat apaisé. Et les socialistes ont maintes et maintes fois voulu prouver qu’ils étaient un partenaire de négociations exigeant, notamment par les voix de Catherine Trautmann et Anne-Pernelle Richardot.

Rien de nouveau sous le soleil néanmoins : les alliances politiques, à défaut de faire de bons scores électoraux dans un entre-deux tours, donnent souvent lieu à des dissensions. Mais la fracture a sans aucun doute débuté lors de l’adoption de la motion contre l’antisémitisme en mai dernier, sujet sur lequel nos élues et élus se sont déchirés. En effet, pas moins de trois motions différentes ont été adoptées, au cours des débats qui rentreront à coup sûr dans le top 10 des plus houleux de l’année politique strasbourgeoise. Une motion pour la majorité, une pour l’opposition LREM-Agir-LR… et une pour les socialistes. Ces derniers ont même voté pour celle de l’opposition, Céline Geissmann également, justifiant sa position lors d’une vibrante interpellation.

Un coup qui n’est pas passé et qui n’a fait qu’envenimer l’alliance des deux forces politiques. Ainsi, après des mois de conflits larvés, Jeanne Barseghian avait appelé à une clarification des positions de son allié socialiste. Ce dernier a continué de jouer un double-jeu lors des différents conseils municipaux. Dès lors, le couperet est tombé. Et il est tombé sur Céline Geissmann, qui perd ses fonctions. Laissant ainsi le groupe socialiste sans délégation d’adjoint ni d’adjointe.

© Pokaa


Jeux d’enfants

Désormais, intéressons-nous à ce qu’ont dit les deux femmes, qui se sont expliquées par communiqués de presse interposés – une pratique sur laquelle on reviendra plus tard. Pour la maire de Strasbourg, la ligne (verte) est claire : « J’exige de mon équipe, des membres de l’exécutif, constance dans leur travail, sens du collectif et responsabilité ». Ce qui n’était visiblement pas le cas du groupe socialiste, puisque la maire enfonce le clou : « La confiance n’est pas à géométrie variable ». Néanmoins, elle a tout de même annoncé que sa main « reste tendue vers le groupe de Catherine Trautmann, comme elle le fut en juillet 2020. Je reste ouverte au dialogue entre les groupes politiques du conseil municipal ».

La réponse de Céline Geissmann ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, là encore par communiqué de presse, la désormais ex-adjointe dénonce « une décision brutale », la « rupture des Verts avec leur partenaire historique » ou encore une « faute politique à quelques mois d’échéances nationales et européennes importantes ». Elle reproche ensuite à la municipalité écologiste de pas les avoir associés aux décisions structurantes, déclarant : « La co-construction ne se décrète pas, elle se construit. » Elle résume enfin son ressenti par rapport à la décision : « Les socialistes ont su travailler avec les écologistes pendant 12 ans : Jeanne Barseghian et son équipe désunissent la gauche après 18 mois. C’est un choix irresponsable ». Difficile d’affirmer cela sans oublier qu’il y a quelques années, la gauche strasbourgeoise qui s’est désunie était bien socialiste, en décidant d’aller vers LREM.


Un lavage de linge sale en public quelque peu puéril

Cette affaire politique, même si elle représente une nouvelle étape dans la façon dont Strasbourg sera gouvernée dans les années à venir, reste au bout du compte une partie de « c’est celui qui le dit qui l’est ». Le choix de communication est d’ailleurs très révélateur. En choisissant la voie de communiqués de presse, Jeanne Barseghian et Céline Geissmann ont en effet préféré les reproches à distance au dialogue en personne. Et en ont profité pour laver leur linge sale en public, avec, au milieu, les médias. Puisque tous les communiqués de presse sont envoyés… à la presse. Ce lavage de linge sale n’était absolument pas ce que l’on avait en tête quand on a pu voter pour tel ou tel groupe politique. En effet, encore plus en période de crise sanitaire, sociale et économique, on attend davantage d’un exécutif que des chamaillements.

Par ailleurs, la plus mauvaise nouvelle est finalement pour le numérique à Strasbourg, puisque la délégation reviendra sans doute à un adjoint ou une adjointe déjà en place, et non pas une personne dédiée. On a donc une délégation exclusive qui va disparaître, au milieu de ces atermoiements d’une soi-disant unité. Encore une mauvaise nouvelle pour le Shadok et celles et ceux qui essayent d’en faire quelque chose, tout comme pour le numérique en tant que préoccupation municipale. Toute cette situation ne rend finalement personne meilleur. Que ce soit la municipalité, le groupe socialiste et encore moins Strasbourg.

@Memegenerator

2 COMMENTAIRES

  1. Comment on peut vouloir traiter d’un sujet sérieux avec aussi peu de hauteur ? Illustrer un article politique par des memes et montages bas de gamme…

    • L’article est clair et bien ecrit. Les memes apporte un peu de legereté et d’humour la situation. Une chose que vous ne semblez pas posséder en grande quantité

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