En plus du tourisme, le secteur des loisirs en indoor a été gravement touché par la crise du coronavirus. Mais avec la reprise progressive de la vie en Alsace depuis le 2 juin, les centres de loisir strasbourgeois se remettent progressivement en ordre de marche. Néanmoins, comme la période du confinement a été très compliquée pour eux, on en a contacté quatre pour qu’ils nous fassent part de leur situation, de leur manière de gérer le confinement et leur attente pour la suite.

Une annonce de confinement vécue comme brutale

« Ayant ouvert fin octobre 2019, cette pandémie ainsi que ces conséquences ne furent pas simples à accepterC’est une décision lourde pour de jeunes entrepreneurs comme nous. » Ces mots de la part de l’équipe derrière BAX Bowling, dont on vous avait parlé ici, résument bien la situation des centres de loisir en indoor strasbourgeois.

Les pistes vides pendant le confinement ! © Nicolas Kaspar pour Pokaa

Ces derniers mettent également en avant le côté soudain et même brutal des annonces gouvernementales, comme SENSAS Strasbourg, escape sensoriel dont on vous parlait ici : « Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a été brutal lorsqu’à 20h le samedi 14 mars, on nous a annoncé fermeture à partir de minuit ! Nous avions des équipes prévues le lendemain à qui nous avons annoncé la « mauvaise » nouvelle de la fermeture. » Même son de cloche concernant leurs voisins du FIVE, repère du foot à cinq : « L’annonce fût brutale, sachant que nous avions encore des clients le samedi 14 mars prévu sur nos terrains jusqu’à 00h00. Surtout que l’année 2020 était partie sur de très bonnes bases en termes de réservations. »

Photo prise pendant notre test chez SENSAS

Pour Dooz, pilier des escapes strasbourgeois et bar à jeux steampunk, Frédéric et Marine s’y étaient préparés : « On pressentait qu’il allait se passer quelque chose de grave, puisqu’on avait des amis dans le médical qui nous disaient « tu ne te rends pas compte c’est grave ce qu’il se passe » alors que l’État avait un position très différente quelques jours avant. Donc on a continué à travailler classiquement. »

« Néanmoins, il a bien fallu se faire à l’idée que la vie telle qu’on la connaissait n’allait pas revenir avant un moment, comme le souligne Frédéric. On nous a annoncé le confinement le samedi soir, alors que le bar était plein à craquer. On s’attendait un peu à de telles annonces. Quand on a annoncé le truc, tout le monde a fait la fête un peu comme si c’était le dernier jour avant l’apocalypse. On s’est préparé au pire à ce moment-là. » Marine surenchérit : « On ne pensait pas que ce serait un confinement total. Ils nous ont juste dit que sur le moment on fermait les établissements. Deux jours après ils nous disaient qu’on allait être confiné. Et là on s’est dit : combien de temps ça va durer ? »

Une cessation totale de l’activité

Après huit semaines de confinement, les gens peuvent progressivement retrouver leur vie d’avant. Mais pour les centres de loisirs, ces huit semaines de confinés ont majoritairement rimé avec cessation totale d’activité. BAX Bowling ne dit pas autre chose : « L’arrêté préfectoral, le confinement, ainsi que les restrictions gouvernementales ne nous permettaient pas de solutions alternatives pour notre centre de loisirs indoor. »

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Ces fermetures administratives ont également touché SENSAS Strasbourg et Dooz, qui, malgré la rupture du lien avec leurs clients, ont essayé de trouver des solutions. Les premiers sont « restés actifs sur les réseaux sociaux afin de garder un lien avec [leurs] clients en leur proposant des défis et des énigmes à distance ! », tandis que les seconds ont « mis en place des blindtests et des quizz, des énigmes… »

En outre, Frédéric et Marine ont également pu prendre du recul sur leur travail ainsi qu’avancer sur certains chantiers : « On a pu prendre beaucoup de recul sur notre profession. On a revu la carte des bières, des cocktails, les aménagements des salles, la déco du bar… On a aussi un gros projet d’ouverture de salle sur un nouveau concept, qu’il n’y a que pour l’instant à Paris, mais aussi revenir et réfléchir sur les Murder Party… Plein de petites choses, on n’a pas perdu le fil. On s’est également réuni avec tous les escapes de Strasbourg et pour le rentrée on met en place un jeu concours. »

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Enfin, et même s’ils ont également été en fermeture administrative, le confinement a coïncidé pour LE FIVE avec un changement de grande ampleur : « Notre activité a été en cessation pure avec une perte de chiffre d’affaires sèche pendant près de trois mois. Cependant, le confinement est arrivé au même moment de la fin de notre contrat de franchise avec le réseau national « LE FIVE », nous allons rouvrir sous une nouvelle enseigne « KG5 » ».

La grande question des aides

Sans revenu pendant quasiment trois mois, les centres de loisirs indoor étaient dans une situation des plus inquiétantes. C’est tout naturellement qu’est venue la question des aides et des leviers a mettre en place. BAX Bowling ne dit pas le contraire : « Une fois la tristesse passée, il a fallu se mettre au travail pour trouver des solutions et actionner les leviers à notre disposition pour affronter cette crise. » Frédéric et Marine de Dooz me répondent presque en cœur : « Ça c’est un grand sujet ! » Alors plongeons ensemble là-dedans, en nous tenant la main pour ne pas nous perdre.

Le chômage partiel, bouée de sauvetage pour les centres de loisirs

Le seul dispositif qui a fait à peu près consensus dans cette période est celui du chômage partiel. C’est d’ailleurs la seule aide qu’a pu recevoir KG5 : « Hormis le chômage partiel mis en place par l’État, nous n’avons pas bénéficier de quelconque autre aide de la part de la région ni du département. » SENSAS Strasbourg développe sur le rôle de l’État : « L’État a mis, il faut le souligner, des mesures et des aides rapidement en place même si tout ne sera pas pris en charge. Chaque confrère a, il me semble, perdu gros et ne récupérera pas ce qui a été perdu. Mais le chômage partiel nous aide très clairement. »

Photo prise pendant notre test chez SENSAS

BAX Bowling a également vu ses salariés bénéficier du dispositif mis en place par l’État. Chez Dooz, le chômage partiel a aussi grandement contribué, avec quelques nuances cependant, comme l’explique Frédéric, ancien expert-comptable : « Ce qui nous a vraiment aidés c’était le chômage partiel. Même si on paye quand même une partie de leur salaire et une partie des charges sociales. »

En outre, le dispositif comporte aussi ses limites : « Nos salariés se faisaient chier à la maison et voulaient venir bosser et nous on a dû faire tout un tas de mesures pour les empêcher de venir. Parce que s’ils étaient surpris au travail, c’était la fin du dispositif pour toute l’équipe. Autant la pression patronale pour que des salariés continuent de travailler en chômage partiel c’est tout bonnement inadmissible, mais lorsque cela vient d’un élan de solidarité, on devrait pouvoir laisser faire. Dans les petites sociétés comme la notre, la solidarité entre l’entreprise, les gérants et les salariés est vraiment importante. »

Le Prêt Garanti par l’État, bombe à retardement ?

Dooz et BAX Bowling sont les seuls centres de loisirs à avoir souscrit au fameux Prêt Garanti par l’État, ou PGE pour les intimes des experts-comptables. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’animal, Frédéric vous l’explique : « L’État s’est porté caution à 100% mais dans un an c’est nous qui allons nous porter cautions, personnelle et à 100%. Ça reste une mesure palliative, on ne se rend pas compte de l’impact tangible que ça a aujourd’hui, ce sera l’année prochaine où l’on ressentira ça lorsqu’on devra rembourser l’emprunt ou s’endetter de nouveau. Surtout que l’on ne connaît pas encore les taux d’intérêt auxquels on va être mangé. »

BAX Bowling © Nicolas Kaspar pour Pokaa

Pour BAX Bowling, cela a été réalisé dans un seul but, « maintenir la stabilité de l’établissement afin de conserver les 25 emplois que le BAX a créés. » Pour Dooz, le son de cloche est légèrement différent : « On a eu un prêt avec la banque mais je n’appelle pas ça une aide, j’appelle ça un endettement. »

Les autres aides

Enfin, Dooz, de par sa position et ses démarches, permet aussi de nous éclairer sur les différentes aides qui existent encore pour les entreprises. Frédéric développe : « On a eu le droit au Fonds de solidarité, qui est juste une vaste blague, pour ne pas le dire autrement. C’est 1 500 € à répartir entre tous les mandataires sociaux d’une société. Donc nous on est deux, ça fait 750 € par personne et là-dessus faut prendre les cotisations sociales qui vont avec, c’est-à-dire quasi 50%. Donc on se retrouve à 375 € chacun. Bien que ce soit toujours mieux que rien, c’est pas comme ça qu’on aide les entreprises. On met d’autres mesures en place. » Et Marine rajoute : « Ils avaient dit que ça bénéficiait à tout le monde mais ils rajoutaient des conditions à chaque fois. »

Une situation qui donne parfois envie de tout casser © Bastien Pietronave pour Pokaa

Par ailleurs, la Région n’a pas été d’une grande aide, puisque aucun des établissement contactés ne nous a parlé d’une aide tangible. Néanmoins, ce sont surtout les assurances qui sont dans le viseur comme le détaille Frédéric : « Les assurances n’ont vraiment rien fait. Ils ont communiqué qu’ils aidaient les bars cafés restaurants et encore, ndlret nous on a dit qu’on avait deux bars donc on allait postuler. On nous a répondu que ce n’était pas notre activité principale. Et excuse après excuse, ils ne nous ont pas aidé du tout, c’est bloqué. »

Enfin, la question des loyers et celles des charges est dans tous les esprits. SENSAS Strasbourg a comme aide l’annulation des charges pour les structures fermées administrativement, alors que Dooz est dans l’expectative : « Il est dit que les charges sociales des professions sinistrées pourraient être pris en charge jusqu’en septembre, ou en tous les cas mars avril et mai par le gouvernement. Ça, il n’y a rien d’acté et d’écrit, on reste encore à l’effet d’annonce alors on ne sait pas si c’est vrai. » Pour les loyers, là encore l’État n’a fait que des effets d’annonce, laissant les bailleurs juges et jurys sur la question : « Les loyers c’est au bon vouloir des bailleurs, comme l’État ne s’est jamais réellement prononcé sur le sujet. L’un des deux nous a offert une gratuité, on était agréablement surpris, le second n’a pas pu, c’est juste un étalement. Ce débat est presque politique : l’État est complètement absent, la gratuité provient uniquement d’un acte solidaire ! »

Une reprise programmée mais avec des incertitudes

Tous ces problèmes économiques et financiers, qui touchent également les professions du tourisme et celles des restaurateurs et des bars, ne doivent pas faire oublier que depuis le 2 juin, la réouverture est désormais possible pour les établissements de loisirs en intérieur. Mais là encore, seules demeurent les annonces, peu souvent suivies d’actes tangibles, et chaque établissement fait comme il peut.

© Nicolas Kaspar pour Pokaa

KG5 se trouve par exemple dans l’attente des annonces gouvernementales : « Nous n’avons pas encore de date officielle, mais nous espérons une réouverture à partir du lundi 22 juin 2020. » C’est la seule enseigne contactée dans ce cas-là, puisque les trois autres connaissent déjà leur date de réouverture. Pour BAX Bowling, ce sera le 11 juin, pour Dooz le bar rouvre ce week-end et les escapes le seront le 8 juin, alors que pour SENSAS Strasbourg ce sera le 15 juin.

Néanmoins, une problématique en chasse une autre, puisque après celle de la réouverture se pose celle des coûts. En effet, les coûts augmentent de façon drastique, concernant notamment les nouvelles mesures sanitaires à mettre en place. Comme l’explique SENSAS Strasbourg : « Concrètement, le port du masque sera obligatoire, du gel hydro-alcoolique ainsi que des gants seront fournis comme ça l’est depuis notre ouverture en janvier 2019, le parcours a été entièrement repensé et est entièrement désinfecté entre chaque équipe. Nous avons également changé nos créneaux horaires afin d’accueillir une équipe à la fois au lieu de deux et ainsi éviter les contacts entre personnes de groupe différent. »

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Des nouvelles dispositions qui ont un coût, avec un accueil réduit et donc un chiffre d’affaires moindre. Pour Dooz, un autre problème est venu s’ajouter à ces nouvelles réflexions qu’impose la crise du Covid-19 : l’augmentation des prix. « On fait beaucoup de milkshakes, on les faisait pas cher, mais avec l’augmentation franchement dingue des prix du lait, des œufs et du beurre, ça va être compliqué pour nous. Et cette répercussion va se retrouver sur les tarifs. On rajoute à cela les frais de nettoyage liés au Covid, qui coûtent cher aussi, la réouverture se fait dans l’incertitude. »

Un peu de positif pour finir

Malgré ces incertitudes, les centres de loisirs rouvrent progressivement leurs portes. Et c’est positif, parce que mine de rien, cela nous avait quand même manqué. La reprise va être dure mais il y a de l’espoir, et les équipes sont motivées. SENSAS Strasbourg précise : « Les personnes qui avaient un créneau entre le 15 mars et le 15 juin vont pouvoir reprogrammer leur venue en réservation sur notre site ou en nous appelant directement. Les personnes souhaitant se changer les idées et profiter d’un bon moment entre amis et/ou en famille peuvent d’ores et déjà elles aussi réserver leur parcours en ligne. Une chose est certaine, c’est que toute l’équipe SENSAS Strasbourg met les bouchées doubles pour accueillir avec le maximum de précaution. »

Photo prise pendant notre test chez SENSAS

Côté BAX Bowling, l’envie est la même : ré-accueillir les gens dans la joie et la bonne humeur. Enfin, Dooz a plusieurs choses de prévues, qu’ils ont pu travailler durant le confinement : « Ce week-end, on aura la Japan Addict en ligne avec l’association Kakemono. De 10h à 22h non-stop il y aura des animations, des cosplayers qui vont passer, tout en respectant les règles sanitaires. On a déjà des appels de clients, on sent cette envie de ressortir, et la Destroy Room pourrait être bien adaptée quand elle rouvrira (rires). L’activité va reprendre, ce sera peut-être pas folichon, mais c’est positif quand même. »

Les centres de loisirs strasbourgeois rouvrent petit à petit. Si les restaurants ont leurs terrasses en extérieur pour rassurer leurs clients, ces derniers peuvent encore être réticents à l’idée de revenir en indoor. Néanmoins, tous les établissements mettent en place ce qu’il faut pour que la vie reprenne son cours et que les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois retournent à leurs loisirs d’avant. Et alors qu’ils sont dans des situations précaires, difficiles et parfois critiques, essayons de les soutenir, parce qu’ils font aussi partie de nos vies !

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour à tous,
    Comme on parle de nous dans ce super article je me permet d’ajouter une petite précision : Le jeu concours de tous les escapes strasbourgeois arrive, en attendant vous pouvez bénéficier de 10% de réduction sur toutes les resa passées et jouées avant le 08/07/2020 avec le code SOLIDARITECOVID dans tous les escapes participants à l’opération (Dooz, A Maze In, Les Secrets du Sablier, Closed, Escape Yourself et The Little Red Door)

  2. Je cite :
    Une chose est certaine, c’est que toute l’équipe SENSAS Strasbourg met les bouches et doubles pour accueillir…

    Elle est vraiment fantastique cette nouvelle expression !

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