Bienvenue sur le site de Pokaa.fr

Votre navigateur est obsolète.

Merci de le mettre à jour pour voir le site correctement

Mettre à jour

Recherche

Lance une recherche dans les articles ou vidéos parmi l’ensemble des publications de Pokaa.

Publicité

« Vous connaissez un bon psy ? » : à Strasbourg, être aidé est devenu un parcours du combattant

29 Lectures
Publicité

« Est-ce que quelqu’un connaît un psychiatre qui prend de nouveaux patients ? » Sur des groupes Facebook étudiants, des forums d’entraide ou sur le Reddit alsacien, vous avez peut-être déjà croisé cette question. Derrière ces interrogations se cachent souvent des histoires compliquées : celles de personnes qui, après avoir décidé de demander de l’aide, se heurtent à la difficulté de trouver un(e) professionnel(le) disponible.

Avant d’aller plus loin, un petit point de vocabulaire s’impose. Un(e) psychiatre en libéral consulte dans son propre cabinet, contrairement à un(e) psychiatre en hôpital, qui exerce au sein d’un établissement de santé. Certain(e)s sont conventionné(e)s (ou « secteur 1 »), c’est-à-dire qu’ils et elles appliquent les tarifs fixés par l’Assurance Maladie, tandis que d’autres peuvent pratiquer des dépassements d’honoraires (on parle alors de « secteur 2 ») qui restent en partie à la charge des patient(e)s selon les complémentaires santé.

Sur le papier, Strasbourg compte environ 130 psychiatres en libéral d’après les chiffres de l’Agence régionale de santé. Mais cette donnée est à relativiser : certain(e)s exercent principalement à l’hôpital, d’autres sont spécialisé(e)s ou n’acceptent tout simplement plus de patient(e)s.

Résultat : pour de nombreux/ses Strasbourgeois(es), la recherche peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Publicité

Même situation pour trouver un(e) psychologue conventionné(e). Les parcours se ressemblent souvent. Après un burn-out, Amélie*, une Strasbourgeoise, explique avoir cherché un(e) psychologue de ce type afin de bénéficier des séances remboursées par l’Assurance Maladie.

« Ça n’a pas du tout été facile d’en trouver une. Ensuite, une erreur administrative dans ma feuille de soins a empêché le remboursement. Malgré les démarches, je n’ai jamais récupéré l’argent et j’ai arrêter au bout de cinq séances, malgré les qualités de la psychologue. » 

strasbourg cathédrale quai rue
© Anthony Jilli / Pokaa

« Elle s'enfonce dans la maladie »

Mère d’une étudiante atteinte d’anorexie mentale, Amélie* précise que sa fille bénéficie aussi d’un suivi psychologique à l’université. Un accompagnement précieux, mais insuffisant.

« Elle n’a droit qu’à une séance par mois. C’est très loin d’être assez. Elle s’enfonce dans la maladie, mais le psychologue ne peut pas lui proposer davantage de rendez-vous, il a trop de patients. »

campus étudiants fac esplanade université27
© Samuel Compion / Pokaa

Le constat est le même pour Inès*, étudiante en alternance, confrontée à un burn-out et à des idées suicidaires. Orientée vers un Centre médico-psychologique (CMP) par son médecin traitant, elle raconte un premier rendez-vous particulièrement éprouvant.

« J’ai attendu une heure avant qu’on m’annonce que j’ai été oubliée. Puis, ils m’ont expliqué que le CMP s’occupait surtout des cas les plus précaires et qu’il fallait que je trouve un psychiatre par moi-même. Je suis étudiante, je n’ai pas forcément les moyens. Je suis ressortie avec le sentiment d’avoir été jugée. »

Finalement, elle ne poursuivra pas de suivi psychiatrique et se tournera vers une psychologue, faute de solution adaptée.

lit sommeil solitude tristesse dépression déprime dodo (1)
© Marie Goehner-David / Pokaa

On a aussi rencontré Jean-Luc, un étudiant déjà suivi par une psychologue, qui souhaitait aussi prendre rendez-vous avec un psychiatre. La raison ? Aborder une potentielle solution médicamenteuse et profiter de cet accompagnement pour se faire diagnostiquer un potentiel TDAH.

Il trouve alors le courage de prendre rendez-vous auprès du CAMUS (Centre d’accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg) en novembre 2025. Il obtiendra seulement un rendez-vous en février 2026. Pour lui, plus qu’un problème d’accès aux soins, c’est la prévention qui manque. « C’est bien d’avoir rendez-vous avec un psychiatre ou une psychologue, mais si tu ne sais pas parler de toi, de ce qui ne va pas… Bref, si tu y vas sans savoir pourquoi, ça peut aider, mais il faudrait davantage de prévention en amont dans le parcours scolaire. »

CAMUS (Centre d’accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg)
Le CAMUS. © Google Maps / Capture d'écran

Prendre rendez-vous : une étape plus difficile qu’il n’y paraît

Selon un enseignant-chercheur de la faculté de médecine de Strasbourg, travaillant dans la santé mentale et concerné par ces problématiques, cette succession d’obstacles illustre un problème plus profond.

Pour lui, l’accès aux soins ne commence pas au moment où l’on décroche son téléphone : « On demande à des personnes en dépression d’appeler des dizaines de cabinets, de relancer, d’insister. Pourtant, leur maladie altère justement leur capacité à entreprendre des démarches. On attend parfois de personnes qui n’ont même plus la force de se lever ou se doucher qu’elles organisent seules leur parcours de soins. »

À cette difficulté s’ajoutent, selon lui, des inégalités sociales importantes. Les personnes disposant d’un entourage médical, de ressources financières ou d’une meilleure connaissance du système de santé parviennent plus facilement à trouver une solution.

dépression solitude tristesse
© Mathilde Piaud / Pokaa

À l’inverse, celles qui cumulent des difficultés économiques et/ou sociales abandonnent plus souvent leurs recherches. Il fait également le constat d’une inégalité géographique dans l’accès au soin. En effet, en ouvrant Doctolib, on peut constater que la majorité des psychiatres en libéral se concentre dans un « triangle d’or », laissant presque vides les quartiers périphériques.

« Il existe un véritable système à deux vitesses, résume-t-il. Certains finissent par trouver un rendez-vous à 90€. D’autres renoncent avant même d’avoir rencontré un psychiatre. »

Des professionnel(le)s débordé(e)s

Dans le public comme dans le privé, un constat revient chez les professionnel(le)s interrogé(e)s : depuis la pandémie, les demandes de prise en charge en santé mentale ont fortement augmenté, notamment chez les jeunes adultes.

« J’ai tous les jours des appels de personnes qui cherchent un rendez-vous », confie, en off, une psychiatre libérale installée au Neudorf. « Pendant l’été, avec le départ de certains étudiants, j’arrive à accueillir quelques nouveaux patients. Mais le reste de l’année, je fonctionne à flux tendu. »

psychologue santé mentale dépression
© Auteur inconnu / Photo d'illustration

La psychiatre interrogée attire également l’attention sur un phénomène moins connu mais pesant à la fois sur la charge des professionnel(le)s et les demandes des patient(e)s : les rendez-vous non honorés. Au cours des six premiers mois de l’année, elle en a comptabilisé plus de 20.

Si ces créneaux ne pouvaient pas tous être réattribués, certains auraient malgré tout permis de proposer une première consultation. « Même en prévenant au dernier moment, cela peut permettre à quelqu’un d’autre d’être reçu rapidement. »

Un hôpital qui fonctionne en « mode dégradé »

Bien que déclarée deux années consécutives Grande cause nationale, la santé mentale peine encore à bénéficier des moyens nécessaires.

En 2021, les professionnel(le)s tiraient déjà la sonnette d’alarme. Dans les colonnes des Dernières Nouvelles d’Alsace, Christine Gully, déléguée régionale du Syndicat national des psychiatres privés, décrivait une profession déjà débordée par l’afflux de demandes après le Covid. 

hôpital de Hautepierre
© Auteur inconnu - Wikimedia Commons / Photo d'illustration

Les représentant(e)s du syndicat Force Ouvrière des HUS (Hôpitaux universitaires de Strasbourg) et de l’EPSAN (Établissement public de santé Alsace Nord), dont le secrétaire régional Christian Prud’homme, partagent les constats du privé… « Avant le Covid, il n’y avait par exemple pas d’attente en pédopsy. »

Ils et elles décrivent des services qui, depuis plusieurs années, composent avec un manque chronique de personnel et des capacités d’accueil insuffisantes. En psychiatrie, le nombre de lits d’hospitalisation a fortement diminué depuis les années 2000, tandis que les besoins, eux, n’ont cessé d’augmenter.

À ces difficultés d’organisation s’ajoute une évolution des pratiques. Les syndicats interrogés regrettent par exemple la disparition de la formation spécialisée pour les infirmiers/ères en psychiatrie. « Le travail en psychiatrie, c’est avant tout de la relation, l’humain. » Faute de temps et de moyens, cette dimension laisse parfois place à une prise en charge davantage centrée sur les traitements médicamenteux, au détriment d’un accompagnement plus global.

« Nous ne dirons pas que nous sommes maltraitants, confie l’une des représentantes, mais depuis le Covid, nous sommes restés dans un mode dégradé. Nous avons fini par intégrer l’idée que nous ne pouvons pas sauver tout le monde. » Une phrase qui résume le malaise des équipes confrontées, jour après jour, à des besoins qu’elles peinent à absorber.

hopital hautepierre santé
© Caroline Alonso / Pokaa

Pour tenter d’améliorer la situation, Force Ouvrière plaide pour l’instauration de ratios minimaux entre soignant(e)s et patient(e)s. Aujourd’hui, aucun seuil réglementaire ne fixe le nombre minimal de professionnel(le)s dans un service de psychiatrie. Un(e) infirmier/ère peut ainsi se retrouver à suivre un nombre de patient(e)s très variable selon les établissements ou les périodes de tension.

Les syndicats défendent l’idée d’un ratio d’un(e) soignant(e) pour 2,5 patient(e)s, estimant qu’il permettrait de garantir une prise en charge plus humaine, davantage tournée vers l’accompagnement et la relation, plutôt que vers la seule gestion de l’urgence. Un outil déjà mis en place dans l’un des services, qu’il faudrait généraliser.

Des solutions existent-elles ?

Si trouver un(e) psychiatre en libéral relève parfois du parcours du combattant, plusieurs dispositifs peuvent constituer une première porte d’entrée vers les soins.

  • Les Centres médico-psychologiques (CMP), répartis par secteur, proposent des consultations prises en charge par l’Assurance Maladie. Les délais peuvent beaucoup varier. Pour en savoir plus, c’est ici.
  • Pour les étudiant(e)s, le Centre d’accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg (CAMUS) offre un accompagnement psychologique et psychiatrique.
  • Pour en savoir plus, c’est ici.
  • Depuis la pandémie, la téléconsultation a aussi changé la donne en levant les contraintes géographiques, elle permet parfois d’obtenir un rendez-vous plus rapidement auprès d’un(e) psychiatre exerçant ailleurs en France.
  • Votre médecin traitant a aussi un rôle important, il est souvent le premier interlocuteur en cas de souffrance psychique et il pourra vous aider.
médecin de campagne santé déserts médicaux soins
© Adrien Labit / Pokaa

Vous avez des idées suicidaires, vous êtes en grande détresse psychique ou vous vous inquiétez pour un proche ?

  • 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, confidentiel et accessible 24h/24, 7j/7. Des professionnel(le)s de santé sont à votre écoute pour vous soutenir, vous orienter et, si nécessaire, déclencher une prise en charge.
  • En cas de danger immédiat ou de risque de passage à l’acte, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Vous pouvez également vous rendre directement aux urgences psychiatriques des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, ouvertes 24h/24 et 7j/7.

*Les prénoms ont été modifiés
Rédactrice : Charlotte C.

Ça pourrait vous intéresser

+ d'articles "Strasbourg"

À la une

« Vous connaissez un bon psy ? » : à Strasbourg, être aidé est devenu un parcours du combattant

Aucun commentaire pour l'instant!

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Répondre

En réponse à :

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Illustrations prolonger la lecture

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

Tous les articles “Strasbourg”
Contactez-nous

Contactez-nous

C’est par ici !