En rentrant ce soir, vous allez peut-être saisir à pleines mains une bouteille de bière fraîche pour clôturer cette belle journée d’été. Mais savez-vous qui l’a brassée ? On a discuté avec Félix Schuhler, l’un des visages de la brasserie Bendorf, pour en savoir plus sur ce métier de faiseur de bière, qui s’adapte aussi à la chaleur, en cet été caniculaire.
Bienvenue au Neudorf, dans un ancien garage automobile transformé en brasserie artisanale. Ici, chez Bendorf, on transforme l’eau en bière depuis 2013, toujours avec le souci de créer des mousses à la fois locales, bio, et originales.
Savoir-faire, technique, passion du produit, exigence et grain de folie, : il faut peut-être un peu de tous ces ingrédients pour faire perdurer une marque, et surtout faire frétiller le palais des Strasbourgeois(es).
On a rencontré Félix Schuhler, l’un des visages de la brasserie Bendorf, dans son atelier de production qui affiche déjà 36° à 10 h du matin ! Il nous a ouvert les portes de son univers le temps d’une interview.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Félix, j’ai 33 ans et je suis ce qu’on appelle dans le jargon un artisan brasseur.
J’ai commencé l’aventure en septembre 2017 chez Bendorf, l’an prochain sera donc ma dixième année, déjà ! J’ai appris le métier de brasseur sur le tas, et c’est ici que j’ai fait mes armes.
En quoi consiste le métier de brasseur ?
Être brasseur, c’est être présent à toutes les étapes, de la conception d’une bière à sa dégustation. Mais ce n’est pas tout, sinon c’est pas marrant.
En premier lieu, on imagine et on réalise une recette avec nos matières premières qui sont l’eau, le malt, les levures et le houblon.
Sans oublier les ingrédients spécifiques à chaque brassin qui peuvent être des épices, des aromates, des fruits ou même des légumes frais.
Le brassage et la production sont suivis du temps de garde, aussi appelé maturation. Il y a ensuite le conditionnement, en futs et en bouteille, puis arrive la manutention et le stockage. On part ensuite en logistique, car je m’occupe également en partie de la livraison en direct.
Elle se fait la plupart du temps chez les professionnel(le)s qui sont les caves, les bars et les restos. Ils et elles représentent quand même 87 % de notre clientèle.
On a aussi la chance d’avoir une partie boutique à la brasserie. La clientèle du coin peut venir se fournir en direct en petites et grandes bouteilles mais aussi en petits et grands fûts, car on fait même des mini fûts de 5 litres. On propose aussi des growlers, ces bouteilles réutilisables avec un bouchon mécanique que l’on remplit ici directement et que les client(e)s ramènent chez eux.
C’est pratique, économique et aussi plus écolo !
L’écologie est un vrai sujet chez Bendorf ?
Complètement, et on y est très attaché, tout comme notre clientèle d’ailleurs.
Dans un premier temps, on essaie de s’approvisionner dans la région et de fonctionner en circuit court le plus possible, notamment concernant nos achats de bouteilles de verre et les matières premières.
On s’est également mis à la consigne dès 2020, ce qui a fait de nous l’une des brasseries précurseurs dans le domaine. Les client(e)s peuvent donc ramener toutes leurs bouteilles Bendorf à la brasserie. Elles seront réutilisées et surtout, on rend 10 centimes pour chaque bouteille de 75 cl ramenée.
Ce qui est le plus marquant, et que l’on ne revendique pas forcément parce que pour nous c’est naturel, c’est le tout bio !
Toutes vos bières sont bioS ?
Oui, nos bières le sont car nos matières premières le sont aussi. Dès 2018, on a fait le choix de passer en tout bio. Le malt d’orge, le blé, puis tous les produits qui ont servi à la composition de nos recettes sont passés en bio.
On s’approvisionne donc en local chez des maraîchers bios pour les fruits, les légumes ou les herbes qui entrent dans nos recettes, et on en fait jusqu’à 20 différentes par an ! C’est écolo, mais cela nous permet aussi d’avoir la meilleure fraîcheur et la meilleure qualité de produits.
Comment se passe la création d’une recette chez Bendorf ?
Chaque année, on se prépare bien à l’avance pour brasser les bières éphémères comme la printemps, la bière de rupture pour la Saint-Valentin et toutes les recettes que l’on sort pour des dates précises ou des événements. C’est déjà du boulot.
Il y a ensuite les recettes spéciales, de pures créations. On a envie de faire un brassin qui mélange la mangue, la coco et le raifort, alors on y va !
C’est vrai que l’on aime bien les recettes aux arômes marquées, houblonnées ou fruitées, avec des assemblages de produits frais par exemple, et elles sont toujours brassées avec amour et reflètent notre identité.
Vous faites des essais avant ?
Nope, c’est en one shot ! On essaye et on voit après. Pour l’instant, en 176 recettes, on a jamais été déçu, et chaque brassin a trouvé preneur/euse.
Après, certain(e)s aiment, et d’autres moins. C’est normal, car les créations un peu funky, c’est aussi ce qui a fait notre marque de fabrique et notre réputation, et je pense que tout ça contribue à notre capital sympathie.
Justement, c’est quoi l’esprit Bendorf ?
Déjà, j’ai de la chance en tant que brasseur de pouvoir créer et imaginer des recettes différentes avec mes collègues tout au long de l’année. Ça me permet de continuer à apprendre, c’est stimulant et ça m’éloigne de la routine. La liberté et la créativité sont donc de mise chez Bendorf, ce qui est rare de nos jours.
Ensuite, c’est vrai qu’on a cette image un peu décalée et sympathique qui se dégage, notamment à travers la communication que l’on fait sur les réseaux. On s’amuse et on prend du plaisir quoi, et ça se voit.
Et puis je pense que le nom de nos bières, et le design des étiquettes qui sont souvent farfelues, ajoutent une petite touche en plus.
Il y a aussi les événements auxquels on participe et que l’on organise qui nous permettent de rencontrer les Strasbourgeois(e)s tout au long de l’année. Ça joue aussi sur la proximité avec les client(e)s. Le Bendorf Festival en avril et le Craft Beer Festival en septembre sont deux bons exemples.
Pour finir, comment tu t’adaptes à la chaleur en ce moment ?
Je ne vais pas te mentir, c’est pas fastoche, mais on s’adapte comme on peut ! Je commence plus tôt, des fois dès 7 heures du matin, mais j’essaye de ne pas gêner les voisin(e)s car certaines manipulations font du bruit.
Parfois, je suis même là à 6 h, mais la chaleur nous rattrape assez vite, il a fait parfois jusqu’à 50 degrés !
Heureusement que c’est pas tous les jours, mais cet été, on est en moyenne à 40 degrés dans la brasserie du côté de la production. Évidemment, on s’hydrate bien. Pas avec des bières, je le précise quand même, c’est un coup à canner !



