Bartenders, DJ, serveurs, cuisiniers, plongeurs, physio, pompiers, danseurs… Ils se réveillent quand vous sortez du boulot, rejoindre cette incroyable machine qu’est la nuit, et quand vient l’aube ils rejoignent leurs lits. Ils enfilent leurs tabliers, leurs uniformes quand vous boutonnez vos chemises et fermez vos escarpins, ils sont les acteurs de vos gueules de bois de demain.

Infographiste, menuisier, concepteur de scénographies et organisateur de soirées : Julien Voarick est ce touche à tout ultra créatif qui met les nouvelles technologies au centre de ses créations. Il imagine, conçoit et réalise des shows et des animations événementielles innovantes et audacieuses mêlant réel et digital, dont on ne sort jamais indifférent. Je suis allé rencontrer ce strasbourgeois au métier peu banal, à qui l’on doit quelques projets que vous connaissez sûrement !

C’est quoi ton lien avec Strasbourg ?

Je suis né à Strasbourg, j’y ai fait mes études et j’y ai toujours vécu.

Quelles études as-tu faites ? C’était quoi ton projet pro après le lycée ?

J’ai arrêté les études après la première, je n’ai même pas passé le bac. Par la suite, je me suis inscrit à MJM,  l’école d’arts graphiques qui n’est pas loin de la gare. C’est une école privée, mes parents ont bien voulu me soutenir et m’aider à la financer, j’ai ainsi fait des études d’infographie. Je ne savais pas trop ce que je visais comme formation, mais dans le coté pratique et artistique au moins, je me sentais à l’aise.

Je ne suis pas allé au bout non plus, je crois que je n’aime pas aller au bout des trucs en fait quand il s’agit d’étudier. J’ai directement trouvé un boulot chez Publicis, pour faire de la création de logos durant un peu plus d’un an. J’avais bossé sur Photoshop et Illustrator à fond de manière autodidacte, ça m’avait permis d’acquérir des compétences à valoriser.

Et finalement, quel a été ton parcours ? 

Je vais essayer d’être succinct parce qu’il s’est passé pas mal de choses. En 1996, j’ai arrêté de bosser pour Publicis parce que j’en avais marre d’être derrière un bureau. Je me suis inscrit à une formation pour adultes à l’AFPA (Association de Formation pour Adultes) en menuiserie. Puis j’ai trouvé un stage chez un menuisier qui m’a finalement engagé. Comme je ne supporte pas la hiérarchie, j’ai monté ma propre boîte de menuiserie, en 2000. Plus tard, j’ai commencé à faire des teufs en parallèle, puis à exploiter mes compétences pour faire de la déco. En 2009, j’ai arrêté de faire de la prod de menuiserie, et j’ai commencé à faire de l’aménagement intérieur en continuant d’organiser des soirées.

Dans cette période, j’ai  rencontré Rob pour qui j’ai fait l’aménagement intérieur du Phono, puis Xavier avec qui on a commencé à faire les Bugz Night. J’ai aussi fait l’intérieur du Trolley et certains magasins strasbourgeois dont certains existent encore.

Aujourd’hui, quelle est ta profession  ? 

En 2015, j’ai créé l’entreprise PIX 314. Je fais de la production d’animations événementielle. Ça tourne autour de la scénographie, de la production de motion design et d’animations photo-vidéo pour de l’entreprise.

Qu’est ce qui t’inspire en matière de scénographie, c’est quoi ton approche et ta démarche de création ? 

On va dire que la ligne directrice, c’est les nouvelles technologies qui sont liées au visuel. Au départ, l’entreprise était vraiment axée sur l’animation photo, les photos-call pour les soirées de noël des entreprises, ce genre de choses, mais je gardais toujours à coté cette ligne liée à la scénographie. J’ai toujours mis mon grain de sel et mes idées pour les éclairages etc.

Petit à petit, on a commencé à me confier des projets plus liés à la scèno qu’à la photo. Et au fur et à mesure, la photo s’est effacée pour laisser place à la scénographie

C’est quoi ta relation avec la nuit et le milieu de la fête ? 

Très jeune, j’ai accroché avec la musique électro, j’allais dans les festivals et dans les teufs en Allemagne dans les années 90-2000. Je me suis fait une culture assez large dans le domaine, même si je reste éclectique dans mes goûts musicaux. J’ai toujours gardé un pied dedans. J’ai aussi fait une partie de la scénographie et de la vidéo pour les Electropicales à la réunion, puis encore maintenant je travaille avec des associations qui organisent des soirées ou des festivals.

Aujourd’hui, tu fais partie du collectif Merci Beaucoup. Peux tu me parler de votre rencontre et me donner les grandes lignes de votre collaboration ?

J’ai rencontré Germun de l’association Merci Beaucoup par le biais d’une agence événementielle dans laquelle il était en stage, c’était la période où ils organisaient leur première soirée au Neudorf. Rapidement, j’y ai vu le moyen d’avoir une zone créative « carte blanche », de pouvoir apporter mon savoir faire, mon matériel, et de m’en servir ailleurs que dans une convention ou dans le cadre professionnel. C’était du donnant donnant, ils m’ont ouvert la porte et m’ont laissé faire ce que je voulais. Depuis on a fait plein de projets super, et on en fera encore. On évite de faire trop d’évènements, mais ça nous tient à cœur de les faire vraiment bien, que rien ne soit bâclé, ça fait aussi parti des promesses de Merci Beaucoup. Eux s’occupent de toute la partie programmation musicale, là où moi j’ai moins de culture, et moi j’apporte mon expérience sur la scèno, donnant ainsi lieu à une vraie complémentarité.

Scénographie lors d’une soirée Merci Beaucoup
Sur quels projet notoires tu es fier d’avoir bossé ? 

L’aménagement intérieur du Phonographe est un projet qui représentait un putain de challenge et dans lequel j’ai vraiment mis mes tripes. Le budget était hyper stretch mais j’avais carte blanche, on m’a fait confiance et je pouvais vraiment me faire plaisir. J’ai tout pensé de A à Z : la musique en 8 bit dans les chiottes, c’est moi qui l’ai mixé. Quand j’y passe aujourd’hui et que je l’entend encore, je me revois devant mon ordi en train de bosser dessus, ça fait super plaisir.

Plus récemment, il y a eu la soirée de Merci Beaucoup avec Jennifer Cardini au Stride Park. On avait fait une grosse installations avec des LEDS, c’était assez audacieux mais le rendu était à la hauteur. 

Sinon avec ma société Pix 314 j’ai aussi coordonné une équipe pour les vœux d’EDF, pour monter un show lumière destiné à mille personnes.  J’ai fait créer une musique par un compositeur, qu’on a encodé sur la lumière puis sur la vidéo. Il y avait plusieurs tableaux, un opening avec des lasers complètement dingues, c’était vraiment prenant et le public a adoré.

La soirée des voeux d’EDF
C’est important pour toi de suivre tes projets de leur conception jusqu’à leur réalisation manuelle et pratique ? 

Oui, j’ai besoin d’avoir les mains dedans, que ça soit vraiment comme je l’entends. Bien sûr, je délègue sur certains projets, sur le projet d’EDF par exemple on était 35, mais je reste chef d’orchestre. Si il y a quelque chose qui ne va pas, je ne me le reproche qu’à moi même.

Tu penses quoi du tissu associatif strasbourgeois en lien avec la vie nocturne, et l’organisation de soirées ?

Ça évolue bien, même si il y a encore des efforts à faire au niveau de la ville et de sa politique nocturne. Il y a des lieux nocturnes qui doivent encore s’ouvrir, devenir des espaces d’expressions pour les associations qui sont tournées vers les nouvelles technologies. Cet aspect là est encore trop bridé selon moi comparé à d’autres métropoles françaises comme Lyon, Metz, ou même Mulhouse. 

La fermeture du Rafiot Club ou du Mudd ont une signification selon toi sur l’évolution de la dynamique nocturne ?

Oui, complètement, ça montre bien que la municipalité a serré les vis et que ça devient difficile pour certains établissements de survivre. Si on prend un peu de recul et qu’on revient à l’époque de Calme Gutenberg, c’était absolument magistral cette histoire. Ça a quand même bien pourri le monde de la nuit et c’était totalement illégal, alors que d’autres, qui faisaient des petites soirées toutes cool, se faisaient défoncer. Je ne sais même pas comment ça a pu être possible. Maintenant, il y a des limiteurs sonores partout, tu dois faire des études acoustiques quand tu ouvres un bar. Et puis c’est devenu difficile d’avoir les autorisations d’ouvrir un club en ville, les autorisations sont ultra contrôlées et restrictives.

Il y a des projets à venir dont tu veux nous parler ?

On s’est engagé sur un projet vraiment audacieux avec Merci Beaucoup sur le festival Longevity et ça promet d’être vraiment super. Autrement il y a de très beaux projets à venir pour 2020 mais c’est malheureusement un peu trop tôt pour en parler. Le mieux est de rester attentif sur le page Facebook de Pix 314.

Le « cube » pour le Longevity Festival 2018
Le projet « Furtif » de Pix 314 aux Haras
Un maping à Saint Jean de Luz

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