Vendredi 1er mai, plus de 5 000 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses. À l’heure où le gouvernement évoque la possibilité de ne plus chômer cette journée symbolique, nous avons demandé à des manifestant(e)s quelle place occupe le travail dans leur vie.
« Le 1er mai, un symbole, un droit, on le défend, on ne le lâchera pas. » À la tête du cortège, en ce jour de fête des travailleurs/euses, une banderole intersyndicale tendue comme une réponse au gouvernement Lecornu.
En avril, le premier ministre avait en effet annoncé un projet de loi permettant de faire travailler les salariés des « commerces de proximité » – boulangerie, fleuristes, boucheries… — Le 1ᵉʳ mai. Devant la levée de bouclier des syndicats ces dernières semaines, l’exécutif a finalement suspendu l’examen du texte en commission mixte paritaire.
Mais cette réforme n’en est pas moins perçue comme une nouvelle attaque contre les droits des travailleurs/euses. Début avril en effet, le gouvernement avait également annoncé de nouvelles mesures pour faire des économies sur les arrêts de travail – après en avoir limité la durée et renforcé les contrôles.
S’ils ont légèrement augmenté en 2024, c’est surtout la part des longs arrêts pour des causes psychosociales (stress, burn out) qui explose et représente désormais plus d’un tiers des arrêts maladie. En ce jour de mobilisation pour les droits des travailleurs/euses, nous avons donc eu envie de poser la question aux manifestant(e)s : quelle place le travail occupe-t-il dans leur vie ?
« J’arrive à laisser le travail au boulot »
Ancien salarié de l’hôtellerie-restauration, Cédric, 46 ans, travaille depuis trois ans à la SNCF en tant que « personnel roulant ». « Nos horaires sont atypiques. Pour beaucoup de collègues, c’est compliqué d’organiser des gardes d’enfants compatibles avec les trajets ». Les plannings sont calculés sur 35h. « Mais comme les passagers, on est tributaires des imprévus », explique-t-il.
Pour autant « j’arrive à laisser le travail au boulot, poursuit Cédric. J’ai mon petit rituel. Quand je termine mon service, j’écris mon rapport et je fais un peu de rangement avant de rentrer. Avant, quand je travaillais dans la restauration, il y avait plus d’imprévus. J’avais mes plannings deux jours avant. Et là, je ramenais de la tension à la maison. » S’il juge que « la place du travail reste importante dans sa vie », Cédric la trouve aujourd’hui beaucoup plus « gérable. »
Quand le temps du travail grignote celui de la famille
Vers 11h, la manifestation se met en mouvement et défile rue des Francs-bourgeois en direction des quais. Chasuble orange sur les épaules, Fethi défile à l’avant du cortège CFDT. À 60 ans, cet ancien salarié du secteur des transports est aujourd’hui en recherche d’emploi.
« Ayant été syndicaliste, j’ai longtemps ramené du travail à la maison », explique-t-il en souriant. Mais sinon, à titre personnel, pas vraiment. « Quand vous avez trois enfants et que vous ne gagnez pas assez pour les éduquer, vous n’avez pas le temps de penser au travail quand vous rentrez. »
En tant que militant syndical, Fethi a pu observer que les cadres de son secteur avaient tendance à ramener du travail à la maison en revanche. « Ils envoyaient des mails les soirs et les week-ends ou sur leurs temps de vacances. On voyait qu’ils avaient du mal à déconnecter. La direction leur a demandé d’arrêter, mais ils passaient outre. » Dans le même temps, un accroissement de leur charge de travail a obligé tous les salariés à faire des heures supplémentaires. « Ce n’était pas faisable sur notre temps de travail habituel. »
« Ces heures étaient récupérables, mais c’est un investissement couteux, juge Fethi. Le temps que vous passez au travail, vous ne le passez pas en famille. Et quand vous rentrez, vous êtes fatigué des heures à outrance. Ce n’est pas une bonne chose, mais je sais que j’ai parfois délégué une partie de ma vie familiale à ma femme… »
« J’aimerais que le travail prenne un peu moins de place »
Cadre de la fonction publique dans le secteur culturelle, Christelle, 48 ans, fait partie de celles et ceux qui ramènent du travail à la maison. « J’ai toujours été quelqu’un qui a beaucoup travaillé », pose en préambule celle qui « se reconnait assez dans les workaholics – les addicts au travail, NDLR ». « Je pense que c’est une question de personnalité. Mais avec l’âge, j’essaie de limiter cela par souci d’équilibre entre ma vie pro, ma vie perso, et ma santé mentale. »
Après le covid, Christelle avait du être arrêtée trois semaines pour « fatigue ». « Ça a été un peu une sonnette d’alarme. Mes enfants me disaient « mais maman, tu travailles tout le temps. » Si elle parvenait à prendre du temps pour sa famille, elle n’en avait en revanche plus du tout pour elle-même. « Au bout d’un moment, le soi-même n’existe plus », détaille-t-elle.
Aujourd’hui ? « J’aimerais que le travail prenne un peu moins de place. Je suis dans le secteur de la culture, je trouve que ce que l’on fait au quotidien a un super impact, mais j’en fais parfois trop. Je crois que dans ce genre de travail, il faut mettre en place sa propre régulation. Même quand on croit à ce que l’on fait, parce que l’on trouve que ça a du sens. »
Des semaines de 60 à 80 heures
Vers 12h, le cortège remonte tranquillement les quais en direction de la place de la République. Marine, 29 ans, marche tranquillement avec un ami. Docteure en biologie depuis peu, la jeune femme est en recherche d’emploi après quatre ans de travail acharné. « En tant que doctorant, on a un contrat cadre donc on ne compte pas nos heures. Je dirais que je travaillais entre 60 et 80 heures par semaines. J’allais au labo les week-ends. »
« Je n’avais pas d’équilibre vie pro vie perso, ou alors en rognant sur le sommeil, détaille Marine. Mais j’ai vraiment bien aimé ce que je faisais et j’ai eu la chance d’avoir des amis et un entourage doctorant avec qui on se comprenait et on se soutenait. Ça m’a permis de ne pas faire de burn out. » Si son contrat lui permettait de prendre des congés payés, ce n’était pas toujours bien vu.
« Pendant ma dernière année de thèse, je n’ai pris que 5 jours de congés. J’ai entendu des remarques me disant que si je prenais deux semaines d’affilée, il ne faudrait pas que je m’étonne si mes résultats n’avancent pas. »
Passionnée par son domaine, Marine a cependant été contente de « voir la fin » de sa thèse. « Je me vois rester dans la recherche académique, mais l’expérience de la thèse m’a fait voir comment je voulais et ne voulais pas travailler. Si j’y fais carrière, il y a des comportements que j’espère ne pas avoir. » La docteure regrette que le fonctionnement des parcours scientifiques soit encore mal connu. « On produit de la richesse qui est abstraite pour pas mal de gens. »
« Ne pas avoir l’impression que la vie se résume au travail »
Place de la République, le cortège poursuit sa route jusqu’à la place Broglie sous le chaud soleil de mai. Un muguet épinglé sur la poche avant de son bleu de travail, Hugo défile tranquillement en famille. Machiniste à l’opéra, le trentenaire est habitué aux heures supplémentaires. « On travaille dans la culture, ça fait partie du métier. Quand on installe un spectacle sur scène par exemple, on fait 36h en trois jours. On a le choix : se faire payer ces heures où les récupérer. »
Hugo choisit systématiquement de les récupérer. « C’est important pour ne pas avoir l’impression que la vie se résume au travail. Pour faire autre chose à côté, passer du temps avec ma femme et mes enfants. Cela permet de revenir au travail l’esprit reposé. Si tu as la tête au boulot tout le temps, tu finis par ne plus l’aimer ce travail. Alors que si les gens y viennent, c’est parce qu’ils y trouvent un truc différent. Si ça devient comme à l’usine, tu perds ça. »



C’est bien la CGT et affiliés qui ont appelés à voter Macron pour faire barrage au Front National …
En voyant qu’il y avait un commentaire, j’étais certain de qui était le posteur.
Toujours le même discours…
Fatigant qu’il ne se fatigue pas….