Du 3 au 5 juillet, Schirrhein (Bas-Rhin) accueillait la 44ᵉ Fête des bûcherons, un événement populaire et sportif autour du bûcheronnage. Rencontre avec les athlètes de la tronçonneuse, à 40 minutes de Strasbourg.
« Jetzt geht’s los ! 3… 2… 1… » Au go, les quatre concurrents attrapent leur tronçonneuse, arrachent la poignée de démarrage et dans une pétarade assourdissante commencent à découper le billot de bois situé devant eux. Une première rondelle tombe dans une gerbe de sciure, puis une deuxième et enfin trois. Le chrono s’arrête, le silence se fait. L’épreuve a duré moins de dix secondes.
« Ce sont des épreuves de vitesse, explique Loïc Voinson, un des concurrents. Il faut faire les coupes le plus rapidement possible, il n’y a pas de point sur l’esthétique ou sur la calibration des coupes, il faut juste aller le plus vite possible. » Ce soir à Schirrhein, une trentaine de concurrent(e)s vont s’affronter sur deux épreuves de tronçonneuses et une de scie devant un millier de personnes.
« On est au plein milieu de la forêt de Haguenau, historiquement, c’était ici où il y avait tous les bûcherons qui s’occupaient de la forêt pour le compte de la ville », raconte Lucas Schott, le responsable communication de la section bûcheronnage du cercle Saint-Nicolas de Schirrhein.
Le jeune homme raconte le lien fort entre le village et la forêt qui l’entoure, « notre blason, c’est la fleur de la forêt de Haguenau et une hache ».
Si la première Fête des bûcherons et sa compétition remontent à 1983, des rencontres sportives informelles ont toujours existé entre les travailleurs de la forêt.
Aujourd’hui, la fête est une institution qui mobilise toutes les associations sportives du village. Plusieurs milliers de spectateurs/rices y sont venu(e)s sur le weekend. « La fête attire des gens du village, des villages autour, de toute l’Alsace et même de plus loin. »
Physique, précision, rigueur
Elie Paggin, responsable de la section bûcheronnage de Schirrhein, détaille les épreuves de ce vendredi soir. « On a trois épreuves, la Hot Saw, la tronçonneuse de compétition qui pèse 27 kg et déploie 100 chevaux. Ça demande du physique, de la précision, et de la rigueur. La Power Saw qui est une tronçonneuse de série modifiée par les concurrents, et la scie passe-partout à deux. Celle-là, c’est une épreuve super technique, le moindre changement d’angle, le moindre truc, vous allez piquer et alors c’est foutu. »
Classé 5ᵉ au dernier championnat de France, Elie Paggin découvre le bûcheronnage sportif « en filant un coup de main » à l’organisation de la fête alors qu’il était jeune basketteur. « De là, c’est parti et depuis je n’arrête plus. »
Seule compétitrice ce vendredi soir, Alrun Uebing vient d’Allemagne pour s’entrainer avec l’équipe de Schirrhein. En 2017, elle découvre la discipline « par hasard » en cherchant à acheter une nouvelle tronçonneuse. Conquise, elle commence les entraînements chez Elie et décroche même trois records chez elle en Allemagne.
« Je suis une athlète comme les autres, explique la paysagiste de 53 ans. Quand tu scies avec une passe-partout, tu travailles le cœur, c’est comme courir un 100 mètres. Il faut avoir le cardio et la force, mais la force ne fait pas tout. La technique et le matériel sont aussi très importants. »
Un sport de compétition
Technicien chez EDF, Pierre Puybarret découvre le bûcheronnage sportif par l’intermédiaire d’un collègue. Une rencontre pour le meilleur, car il est aujourd’hui le champion de France en titre. « J’aime la diversité de ce sport, il y a de la hache, du passe-partout, de la tronçonneuse. Il ne faut pas être juste bon sur une épreuve, il faut être très bon partout pour pouvoir gagner un titre. »
Si Pierre Puybarret reconnait avoir un physique avantageux pour le bûcheronnage sportif, une solide constitution ne fait pas tout. « On va à la salle de sport, on fait du CrossFit, de la musculation pure et dure et de l’entraînement vraiment technique, explique Loïc Voinson, bûcheron de métier. On est en mode compète, ça n’a rien à voir avec le métier de bûcheron. »
« C’est vrai qu’il y a beaucoup de compétiteurs qui sont aussi bûcherons de métier, explique Lucas Schott qui est chercheur en informatique. Mais finalement, ce sport s’est quand même professionnalisé, en ce sens qu’il devient un sport à part entière. »
La France compte une dizaine de clubs, dont les deux plus gros sont en Alsace. Il s’agit du club de Schirrhein et de l’association Lumberjack à Sainte-Croix-aux-Mines. Avec une centaine de sportifs/ves dans le circuit français, le bûcheronnage sportif, c’est aussi une petite famille qui se retrouve à chaque compétition. « On passe de super moments entre copains et puis c’est une super ambiance », conclut Elie Paggin.
La compétition s’achève ce vendredi soir, la speakeuse donne le programme des deux jours suivants. Le dimanche verra une compétition amateur en équipe. « On aura 30 équipes de quatre, ça fera beaucoup de monde », explique Lucas Schott, témoignant de l’intérêt du public pour la discipline.
Pour découvrir le bûcheronnage sportif, à moins de connaitre personnellement des pratiquant(e)s, Elie Paggin recommande de passer par le site web de l’équipementier Stihl. Le fabricant de matériel forestier joue un rôle important dans la structuration de la discipline, « il faut les contacter via leur site et notre référente nationale vous redirigera vers les clubs ».
Prochain rendez-vous pour les bûcheron(ne)s, la finale des championnats de France à Sainte-Croix-aux-Mines les 22 et 23 août prochains.



