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Ils ne partent pas en vacances : 8 Strasbourgeois(es) nous racontent leur été 2026

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Les vacances d’été approchent, mais tout le monde ne boucle pas ses valises. En France, près de 4 personnes sur 10 ne devraient pas partir cet été, un chiffre qui cache des réalités diverses : contraintes financières, travail, santé, ou envie de ralentir autrement. À Strasbourg, certain(e)s habitant(e)s passeront aussi l’été sur place. Choix ou nécessité, ils et elles racontent comment vivre cette période souvent associée à l’évasion, et les possibles stratégies pour décrocher sans quitter la ville.

Lucie, Ronan, Margot, Joanny, Vincent, Lisa, Mégane et Thomas* ont un point commun : cet été, ils et elles resteront à Strasbourg. Entre frustrations, bonnes surprises et habitudes bien rodées, chacun(e) raconte son été à sa façon.

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quai couple ami printemps été
© Coraline Lafon / Pokaa

Valises fermées, raisons multiples

Pour la grande majorité, la première raison tient en six lettres : B-U-D-G-E-T. Dans un contexte d’inflation, s’offrir un break relève parfois du pur miracle financier. C’est la réalité de Joanny, une éducatrice spécialisée de 26 ans, pour qui la précarité financière fait du non-départ une habitude. Pour d’autres, ce sont les coûts cachés de la vie en solo qui font du voyage un luxe. Ronan, 39 ans et habitant Schiltigheim, a dû renoncer cette année face à l’explosion des prix des transports. « Quand on voyage à plusieurs, on partage les frais. Seul, ça dépassait complètement mon budget. »

Au-delà du compte en banque, c’est parfois le rythme professionnel ou l’instabilité qui dicte le planning. Pour Thomas, un demandeur d’emploi de 27 ans passionné de cuisine, les prochains mois seront studieux : « C’est exceptionnel pour moi de ne pas partir, mais j’entame une reconversion avec une formation de trois mois tout l’été. »

Ronan
Ronan profitant des quais. © Document remis

Pour d’autres, rester est une nécessité imposée par la santé. C’est le cas de Margot, une créatrice de contenu de 33 ans passionnée de littérature, qui vit avec des maladies chroniques : « Je tolère mal cette saison, la chaleur, etc. Donc c’est pas plus mal pour moi de rester dans mon safe-space en attendant que la fraîcheur revienne ! »

De même pour Vincent, 65 ans et grand amoureux de nature, pour qui l’été se passera en centre de rééducation suite à des complications post-opératoires. S’il doit reporter ses projets de voyage, il savoure déjà plusieurs victoires concrètes, comme le fait d’avoir pu remonter sur son vélo et de réapprendre à nager.

Vincent
Vincent en escapade. © Document remis

Rester quand les autres partent

Face au défilé permanent de couchers de soleil et de plages paradisiaques sur les écrans, le simple fait de scroller sur son téléphone se transforme vite en terrain miné. Un flux visuel qui peut vite filer un coup au moral, comme l’explique Mégane : « Voir tout le monde déballer ses valises au soleil alors qu’on est coincée sur le bitume, ça fout un coup. Le plus dur, c’est ce sentiment d’être un peu invisible, ou laissée sur le côté pendant que le reste du monde s’évade. »

Au-delà du virtuel, c’est le sentiment d’isolement qui peut peser. Quand la bande de potes déserte l’Alsace d’un coup, Lucie gère à sa manière. « J’essaie de relativiser en me disant que ce n’est qu’une période, ou alors de prendre du temps pour faire des choses en solo. »

Certain(e)s usent alors d’imagination pour s’occuper, comme nous le raconte Lisa : « Faire des activités fun pour sortir du quotidien et utiliser mon libre arbitre correctement, j’ai aménagé mon balcon en cabane pour profiter de la fraîcheur du soir en regardant une série avec un apéro. »

Loin du stress des valises, la ville offre un autre visage. C’est cet aspect que Joanny choisit de savourer chaque année ! « C’est l’occasion de se poser davantage, même dans le boulot en général, tout est plus apaisé, les gens sont de meilleure humeur. » Même son de cloche pour Vincent qui, depuis son centre de soin, relativise en observant la baisse de régime générale : « Voir la ville tourner au ralenti, ça crée une ambiance un peu hors du temps, presque apaisante. On apprend à apprécier Strasbourg sans la cohue habituelle. » De quoi transformer la résignation en sérénité. 

S'évader autrement depuis chez soi

À défaut de varier de décor géographique, la rupture avec le quotidien peut commencer par un vrai changement de rythme. L’été devient alors la période idéale pour réhabiliter le farniente et recharger les batteries. Pour Lucie, la déconnexion passe donc par un retour aux sources indispensable : « Je fais autant de siestes que je peux pour tenter de rattraper le déficit de sommeil. J’essaie également de me prévoir des journées où je m’éloigne au maximum des réseaux sociaux. » 

Une parenthèse parfaite pour se replonger dans des passions délaissées le reste de l’année. Qu’il s’agisse de passer des heures en cuisine à tester de nouvelles recettes, de dessiner ou de dévorer des livres, le chez-soi devient une passerelle vers un autre monde. C’est la stratégie imparable de Margot, qui s’offre chaque été un nouveau jeu vidéo.  « Une connaissance m’a demandé par message si je partais cet été, et j’ai répondu avec une photo d’Elden Ring en disant que je partais dans l’Entre-terre ! »

Margot
Le spot préféré de Margot cet été (et de son chat). © Document remis

Ainsi, rester en ville en juillet et août offre la liberté pour certain(e)s de s’approprier l’espace autrement, loin des dynamiques habituelles. Un moment idéal pour oser des sorties en solo, s’écouter pleinement et s’accorder des expériences que l’on repousse le reste du temps.

C’est précisément le projet de Thomas, bien décidé à s’offrir une expérience culinaire en tête-à-tête avec lui-même : « Je pense me faire une bonne table pour raviver mes papilles, en m’inspirant du nouveau guide Le Lardon ! »

Lisa
Lisa. © Document remis

Strasbourg en été, une ville à (re)découvrir

Pour s’offrir une vraie bouffée d’oxygène, les grands parcs arborés et les quais s’imposent comme les parfaits refuges pour chiller. Entre les pelouses ombragées de l’Orangerie et la fraîcheur du fleuve, ces poumons verts permettent de déconnecter immédiatement du bitume. C’est par exemple ce sentiment de légèreté qui fait tout le charme des fins de journées de Ronan. « Mon spot favori en ville se situe près de l’arrêt de tram Gallia, quai Koch. J’adore m’installer dans l’herbe le long de l’Ill, il y règne une petite ambiance de vacances que j’apprécie beaucoup. »

Pour les adeptes de micro-aventures, il suffira de s’éloigner un peu des remparts le long de la Bruche ou des forêts environnantes pour trouver coins de fraicheur et espaces plus sauvages. Lucie profite d’ailleurs des nombreuses pistes cyclables pour élargir ses horizons à coup de pédales : « Le parc du Pourtalès permet des petites promenades sympathiques où on peut trouver des petits spots de baignade le long des cours d’eau. »

Parc Pourtalès (54)
© Marie Goehner-David / Pokaa

En centre-ville, l’évasion passe par les cinémas de plein air estivaux, les terrasses qui s’animent tout au long de la saison et la convivialité de tiers-lieux culturels. Des espaces comme le Phare Citadelle ou l’Orée 85 deviennent les parfaits points de ralliement pour boire un verre au calme, écouter un DJ set, ou tout simplement profiter des longues soirées. Quand à Joanny, elle a trouvé la combinaison idéale pour s’offrir une pause bien méritée : « Quoi de mieux que de se balader dans la Petite France avec une glace de chez Franchi ? »

Et si rester était une autre manière de partir ?

Finalement, passer l’été à Strasbourg s’avère souvent plus riche et diversifié qu’il n’y paraît. Si pour beaucoup le fait de ne pas bouger n’est pas un choix, l’expérience peut revêtir un aspect joyeux. Margot parle d’ailleurs « d’étérnation » pour décrire ce pas de côté : « C’est comme hiberner, mais en été. En gros je vais rester chez moi et dans ma ville, ralentir un peu le rythme et profiter de tout ce qu’il y a de chouette autour de moi. »

L’occasion idéale de (re)visiter des quartiers, tester de nouveaux lieux et s’approprier son espace autrement, comme le dit Mégane : « Ne te sens pas inférieur à ceux qui peuvent partir, profite de cette période pour devenir un touriste dans ta ville et apprécie de la voir sous un nouveau regard. »

canal de la bruche vélo cyclisme nature
© Hugo Favre Napoli / Pokaa

Des recommandations et des partages d’expériences qui risquent bien de se généraliser. À l’heure des urgences écologiques et de l’augmentation du coût de la vie, repenser notre rapport au voyage sera de plus en plus courant.

L’occasion, peut-être, de recréer collectivement de nouveaux imaginaires et des idéaux plus sobres, solidaires et humains. De quoi cultiver, à notre échelle, un quotidien un peu plus doux et collectif pour traverser la saison.

*Le prénom a été modifié

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