Depuis le début de la crise du Covid-19, la France tourne au ralenti. Les personnes exerçant un métier “indispensable” ont continué de travailler. Hormis le personnel soignant, qui est plébiscité chaque soir au travers des applaudissements des Français et à raison, on a voulu donner la parole à différents corps de métier, qui ne peuvent pas arrêter de travailler sans que les conséquences soient lourdes. Ils travaillent dans les services techniques des hôpitaux, prennent soin des personnes en difficultés ou nous permettent de remplir nos frigos, on a décidé de jeter un œil par le judas, pour observer le quotidien de ces Strasbourgeoises et Strasbourgeois, qui ont poursuivi leur activité professionnelle malgré le confinement. Et sans qui, notre petit monde, tournerait bien moins rond. En bref, les indispensables.
Le cinquième et dernier article de cette série est consacré à Vanessa, gérante d’une entreprise spécialisée dans l’électricité et l’électroménager. Pour lire les précédents, c’est par ici ou bien encore .

Le 14 mars dernier, le Premier ministre Édouard Philippe annonce la fermeture de tous les commerces dits “non-indispensables”. Pendant les deux mois de confinement qui ont suivi, les bars, les restaurants, les boutiques, les magasins de vêtements, les librairies, et bien d’autres encore sont ainsi restés portes closes et stores baissés. En dehors des grandes enseignes et multinationales qui, à Strasbourg comme ailleurs, fleurissent dans nos centres, se sont souvent des indépendants, des familles, qui se trouvent derrière les comptoirs. Des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois qui consacrent tout leur temps et leurs finances au fonctionnement de leur commerce. Parmi eux, il y a Vanessa, à la tête d’une petite entreprise familiale spécialisée en électricité et en électroménager, qu’elle gère aux côtés de son mari et le frère de celui-ci. Durant toute la période de confinement, les trois membres de la famille ont mené la barque ensemble, pour maintenir l’entreprise à flot et surtout protéger leurs salariés, tout en répondant présents pour leurs clients. 


La protection des salariés avant tout 

Quand on a appris pour les mesures de confinement, dans un premier temps, c’était tout de suite pour nos salariés qu’on s’est inquiétés. On les a tout de suite informés des mesures de distanciation sociale qui étaient importantes. Et au fur et à mesure, on leur a annoncé qu’ils ne pourraient pas continuer à travailler raconte Vanessa, gérante de la partie électroménager de l’entreprise. Les indépendants ont mis un point d’honneur à guider leurs salariés et à les accompagner dans ce processus, car le ralentissement de l’activité était inévitable. Près d’une semaine après le début du confinement, l’ensemble des employés se retrouve donc sous le régime exceptionnel Covid-19 de chômage partiel.

© Vanessa
© Vanessa

Mais même si le contexte exceptionnel justifie une telle décision, le stress monte, et l’attente se fait longue :Ils voulaient reprendre le travail. On essayait de répondre à leurs attentes, mais sans travail, sans demandes, difficile de les faire revenir.Alors pendant ses jours de repos, Vanessa prend de l’avance et prépare déjà le retour de ses salariés. Au niveau des mesures de sécurité notamment, les gérants n’ont pas attendu les annonces du gouvernement pour s’organiser afin de pouvoir fournir les protections nécessaires à chaque salarié : Comme ils n’arrivaient pas en temps et en heure, on a fabriqué des masques nous-même pour toute notre équipe, pour assurer un retour en toute sécurité.Durant cette période de crise, la responsable assure n’avoir eu qu’une seule priorité : La santé de nos salariés, c’était le plus important.

Alors que la France amorce son déconfinement depuis seulement quelques jours, 90% du personnel est de retour au travail au sein de l’entreprise familiale. Seule la secrétaire poursuit pour le moment son activité en télétravail et une vendeuse reste en attente, car les employeurs tiennent à respecter les recommandations des fiches métiers : “Il faut une distance entre 1 et 2 mètres par personne et le comptoir ne nous permet donc pas d’être à deux à l’arrière. Donc pour l’instant, elle ne peut pas revenir. Mais pour tous les autres, la reprise d’un rythme de vie normal est salvateur et semble apaiser les esprits, notamment d’un point de vue financier : “Ils sont rassurés de se dire qu’ils vont de nouveau toucher un salaire complet, parce que pour certains, c’était compliqué. Et aussi contents de se dire qu’on a continué à travaillé pour maintenir l’activité et donc l’entreprise.” En effet, malgré les mesures de confinement et la fermeture de la majorité des commerces, Vanessa, son mari et son beau-frère, ont continué de travailler afin d’assurer un service minimum. C’est donc à trois, au lieu de vingt, qu’ils ont maintenu l’activité à bout de bras, pour pouvoir répondre à leurs clients, en cas d’urgence.


Un service exceptionnel pour répondre présent en cas d’urgence

Coupure générale, porte d’entrée d’immeuble qui ne s’ouvre plus, radiateur qui ne chauffe plus, tableau électrique qui vient de lâcher, un réfrigérateur qui cesse de fonctionner, une plaque de cuisson ou encore un lave-linge, les galères peuvent être multiples et en temps de confinement, difficile de régler le problème soi-même ou bien de savoir vers qui se tourner. Alors pour “ne pas laisser les clients dans une situation précaire”, les dirigeants ont décidé maintenir l’activité de l’entreprise, toutefois réduite aux urgences, tout au long des deux mois : “Nous ne pouvons pas laisser nos clients sans appareils pour conserver les aliments ou pour les cuire, [ou] sans électricité. Il fait encore froid, si un radiateur lâche ou qu’une coupure empêche le radiateur de s’allumer, c’est très gênant, surtout pour les vieilles personnes.Bien évidemment, lorsqu’ils n’ont pas le choix d’intervenir pour soutenir leurs clients, Vanessa et son mari prennent toutes les précautions nécessaires. Les distances sont respectées et les lavages de main automatiques. Et heureusement, aucun membre de la famille ne semble avoir été infecté par le virus.

Pour la toute première fois, Vanessa, son mari et son beau-frère ont également proposé un service, pour le moins, original : l’aide par téléphone. Alors que les domaines de l’électroménager et de l’électricité nécessitent, en temps normal, l’intervention d’une personne sur place, au moindre problème, les responsables ont choisi de proposer à leurs clients un système de conseil et dépannage par téléphone : “On jouait les tuto par téléphone, donc on guidait les personnes et au fil des questions, on ciblait un peu la panne ou le souci et on pouvait leur dire : il faut débrancher cet appareil, le remplacer, ou encore attendre la fin du confinement.” Un service particulièrement chronophage selon Vanessa, mais indispensable pour certains clients, qui auraient certainement vécu différemment leur confinement sans cette aide téléphonique : Un réglage de téléviseur par exemple, n’est pas considéré comme une urgence, mais une vieille personne seule aura aussi besoin de se distraire, de suivre les informations, et là, nous allons les guider pas à pas par téléphone.

Pour la petite entreprise familiale, présente tout de même depuis plus d’un siècle dans le secteur de l’électricité, et depuis quarante ans dans celui de l’électroménager, pas question de lâcher les clients, même en temps de crise. Une relation de confiance, que la dirigeante compte bien entretenir : “Nos clients nous connaissent et savent que nous faisons tout pour être les plus réactifs (avant, pendant et après le confinement) et c’est aussi pour ça qu’ils font encore appel à nous, pendant cette période plus difficile. Ils ne veulent pas voir une entreprise familiale disparaître. Contrairement à des grands groupes, nous n’avons pas les appuis financiers.

© Vanessa
En pleine intervention d’urgence pendant le confinement.
© Vanessa


Un impact financier à prévoir d’ici 4 à 6 mois

Durant toute le confinement, les gérants de l’entreprise ont donc assuré un service minimum, qui a permis de préserver leurs métiers, leur activité et “éviter de mettre plus de vingt personnes au chômage à la fin du confinement”. Pour survivre à cette passe difficile, les dirigeants semblent donc avoir fait le bon choix. Mais s’ils ont su créer les conditions favorables à une reprise, Vanessa craint pourtant un impact financier à venir, qu’il faut envisager sur un plus long terme : On ne va pas le voir tout de suite, mais d’ici quelques mois je pense. On avait des chantiers en cours, qui ont juste été décalés, mais des personnes qui avaient des envies de rénovation ont peut-être stoppé leurs projets. Donc je pense qu’on le sentira d’ici 4 à 6 mois.

Fort heureusement pour le moment, depuis le début du déconfinement,le téléphone n’arrête pas de sonner”. Pour toutes les agences et les particuliers avec lesquels l’entreprise travaille, tout redémarre et les rendez-vous pour des installations reprennent. 


Un confinement serein qui semble avoir renforcé les liens

Faute d’école, de nourrice ou de crèche, les enfants de Vanessa, ont donc accompagné leurs parents dans leur activité et on vécu ces deux mois à leurs côtés. L’occasion pour les deux petites filles, de découvrir un peu l’univers professionnel de leurs parents, mais toujours bien protégées, confinées sur les sièges de la camionnette au moment des livraisons.

Ces deux mois de confinement, Vanessa explique les avoir plutôt bien vécus. Loin du stress et du rythme effréné du boulot tout au long de l’année, la famille a pu travailler un peu plus sereinement. Même si elle confie que les journées ne se ressemblent pas et qu’il a fallu jongler entre des jours “où c’était du non-stop”, et les journées passées sans aucun appel. Et si au début elle a dû faire face aux énervements, au fil des jours, elle se souvient que les clients ont progressivement accepté la situation et sont devenus plus compréhensifs :On a découvert la vraie nature des gens, souriants, ouverts à la discussion, etc. On se demandait encore avec des clients récemment : est-ce que les gens vont encore garder le sourire et discuter facilement quand on se croise dans la rue ? On ne peut que souhaiter, à Vanessa, sa famille et tous les autres Strasbourgeois.ses, que la réponse soit un grand oui. 

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