Depuis le début de la crise du Covid-19, la France tourne au ralenti. Les personnes exerçant un métier “indispensable” ont continué de travailler. Hormis le personnel soignant, qui est plébiscité chaque soir au travers des applaudissements des Français et à raison, on a voulu donner la parole à différents corps de métier, qui ne peuvent pas arrêter de travailler sans que les conséquences soient lourdes. Ils travaillent dans les services techniques des hôpitaux, prennent soin des personnes en difficultés ou nous permettent de remplir nos frigos, on a décidé de jeter un œil par le judas, pour observer le quotidien de ces Strasbourgeoises et Strasbourgeois, qui ont poursuivi leur activité professionnelle malgré le confinement. Et sans qui, notre petit monde, tournerait bien moins rond. En bref, les indispensables.
Le quatrième article de cette série est consacré à Cassandre, éducatrice de jeunes enfants et Amandine et Raphaël, éducateurs spécialisés. Pour lire les précédents, c’est par ici ou bien encore .

L’annonce des mesures de confinement ne fut une surprise pour aucun des éducateurs. Tous s’attendaient à ce que leur activité soit réorganisée. Pour Amandine et Raphaël, éducateurs spécialisés qui s’occupent de mineurs non accompagnés, des jeunes garçons hébergés dans des appartements sur Haguenau et Strasbourg, comme pour Cassandre qui travaille au sein d’un service de psychiatrie infanto-juvénile au sein d’un hôpital, il a fallu s’adapter pour continuer d’exercer son activité auprès des jeunes et des enfants. Et pour ces métiers humains, où le relationnel est central, maintenir le lien dans le respect de la distanciation sociale peut s’avérer compliqué.

Une réorganisation nécessaire de l’activité

Dès le lundi 16 mars, Amandine et ses collègues ont décidé de se réunir pour voir comment s’organiser. Au sein du service de protection de l’enfance dans lequel elle travaille, près de 150 jeunes de 15 à 18 ans et de différentes nationalités sont sous la tutelle du conseil départemental et ainsi logés dans des appartements sur les villes de Saverne, Haguenau et Strasbourg. Les jeunes ne pouvant pas être laissés seuls, sans suivis, pendant toute la période de confinement, il faut donc se répartir les tâches et la responsabilité des appartements entre membres de l’équipe. Amandine, qui dispose d’un véhicule personnel, a donc été mobilisée sur la ville de Haguenau. Au départ, ils sont trois éducateurs à intervenir sur la zone qui comprend six logements, au sein lesquels vivent entre trois et quatre jeunes. La jeune femme est en charge à distance, des huit jeunes dont elle était déjà la référente avant le confinement, ainsi que des jeunes à qui elle rend visite chaque jour dans les appartements. Elle fait rapidement une croix sur ses congés trimestriels qui étaient prévus au cours du mois de mars et en mai, mais d’autres collègues sont, quant à eux dans l’obligation de prendre leurs congés annuels avant le mois de juin : “Donc certains sur Strasbourg se sont retrouvés avec trois ou quatre appartements à gérer.” Et lorsque l’un de ses collègues mobilisé sur Haguenau passe en arrêt maladie, Amandine se retrouve seule à gérer six appartements, avec une étudiante encore formation. Une lourde charge de travail pour la jeune éducatrice qui a réussi, tant bien que mal, à tenir bon : “C’était assez sportif !” reconnaît-elle modestement. Et alors qu’elle est censée consacrer environ 2h à chaque appartement, elle est contrainte de revoir son temps de passage à la baisse et sa direction lui demande de passer 30 minutes au sein de chaque colocation. Un temps de visite chronométré, difficile à respecter : “Dans les faits, en fonction des demandes, dans chaque appartement, on n’arrive pas à gérer un timing aussi précis.” 

Raphaël non plus, n’imaginait pas laisser les jeunes sans suivi. Alors qu’avant, ils pouvaient être accueilli, lors de permanence aux bureaux ou bien prendre des rendez-vous, il faut maintenant passer voir chacun des 150 jeunes pris en charge, dans les appartements : “On passe beaucoup moins dans les appartements en temps normal. On organise plutôt des rendez-vous pour favoriser leur intégration, des visites de Strasbourg, faire du sport, etc. On fait aussi du soutien administratif et éducatif, comme par exemple apprendre à gérer un budget, ce genre de choses.Mais en temps de confinement, toutes les activités nécessitant un déplacement pour les jeunes sont donc proscrites. Alors Raphaël tente de s’adapter à ce rythme différent, même si chaque visite tourne un peu autour des mêmes choses : “Quand je passe, souvent je fais un petit contrôle de l’appartement, pour voir s’il est bien tenu, vérifier que ce soit propre, qu’il n’y ait rien de cassé. Je passe un petit temps avec les jeunes. Certains veulent faire des courses, d’autres regarder la télé, d’autres du soutien scolaire, etc. Mais je n’impose rien. Je sais qu’ils sont motivés, je ne vais pas les contraindre. Je leur laisse la liberté de me dire ce qu’ils veulent faire. J’essaie de discuter, j’en profite pour apprendre un peu leur langue. Et d’autres jours, ils n’ont pas envie de parler. Même si chaque jour est différent, c’est un peu redondant.

© Raphaël
Raphaël pendant l’aide aux devoirs.
© Raphaël

Dans le service de Cassandre, qui fonctionne sous la forme d’un hôpital de jour, les enfants ont l’habitude de venir en journée. Certains se sont donc encore déplacés le lundi 16, comme à leur habitude. Il a donc fallu prévenir rapidement les familles, que le service fermait ses portes : “Nous, c’était un peu speed ! On a su que vers 11h30 passée, qu’il fallait dire à ceux qui viennent à 13h qu’il ne faut pas venir, on a dû passer assez vite des coups de fil pour prévenir tout le monde.Et une fois l’accueil des enfants fermé, Cassandre et ses collègues ont été réaffectés à d’autres tâches, là où le besoin de personnel se faisait sentir. Les psychologues de son service et les infirmières ont été mobilisés pour une cellule de soutien du personnel hospitalier. L’hôpital a également choisi de mettre en place un dispositif d’accueil des enfants des soignants dans un service fermé en temps de Covid, qui accueille normalement des adultes. Et le service de Cassandre a, lui, continué d’assurer une permanence téléphonique : “On voulait avoir des nouvelles par téléphone. On travaille avec des enfants qui ont des troubles au niveau psychique, donc ça peut être encore plus dur pour certaines familles. On voulait au moins être là par téléphone.” Pendant le confinement, l’éducatrice spécialisée alterne, et partage donc son temps de travail entre la permanence et le service d’accueil des enfants des soignants. Mais depuis environ deux semaines, son service recommence progressivement à accueillir les enfants, sous certaines conditions : “Alors qu’en général c’est sous forme de groupes, là, c’est un accueil individuel qu’on propose. Donc un seul enfant à la fois, on les accueille mois régulièrement que ce qu’ils avaient l’habitude. On respecte toutes les règles d’hygiène, on essaie dans la mesure du possible de faire porter des masques aux enfants mais ça ne marche pas avec tous. Pour l’instant, on évite de faire emmener les enfants par des ambulances. Soit on va nous-même les chercher, soit on nous les dépose, mais sans rentrer, juste devant. Certains parents sont un peu interpellés, tiquent un peu mais on n’a pas le choix. ce n’est pas les meilleures conditions, mais bon.” 

© Cassandre
Cassandre à son bureau. © Cassandre


Pour les jeunes, des règles difficiles à respecter et du retard à prévoir

Les jeunes ont vécu ce confinement avec beaucoup de détresse parce qu’ils ne sont pas habitués. Ce sont des jeunes qui sont hyper motivés pour la plupart, qui veulent aller à l’école, s’insérer. Donc au départ, ça leur a fait très peur et surtout, ils ne pensaient pas que ce serait aussi long. J’ai vu que ça leur a fait un coup au moral. » indique Raphaël. Et pour certains qui ont vécu un parcours migratoire difficile, l’enfermement pèse sur le moral : “Il y a aussi l’angoisse de rester à la maison, de cogiter, ils ressassent certains souvenir du passé et ce n’est pas bon.Les règles de distanciation sociale sont, pour beaucoup, difficile à comprendre. Amandine explique notamment que le chef de service à dû intervenir à plusieurs reprises, car les jeunes qui habitent dans des immeubles juxtaposés se retrouvaient entre eux : En fait, ils ne comprenaient pas qu’il fallait rester confiné par appartement et non par secteur. Ils ont eu beaucoup de mal.

Mais le plus compliqué, c’est d’assurer la continuité au niveau scolaire. D’autant plus que les jeunes disposent d’un seul ordinateur par appartement. Et l’informatique constitue leur plus grosse difficulté par rapport aux autres élèves. Raphaël indique : “On leur montre comment se connecter, comment envoyer des mails, mais c’est pas gagné pour prendre le pli des cours à distance. C’est très dur pour eux, ils n’ont pas d’ordinateur personnel et la majorité sont d’origine africaine. Alors même si beaucoup sont francophones, il arrive que certains ne parlent pas français. Donc le problème, c’est aussi c’est la compréhension des consignes. Ça complique vraiment les choses.Et avec le peu de temps à accorder à chaque jeune lors du passage dans les appartements, difficile de réussir à motiver chacun à travailler : “Personnellement, en une seule après-midi, je n’arrive pas à faire travailler douze jeunes. On a voulu les mobiliser mais on a vu que ça apportait énormément de tensions.” raconte Amandine. Elle reconnaît que pour un jeune qui a besoin de se concentrer, vivre en colocation, où les autres vaquent à leurs occupations toute la journée, est vraiment difficile. Elle a notamment remarqué que certains jeunes avaient des rythmes très décalés, car ils profitaient de la nuit pour faire leurs devoirs dans le calme. Les professeurs aussi, ont dû prendre en compte les conditions dans lesquelles vivent les jeunes et revoir leurs exigences à la baisse : “Pour le rendu par exemple, quand les prof envoyaient des devoirs, il fallait que j’aille imprimer les documents et que je les ramène seulement le lendemain. Alors au début, les prof s’impatientaient et essayaient vraiment de les raisonner, de faire prendre conscience aux jeunes de l’importance de travailler. Mais on a pris contact avec eux, et ils ont compris les conditions des jeunes et nos conditions d’intervention, ensuite on a vraiment pu travailler en partenariat.

Si maintenir le suivi des cours est aussi important, c’est que l’orientation professionnelle est l’un des objectifs principaux à atteindre pour ces jeunes, qui souhaitent pleinement s’intégrer. La plupart sont scolarisés dans des lycées, font des CAP ou bien intègrent des classes spécialisées pour apprendre le français. Et pour ceux qui devaient obtenir leur diplôme cette année, Raphaël redoute plus d’échecs, que pour les années précédentes : Le fait que ce soit en contrôle continu, pour eux, ce n’est pas du tout un avantage. Même si les remarques sont toujours bonnes, ils ont généralement plus de mal. Et pour les autres qui doivent s’orienter l’an prochain, beaucoup comptaient réaliser des stages, pour découvrir un métier, mais ce n’est pas possible. Alors on leur montre des vidéos de l’Onisep sur YouTube, mais ça ne remplace pas la pratique.Les vœux sont à communiquer à la fin du mois, et l’éducateur redoute que pas mal de choix qui seront fait, ne soit pas sûrs. Amandine rappelle aussi que pour obtenir un titre de séjour, il y a obligation de scolarisation. Des jeunes arrivés pendant le confinement, à l’âge de 17 ans et demi n’ont donc pas eu la possibilité de construire un projet professionnel ou bien d’être scolarisé. Elle espère donc que la préfecture sera conciliante et prendra en compte les conditions exceptionnelles dans lesquelles sont arrivés ces jeunes.


Un rythme différent pour les enfants, à temps complet dans les familles

Parmi les enfants que Cassandre a l’habitude d’accueillir dans son service, certains sont autistes, avec des retards de développement ou des troubles variés. Ils ont donc besoin de beaucoup de repères, et les familles ont donc dû créer tout un autre rythme de vie avec des rituels, qui n’existaient pas forcément avant. L’éducatrice explique que certaines familles étaient très angoissées pendant ces deux mois. Notamment lorsqu’il s’agit d’enfants relativement agités : Il y a une famille où depuis mars, l’enfant n’était pas du tout sorti. C’est une amie qui faisait les courses pour la famille et les parents n’osaient pas sortir, de peur que l’enfant touche à tout.Quelques mamans lui ont avoué que le quotidien était un peu compliqué, qu’elles avaient moins de temps libre et qu’il a fallu tout réorganiser à la maison. Mais pour les parents qui ont passé ces quelques semaines non-stop auprès de leur enfant, le confinement a aussi été l’occasion de découvrir des choses sur leur enfant qu’ils n’avaient pas pris le temps de voir jusque-là. Cassandre a même parfois été surprise de ce que certains parents ont réussi à mettre en place : “Des parents se sont mobilisés pour trouver des choses à mettre en place pour leur enfant alors que d’habitude, ils n’auraient pas forcément pris le temps. Des familles qui mettent en place des petits rituels, la petite promenade dans le quartier pour sortir un petit peu. Plusieurs ont profité de ce temps à la maison, sans stress, et sans impératifs de travail.

Pour la famille, mais aussi pour le bien-être de l’enfant et son développement, il fallait donc reprendre l’accueil petit à petit. Depuis deux semaines maintenant, Cassandre revoit individuellement certains enfants, et constate les effets du confinement, sur les différents comportements : “Un petit garçon qui d’habitude est assez agité, plein de vie, est revenu. Et là, on l’a trouvé plutôt calme, même presque éteint, il manquait une petite étincelle. C’est aussi un enfant qui n’est quasiment pas sorti. Il est même un peu malicieux mais c’est un côté qu’on a pas du tout retrouvé.  On s’est dit que c’était un effet de ces temps à la maison où il a moins pu sortir et voir du monde.Et à l’inverse, la jeune femme a aussi retrouvé une petite-fille, qui était elle, ravie de revenir : “Elle voulait tout faire et était très contente. Elle avait vraiment envie profiter de tout le temps qu’elle avait, pour rattraper tout le temps où elle n’a pas pu me voir. D’habitude, elle n’a pas toujours envie de tout faire ce qu’on lui propose, et elle était plus tactile et proche de moi. Avant de partir, elle m’a sauté dans les bras, ce qu’elle ne fait pas en temps normal.


Une prise en charge différente et une activité réadaptée

En plus des trajets en voiture quotidiens et de la charge de travail supplémentaire imputée à un effectif réduit, c’est toute la prise en charge des jeunes qu’Amandine et Raphaël ont du revoir. Ils se sont réparti les jeunes par secteur, et n’ont donc pas pu voir ceux dont ils sont les référents pendant près de deux mois. Ça nous chamboule nous aussi dans notre quotidien avec les jeunes. Comme on a mélangé les jeunes, c’est un collègue qui rend visite et s’occupe des jeunes dont je me charge habituellement.” explique Raphaël. Mais il reconnaît aussi, que le confinement lui aura permis de se consacrer beaucoup plus à l’éducatif, alors qu’en général, il manque de temps : “J’ai pu faire des gâteaux, de la cuisine, expliquer une fiche de paie, le fonctionnement de la Caf, des APL, etc. On prend plus de temps, et ça, c’est vraiment chouette c’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié au départ, on est moins dans le rush. Mais malheureusement, les activités sont souvent les mêmes, et pour les jeunes comme pour les éducateurs, les journées se ressemblent : “À force, ça devient quand même redondant. Parce qu’au bout de quelques semaines, faire que la même chose, c’est usant. On ne peut pas faire de recherche de stage ou d’apprentissage, tous les rendez-vous médicaux sont en attente et tout ce qui est sorties dans Strasbourg pour faire découvrir la ville sont annulées.

Pour les deux éducateurs, le manque des collègues s’est particulièrement fait sentir en cette période de confinement. Habitués à travailler en équipe, ils ont dû travailler en solitaire, chacun de leur côté. Raphaël confesse : “Ça commence à être long été difficile. Ça me manque le travail social avec mes collègues, car on travaille en équipe au quotidien. Amandine confirme que la présence de l’équipe est l’une des choses qui lui a le plus manqué pendant ces deux mois : En tant qu’éducateurs, on échange beaucoup, on fait aussi un métier où en fonction, des émotions peuvent nous submerger au cours d’une journée. Alors quand on se voit, ça permet de se décharger. Et là, on ne s’est pas vu ou bien juste croisés. Mais bon, on a pris le temps de se rassurer et de s’écouter les uns les autres au téléphone. Même lors de ses interventions quotidiennes auprès des jeunes, habituellement, s’il y a une bagarre ou un jeune qui fait une crise, il y a toujours quelqu’un dans les parages. Alors que là, même si la jeune femme n’a eu aucun incident à déplorer pendant le confinement, elle confie que l’appréhension est différente, lorsqu’elle se retrouve seule dans les appartements.

Quant à Cassandre qui n’a pas tout de suite été affectée au service de garde d’enfant des soignants, elle avoue que les débuts ont été difficiles : C’est vrai que les journées étaient un peu longues et on se sentait un peu inutiles. On avait d’autres collègues qui nous racontaient qu’ils étaient mobilisés, et on voulait aussi être utiles. Donc on était un peu frustrés de ne pas avoir de mission.Mais heureusement, elle a ensuite pu prêter main forte dans le service de garde et ainsi retrouver ce lien si précieux qu’elle entretient avec les enfants On a tout de suite dit oui, j’étais contente de pouvoir aider là-bas et en plus j’étais utile dans mon domaine donc c’est encore mieux ! On fait un métier humain et vivant donc c’est vrai que quand on a vu aucun enfant de la journée, à la fin, on se dit que ce n’est pas pour ça qu’on fait ce métier. Même si on est conscient que le contexte est particulier, c’est un peu une journée de perdue.” Quand elle n’était pas en charge de la permanence téléphonique, Cassandre a donc dû adapter ses horaires à ceux des personnels soignants dont elle gardait les enfants. Une amplitude horaire de 6h du matin à 21h, durant laquelle il faut trouver comment occuper des enfants, qu’elle rencontrait pour la première fois. Pour l’éducatrice de jeunes enfants qui s’occupe du groupe des plus petits dans son service, ce qui change aujourd’hui alors que l’accueil rouvre progressivement ses portes, c’est notamment le temps consacré à la désinfection. Après le passage de chaque enfant, elle nettoie entièrement la salle et recommence jusqu’à trois fois dans la même journée.  


Comment envisager l’après ? 

Pour Cassandre, la suite semble assez flou :On a encore du mal à se projeter. En tout cas, on va rester sur de l’accueil individuel je pense, car certaines familles sont encore réticentes à envoyer les enfants à l’école, donc c’est pareil pour chez nous. Son service terminera donc sûrement l’année scolaire au moins de juin, comme c’est prévu habituellement. Pour Amandine qui a reçu un protocole de déconfinement de la part de sa direction, la reprise est loin d’être envisagée sereinement : On est plus angoissés car on se dit qu’on va devoir rattraper tous ces mois pour les jeunes, en plus de toutes les demandes de la direction, avec le même taux horaire. Et on a un peu du mal à s’imaginer faire rentrer tout ça sur une seule semaine.Mais malgré son appréhension, la jeune femme dit avoir hâte de retrouver les jeunes dont elle est la référente, qu’elle n’a pas pu voir pendant près de deux mois : “C’est vrai que j’ai hâte de voir leur évolution, car on s’envoyait des comptes-rendus journaliers entre collègues et j’ai des jeunes qui débutaient dans l’apprentissage du français et rien que de les entendre au téléphone, je vois qu’ils ont progressé. Et surtout, il va falloir reprendre tout ce que les collègues ont commencé, se remettre à la page pour savoir où en est chaque jeune.

© Raphaël
© Raphaël

Si l’accueil dans les bureaux fini par reprendre et que les jeunes peuvent retourner à l’école, Raphaël sera quant à lui, content de pouvoir se décharger et laisser aux enseignants la prise en charge scolaire : On n’est pas prof, même si on le devient un peu pendant ce confinement, ce n’est pas vraiment notre boulot. Là, on se substitue à la fois aux parents et un peu aux professeurs, alors c’est usant. On sera vraiment contents de pouvoir retourner au bureau. Et je pense que les jeunes c’est pareil, c’est hyper difficile pour eux le confinement, plus on est précaire, plus c’est compliqué. Et même si ces deux mois de confinement n’ont pas été faciles pour les éducateurs, les mots de Raphaël permettent de nous rappeler qu’il s’agit d’un métier profondément humain, qui ne peut être exercé que par passion, par des femmes et des hommes qui donnent amour et soutien aux générations de demain :Quand je vais sur place je me rends compte de l’importance de notre travail. Même si je suis fatigué, quand je repars je suis très content de faire ce que je fais, car ils sont livrés à eux même. Je suis vraiment très content, je trouve que ça a du sens et c’est vraiment nécessaire actuellement.

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