Parce qu’ils ont perdu leur job étudiant, n’ont pas de proche pour les aider ou encore parce que les restaurants universitaires ont fermé, de nombreux étudiants strasbourgeois peinent à payer leur loyer ou encore se nourrir. Entre privations et solutions, Pokaa fait le point sur la situation.

Des étudiants en galère

Entre les quatre murs blancs de sa chambre universitaire de 9m², Nicolas, cheveux en bataille et barbe de quelques jours, garde le sourire : «  je m’en suis toujours sorti, pas de raison que ça n’aille pas cette fois ». Et de son accent chantant venu de Colombie, l’étudiant en BTS hôtellerie et restauration, arrivé en France il y a deux ans, raconte : « Je fais les devoirs que l’école me demande et je fais un peu d’art, du graffiti, de la peinture, j’essaie de ne pas y penser. »

Ne pas y penser. Essayer de ne pas compter encore et encore l’argent qu’il reste ou ne reste plus, ne pas réfléchir sans cesse à comment payer le loyer. « Je suis serveur à Buffalo Grill pendant mes études, je gagne normalement entre 500 et 600€ par mois mais ce mois-ci je suis au chômage technique, je n’ai reçu que 150 €. » Insuffisant pour payer ne serait ce que le loyer de 175€. « J’avais économisé un peu pour rentrer voir ma famille en Colombie au mois d’août, mais je crois que je vais demander à me faire rembourser les billets ». S’il a postulé dans plusieurs supermarchés, il n’a pour l’instant reçu aucune réponse.

Perte d’un travail, fermeture des restaurants universitaires, impossibilité de rentrer dans sa famille… le nombre d’étudiants ne parvenant pas à subvenir à leurs besoins s’est multiplié à Strasbourg comme ailleurs. Une situation largement constatée par Lina Rustom, directrice du Crous de Strasbourg : « Les assistantes sociales voient arriver des étudiants, qui ne sont pas ceux à qui on attribue de l’aide habituellement. Le nombre de sollicitations a doublé la deuxième semaine du confinement, triplé la troisième et là, on ne doit pas être pas loin d’avoir quadruplé ».

Clarisse (prénom d’emprunt), étudiante en management et stratégie d’entreprise, a elle aussi perdu son emploi de femme de chambre et son salaire de 700€. « En février déjà, quand les premiers cas de Covid ont été révélés, la fréquentation de l’hôtel avait baissé, et je n’avais presque pas travaillé, raconte la Togolaise de 26 ans. En mars je n’ai rien touché du tout. Je ne peux payer ni mon loyer ni mes charges. Deux amis m’ont donné quelques provisions mais j’ai dû réduire ma consommation. »

Des aides d’urgence

Certains étudiants sont rentrés chez leurs parents pour limiter les frais. Ceux habituellement logés en résidence universitaires n’auront pas à s’acquitter du loyer pendant leur absence. Ce n’est pas le cas de ceux logés dans le parc privé, à l’image de Mickaël (prénom d’emprunt), étudiant de 30 ans en Lettres modernes. Alors qu’il dépendait du travail non déclaré de sa compagne pour s’en sortir, le couple ne touche désormais plus que 550€ de bourses, depuis le renvoi de celle-ci. « Notre loyer est de 500 €, nous ne l’avons pas encore payé ce mois-ci et on a dû partir vivre chez mon père pour pouvoir manger », explique l’étudiant.

Pour ceux qui sont restés, l’aide s’organise. « Ils sont encore environ 2100, rien que dans les cités universitaires d’Alsace, dont une grande majorité à Strasbourg, et parmi eux beaucoup d’étudiants étrangers », constate Lina Rustom.

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Le Crous tente de limiter la casse. « On a multiplié les dispositifs, expose Lina Rustom. Il y a des aides financières d’urgence, ponctuelles, que les assistantes sociales peuvent distribuer en direct. Nous distribuons aussi des cartes prépayées de 50€ que les étudiants peuvent utiliser dans tous les magasins de la chaîne Carrefour. Nous avons huit assistantes sociales sur l’Alsace qui travaillent actuellement et si besoin on demandera du renfort. »

Autre initiative, le Crous assure chaque semaine la distribution de paniers alimentaires. Les étudiants logés en résidence universitaire peuvent en bénéficier en s’inscrivant par mail, « pour ne pas les laisser sans rien », commente la directrice.

Pour les autres, l’AFGES, l’association fédérative des étudiants de Strasbourg, distribue elle aussi des paniers repas. «  Il faut vraiment comprendre que comme les stocks sont limités, on bénéficie soit du panier du Crous soit de celui de l’AFGES mais pas des deux. Il faut qu’on soit complémentaires pour aider le plus de monde possible », insiste son président Jean-Valentin Foury. Les paniers, distribués une fois par semaine, le mercredi, sont constitués de produits de première nécessité. Des denrées issues de dons de grands magasins, d’entreprises, d’associations, notamment la Banque Alimentaire mais aussi acquises grâce aux aides du Crous, du Département et de la Ville.

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Précarité numérique

Alertée par les conditions de vie de nombreux étudiants, l’Université de Strasbourg a également décidé d’agir. Après une première cagnotte pour soutenir les hôpitaux universitaires de la ville, la fondation de l’université a donc renouvelé l’opération afin de constituer un fond d’urgence pour les étudiants. Plus de 98 000 € ont pour l’instant été récoltés. « Nous travaillons main dans la main avec le Crous et une partie de cette somme leur sera versée », indique Benoît Tock, vice-président en charge de la formation. La seconde partie de la cagnotte aura pour but d’aider les étudiants en situation de précarité numérique. « Nous continuons les cours et évaluations à distance, mais certains étudiants n’ont pas d’ordinateur ou de connexion suffisante. 180 étudiants nous ont dit avoir besoin d’un ordinateur et 230 d’une amélioration de leur connexion. »

L’objectif est donc avant tout d’atténuer les égalités entre les étudiants. « Il sera important à la fin de l’année que les professeurs tiennent compte de ces difficultés dans l’évaluation. Certains ont des conditions de confinement très pénibles et peuvent avoir du mal à se concentrer. » Maintenir une continuité pédagogique malgré la précarité, voilà l’autre difficulté des étudiants dans le besoin. Au delà de l’anxiété provoquée « certains prennent des jobs dans des fermes, des supermarchés pour s’en sortir, mais ne parviennent donc plus à suivre correctement les cours à distance », constate Jean-Valentin Foury.

« Les étudiants les plus précaires […] seront aussi aidés », annonçait ce lundi 13 avril Emmanuel Macron. En attendant l’heure est à la débrouille mais aussi à la solidarité. « Sur les réseaux sociaux il y a des messages de personnes qui nous proposent leur aide », se réjouit Nicolas.


Liens utiles :

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Cagnotte Unistra

MATHILDE PIAUD

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