Avec déjà cinq albums au compteur et de nombreuses tournées, dont deux outre-Atlantique, le groupe alsacien s’est imposé en une poignée d’années comme une référence du blues-rock français.

L’histoire de Dirty Deep commence il y a une dizaine d’années, lorsque le strasbourgeois Victor Sbrovazzo se découvre une passion pour le blues et l’harmonica, qu’il décide d’approfondir. En 2010, Victor monte un projet de one man band qu’il nomme Dirty Deep, en référence à la Louisiane, ses bayous et ses swamps. Une courte aventure solo et un premier EP plus tard, il rencontre Geoffroy Sourp, alors batteur dans un groupe de hip-hop, en septembre 2012. C’est en 2015 que le groupe trouve sa forme actuelle, rejoint par Adam Lanfrey, bassiste et ex membre du duo Chirak, qu’il composait avec Geoffroy.

Si le blues n’est pas le genre musical le plus en vogue de notre génération, Dirty Deep se permet de le déconstruire, lui donnant une identité singulière, réinventant ses codes pour donner lieu à une musicalité unique, un style hybride et percutant qui fait inévitablement taper du pied.

Quand les trois potes envoient du son, on est spectateur d’une synergie mécanique et naturelle unique. On se laisse prendre au rythme frénétique de la batterie de Geoffroy, on frissonne au son de l’harmonica de Victor et on talonne en cadence le sol, au rythme de la basse d’Adam.

A l’occasion de leur showcase de jeudi dernier à la brasserie Aux Douze Apôtres, j’ai partagé un café avec Geoffroy, le batteur aussi brillant que survolté de Dirty Deep.


Tu peux me parler un peu de ton parcours d’artiste avant Dirty Deep ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 5 ans, ma mère était musicienne. Ado, j’ai commencé à faire du métal, puis je suis rentré au conservatoire de jazz à Strasbourg. Quelques temps après, j’ai monté un groupe de hip-hop qui s’appelait Art District, et en 2015 je suis rentré dans Dirty Deep

En septembre 2012, tu rencontres Victor Sbrovazzo, à l’origine du projet. C’est là que commence l’aventure commune ?

Ouais, à cette époque Victor était en one man band, on s’est rencontré dans un festival de blues, il jouait tout seul et j’avais vraiment accroché avec ce qu’il faisait. Je suis revenu vers lui un peu plus tard en lui proposant directement un concert en duo, et ça a matché. Il m’a invité sur son album, et à partir de là on a tourné pendant deux ans et demi en France et en République Tchèque.

A l’époque, je jouais aussi en duo avec Adam, le bassiste avec qui je composais le duo Chirak (paix à son âme). Une fois, on a fait la première partie de Dirty Deep lors d’un concert à Strasbourg. A la fin du concert, on s’est tous les trois lancés dans un grosse jam, et on a capté qu’un bassiste en plus, ça marchait super bien. Une semaine après, on enregistrait un album. Depuis, on a sorti deux albums tous les trois, et on parcourt le monde pour jouer notre musique. Maintenant, je ne fais quasiment plus que ça.

Tu peux m’expliquer ce qu’est le heavy blues en quelques mots ? 

Pour t’illustrer ça, on va dire qu’il y a la colonne vertébrale qui est le blues, et après ça évolue avec plein d’influences différentes entre hip hop, rock ou métal. C’est un blues ni traditionnel ni conventionnel, ça peut être très énergique aussi.

C’est un style de musique peu courant. Comment avez-vous réussi à vous faire votre place auprès du grand public et dans les festivals ?

C’est sûr oui !  On a tellement de choses qui nous passent dans les oreilles musicalement aujourd’hui, on s’emmerderait un peu à se cantonner à faire du blues classique. On laisse ça à ceux qui savent le faire, comme on a pu en rencontrer lors de nos tournées aux États-Unis. Au départ, c’est vrai qu’on était pas trop apprécié des événements blues parce qu’on était un peu trop violent. Après, c’est une musique qui s’écoute facilement, on brasse un public vraiment large, surtout avec le dernier projet dans lequel on retrouve des morceaux avec des ambiances vraiment différentes, dans tous les styles. Avec le temps, on a gagné la confiance du public et des festivals, et finalement on a fait des grosses premières parties, de Santana à
Johnny Hallyday ou même des gros lives comme au Cabaret Vert.

Finalement, vous avez réussi à fédérer les puristes ?

On a convaincu les puristes comme on a pu initier des gens qui ne connaissaient pas trop le blues. On fait une musique qui est la nôtre, avec notre identité et nos influences. Le résultat est authentique et singulier.

Tu peux me parler de votre tournée aux États-Unis : comment vous avez été accueillis ?

On a fait deux tournées outre-Atlantique, on a la chance d’être le premier groupe français à faire le plus gros festival de blues du Mississippi. La première fois, on est arrivé comme les blancs becs de Strasbourg qui débarquent sur la terre sainte du blues, donc t’imagines qu’au départ on s’est fait un peu dévisagé. Mais on a donné tout ce qu’on avait, et on a été convainquant. On y est retourné une seconde fois, pour une tournée dans tout le sud. C’était énorme parce qu’on a un peu été baptisé et approuvé par les vieux blues man, c’était vraiment un expérience de fou, humainement et musicalement. Aux États-Unis, les artistes sont souvent payés au lance-pierre, surtout dans ce style un peu underground. C’est la culture du tips : si t’assures pas, t’as pas d’argent, donc t’as plutôt intérêt à cartonner.

Où se situent les frontières de votre créativité ?

On s’autorise à tout explorer. Victor est au centre de ce projet, et on essaie de composer autour de ça, avec lui, sans se mettre aucune limite. C’est un groupe assez utopique, on se prend très rarement la tête, on sait où on va. On a tellement tourné qu’on se connaît par cœur, ça fluidifie vraiment la création. Sur le dernier album, on commence l’intro par du gospel enregistré dans une église avec de vieilles bandes, et une grosse batterie arrive derrière. Voilà, c’est ça qu’on fait : du heavy blues un peu teinté de rock… tant qu’il y a de la gratte, de l’harmonica et de la batterie, tout est possible.

C’est quoi tes influences musicales personnelles ? Des trucs qui t’ont mis des claques ces derniers temps ?

J’écoute énormément de choses, du rock au hip-hop en passant par l’électro, c’est dur de sortir un truc là. Mais je dirai Ocean Wisdom – Brick or bat, c’est un truc qui m’a bien scotché ces derniers temps !

Des projets dans les prochains temps ? 

Yes, on sera en concert à la Laiterie le 25 octobre pour les 25 ans d’anniversaire du lieu. C’est gratuit, il suffit de retirer sa place. Cet hiver, on sort aussi un deux titres en vinyle avec Yarol Poupaud, ex guitariste de
Johnny Hallyday et FFF. Puis on débute une belle tournée en France, un peu partout, ça va être cool !

FREEZ est un groupe de hip-hop strasbourgeois dont Geoffroy est aussi le batteur

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