En début d’année, on apprenait avec étonnement l’intégration du « breaking » comme discipline officielle des Jeux Olympiques de 2024 à Paris. Vous avez surement déjà eu l’occasion d’apercevoir ce style de danse issue de la culture hip-hop, développé dans les rues de New York dans les années 1960. Mouvements de corps saccadés, acrobaties et figures au sol impressionnantes caractérisent cette pratique aussi singulière que spectaculaire. On appelle un danseur de breakdance un breakdancer, Bboy ou b-boy (pour un homme), Bgirl ou b-girl (pour une femme). 

En l’occurrence, c’est un b-boy que j’ai rencontré, et pas des moindres ! Alexis aka Sope Lo est un danseur et ambassadeur du break dance à Strasbourg depuis presque 20 ans. Fervent défenseur de la culture « real » et de ses valeurs, il a laissé une trace indélébile dans le paysage du hip-hop local, entre battle, organisation d’évènements mais avant tout, par la transmission d’une identité propre, et d’une philosophie qui lui est cher. On lui doit notamment, avec son groupe Illusion Crew, l’organisation du battle hip-hop du NL Contest, ainsi que leur événement incontournable, Need For Dance. Je l’ai rencontré pour parler de son parcours, de ses valeurs et de ses actualités.

Photo en converture : HK Visuals

Salut Sope, peux-tu me raconter quand tu as fait ton premier pas dans la culture hip hop ?

Mes premiers pas, c’était en 2002-2003, d’abord derrière les platines. J’avais fait un stage d’initiation au Djing durant quelques jours avec Dj Zone. Ça m’avait plu mais j’avais pas plus accroché que ça. Par la suite, j’ai fait une première expérience avec la danse avec Majid, de la compagnie MJD, il était venu donner un stage d’une semaine au CSC de la Cité de l’Ill, mais il s’agissait de danse debout. Par la suite, avec plusieurs amis du quartier, on s’est regroupé et on a sollicité le CSC pour avoir des cours de break au CSC. Mon cousin était danseur, je l’ai recommandé comme intervenant et du coup il est venu donner des cours pendant une année. Au fil du temps, il nous a aidé à faire notre réseau, à trouver des lieux où nous entraîner, et de là on s’est fait tous seuls, on a rencontré d’autres danseurs et on a participé aux événements organisés sur la ville. C’est comme ça  que le mouvement s’est lancé. 

C’était quoi le climat à cette époque ? 

C’était plutôt « bon enfant » on va dire. C’était moins dans la compétition, plus chill, plus dans l’échange. C’était des valeurs plus authentiques et conviviales, aujourd’hui la compétition est omniprésente, tout le monde veut se mesurer aux autres, c’est devenu un véritable sport..Surtout avec l’intégration du break aux JO en 2024.

Justement, tu penses quoi de cela ?

Il y a du bon et du moins bon. Pour ceux qui vivent de la danse, c’est vraiment un plus, ils seront mis en lumière et valorisés à juste titre. C’est une bonne opportunité. Après, est ce que ça va nuire à la culture originale ?…On peut se poser la question. Le hip-hop, ce n’est pas juste la danse, c’est une culture riche, une philosophie, des codes et des principes, et je crains que cela ne ne soit pas représenté dans son entièreté aux Jeux Olympiques.

Aujourd’hui, quel chemin as tu parcouru ? 

Par la suite, mon parcours a été parsemé de rencontres, de liens forts et importants qui m’ont permis de me créer un réseau conséquent, et représentent aujourd’hui ma force. Ce qui est super dans la danse, c’est qu’on peut approcher facilement les pointures du milieu avec un peu de détermination. C’est plus facile pour un danseur de rencontrer les meilleurs de sa région que pour un chanteur strasbourgeois de checker Matt Pokora par exemple. Quand j’étais en Australie en 2006, j’ai écrit un mot sur un forum pour savoir si il y avait des danseurs de le coin, il y avait un français la bas, on s’est capté direct, il m’a ensuite présenté des camarades à lui en Asie avec qui j’ai passé du temps, travaillé ma danse. C’est ça aussi la richesse du hip-hop, les rencontres, les échanges. 

Comment a commencé l’aventure avec ton groupe Illusion Crew ? 

Au départ, on s’est lancé en association pour pouvoir encaisser nos enveloppes quand on a commencé à gagner de l’argent. On ne pouvait pas les encaisser en liquide, on avait besoin d’une structure juridique, et par ailleurs d’une crédibilité. Alors en 2007 on s’est monté en asso pour faire les choses un peu plus sérieusement. En 2013, le paysage du hip-hop local avait changé, on retrouvait plus l’identité de nos débuts, alors on a commencé à organiser nos propres événements, avec notre vision du mouvement et nos valeurs. La démarche, c’était de transmettre notre amour de cette culture, et les codes qui nous avaient construits. 

C’est quoi la nature des événements que vous organisez ? 

Principalement des battles. Après, on participe parfois à des spectacles avec des compagnies, comme la Cie Mira ou MJD avec laquelle on collabore de temps en temps sur leurs créations. Aujourd’hui, on est forcément moins actif qu’à l’époque, on a nos vies de familles, nos boulots…et puis niveau compet, passé les 30 ans on ne récupère plus aussi facilement, physiquement c’est dur de tenir le coup. Mais la team reste toujours soudée, on est 13 membres aujourd’hui et on continue d’agir pour le mouvement qu’on aime. 

Photo : Blackdough
Comment se porte la scène du break à Strasbourg aujourd’hui ?

Le break alsacien stagne un peu en ce moment. Il y a encore deux ans on avait beaucoup de jeunes qui pratiquaient sur Strasbourg, ça a un peu perdu de son rythme. Mais ce qui est vraiment exceptionnel en Alsace, c’est que les danseurs sont solidaires et soudés, comparé à certaines villes où il y a parfois des rivalités entre les crew. Chez nous, tout le monde s’entend bien et s’entraîne avec une belle cohésion, sans prise de tête. C’est vraiment une chance !

Pendant longtemps, je sais que vous dansiez dans la rue, dans le passage du Monoprix de la Place Kleber par exemple… est ce qu’on vous laisse des lieux d’expression à Strasbourg  ? 

Entre 2004 et 2008, on dansait beaucoup à l’extérieur, entre autres dans le passage du Monoprix en effet. Mais dès lors qu’on s’est monté en asso, on a eu des facilités pour avoir des locaux et nous entrainer. La ville nous a ouvert pas mal de portes et on a eu des opportunités. Mais on oublie pas qu’on a commencé à danser dans la rue, le break n’est pas né dans une salle de sport, ça fait aussi partie des choses qu’on essaie de transmettre

On peut gagner sa vie avec le break ? 

A un certain niveau, très élevé, on peut vivre de la compétition jusqu’à un certains âge, en remportant des gros battles. Au sein de notre groupe, nous avons deux danseurs, Samir et Cevat qui vivent de la danse et dont c’est le métier, ils sont professeurs dans les MJC et dansent avec des compagnies artistiques sur des créations. D’autres se reconvertissent dans le DJing ou se lancent dans la danse debout qui inflige moins de chocs au corps… le break ne porte pas ce nom pour rien.

Vous avez des projets à venir ? 

Nous avons un événement à l’Opéra le 6 septembre, en premier partie du projet « Acoustique expérience » avec Youssoupha. Il s’agit d’une performance « hip-opéra » où l’on croisera le break avec la danse d’opéra.

Autrement à la rentrée, on relance les Fat Jam au Fat, évènement immanquable dédié aux danseurs comme aux passionnés de culture hip-hop

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