Il jouera sur la scène du Longevity le soir de son ouverture : à l’occasion de sa sélection au tremplin du festival strasbourgeois, on se penche sur le dernier album de Philotechnos, un jeune franco-grec qui en a gros.

Janvier 2015. En pleine crise économique, le peuple grec élit, pour la première fois, un premier ministre d’une formation de gauche. Pour une grande partie du pays qui croule sous le poids de la dette grandissante, victime de la spéculation financière, l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras suscite énormément d’espoir. Le leader de Syriza, une coalition des forces de gauche italiennes, promet d’équilibrer le rapport de forces entre la Grèce et la Troïka – la Commission européenne, la Banque centrale associée et le Fonds monétaire international, pour obtenir l’annulation d’une partie de la dette du pays et la modification de ses modalités de remboursement. Un antisystème, qui incarne l’aspiration de nombreux grecs à la dignité après cinq années d’une mise sous tutelle humiliante. « Nous tournons une page »,promet le slogan de son parti.

En juillet 2019, c’est la page de l’ère Tsipras que le peuple grec a choisi de tourner, lessivé par cinq nouvelles années d’une politique d’austérité qu’il a pourtant désapprouvée par référendum. Élu sur la promesse d’y mettre un terme,le premier ministre a en fait capitulésous six mois face à Bruxelles, acceptant un plan d’aide bien plus sévère que ceux auxquels avaient été soumis ses prédécesseurs. Malgré quelques mesures sociales,telle que la gratuité des soins de santé et une augmentation des retraites, la gauche a déçu, en laissant les créanciers anéantir les classes moyennes sans jamais exiger d’efforts des plus riches, notamment des armateurs. Une trahisonque le peuple lui fera payer d’un vote-sanction au profit de la droite conservatrice,représentée par Kyriakos Mitsotakis.

Crédit : Louisa Gouliamaki / AFP / Getty Images

Déçu, George l’est.Ces dix dernières années, le jeune natif de Thessalonique a suivi la situation depuis sa France adoptive, où il s’est établi « pour trouver mieux ». Aujourd’hui « trop qualifié » pour rentrer au pays, qui ne se porte toujours pas bien, le communicantstrasbourgeois pose un regard amer sur la gestion politique de sa Grèce chérie. « Je suis frustré par ces belles promesses de gauche et la politique de droite qui en a découlée. Que l’on ne vive pas comme il y a dix ans en temps de crised’accord, mais que 300 parlementaires se gaventsur le dos de tout un pays, c’est abject… C’est pour ça que j’ai fait l’album, c’est un cri du cœur d’un peuple qui subit. » 

« In hoc signo vinces » : « Par ce signe tu vaincras », tel est le titre de cet EP contestataire, qui troque ainsi un Constantin dopé par le Christ avec un Tsipras porté par l’espoir de tout un peuple qui rêvait d’un sauveur. Un album plus mature dans le propos comme la musique que le premier disque de Philotechnos, « Seven », qui se concentrait sur ses nouvelles aventures françaises. George y convoque une ambiance onirique typique de la République hellénique, entrecoupée de moments puissants, sombres et forts ; comme autant de grecs révoltés face aux promesses oubliées de l’ex-premier ministre, dont l’artiste a intégré le discours. Un objet fort, à glisser dans les oreilles de tout européen concerné.


Philotechnos
https://www.facebook.com/philotechnos/

Le 30 juillet sur la scène du Longevity Festival :
https://www.facebook.com/events/longevityfestival2019

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