Nous sommes des immortelles poussant entre deux pavés trop serrés, cherchant la lumière du matin, le cœur haut et coloré par l’envie d’espérer. Roseaux courbés par le vent, la pluie et les coups-bas, s’accrochant à l’accalmie. Valsons seuls sur le béton comme des amoureux célibataires se prenant dans leurs propres bras. Il fera tellement doux que nous n’aurons plus besoin de bonnets ni de moufles. C’est une raison d’y croire et de jouer avec le feu de la tentation, de s’exposer aux « peut-être » et de tutoyer les méandres de l’irraison.

J’ai manqué d’oublier qui je suis en caressant les mirages du monde des grands. Celui où les envies, les amours, sont des ombres mélancoliques qui haïssent les anges aux sourires naïfs.

Tant de nuits à cogiter pour comprendre pourquoi tout fout le camp. Les insensibles ricanent, étrangers de leurs propres entrailles. La lumière est pourtant bien là, au royaume des aveugles, derrière un amas d’ordures aux dents de loups-garous. Mêmes les monstres ont peur de mourir seuls.

Lorsque la lune n’éclairera plus le désespoir des paumés, lorsqu’il n’y aura plus d’ombres sur les murs abîmés, lorsque nous serons orphelins de tout ce que nous avons détruit, alors seulement je partirai. Un brouillard qui affole les marins glissera dans les rues de Strasbourg. Le spleen de Bristol. Trip-hop. Massive Attack au flow fantomatique. We flew and strolled as two eliminated gently. Nous volions et nous nous promenions comme deux fantômes discrets. Why don’t you close your eyes and reinvent me. Pourquoi ne fermes-tu pas tes yeux et ne me réinventes-tu pas. On se moquera de nous et de notre insolence à ignorer les prévenances d’un monde qui avait de la gueule. Les signes du chaos ne manquaient pourtant pas.

La base ne veut plus ressembler au sommet mais changer la forme de la pyramide en un trait horizontal. La ligne plane d’un monitoring d’hôpital.

La fin d’un autre monde qui végète en soins palliatifs depuis trop longtemps. La cocotte minute siffle, pleine de boulons pour les plus désespérés. Punis à porter des œillères calcinées et à errer dans un désert de perce-neige asphyxiées .

Le temps n’est pas encore aux regrets. Brandissons notre jeunesse. Ne quittons plus nos rêves. Contemplons les Venus délaissées de chair et de sang. Ça va nous plaire d’être un condensé de fantaisie, une étoile qui file sans s’arrêter, une nouvelle couleur que personne n’a jamais vue. Je n’oublierai pas la beauté de l’imprudence, les réveils à se chercher, les premières fois hésitantes. De grands voyageurs, amoureux de la possibilité d’échouer, pour tomber, poser un genoux à terre et sourire en voyant le monde d’aussi bas.

Ce jour sera éternel et l’Italie, avec ses oliviers et ses sculptures florentines, s’invitera aux terrasses de la Petite France. Nos mains ne seront plus jamais tremblantes. Nos cris ne seront plus silencieux. Il y aura un parfum de Toscane sur les cous dénudés. Serrons-nous encore comme deux jeunes mariés sans jamais ne rien nous promettre ?

Il nous faudra du danger pour ne pas sombrer dans les étagères poussiéreuses de la Cité.

Ça nous ira mieux de douter, de changer et de ne ressembler à personne d’autre. Nous mettrons des masques vénitiens transparents pour mieux inspirer. Nous respirerons trop fort pour rattraper le temps perdu. V comme Vivants. Anonymous aux visages découverts. James Dean, traversant les murs en Mustang rouge invisible. La fureur de ne pas vieillir. Nous nous allongerons debout pour rêver dans des draps qui n’existent pas. Nous referons le monde à travers la mousse neigeuse d’une bière du Kilimandjaro. Tu seras Tomi Ungerer et nous dessinerons le futur, assis à la table d’un troquet agité. Nous mettrons les Quatre saisons dans les têtes et du sang métissé dans les veines. Nous reviendrons pour ouvrir les écluses clandestines. Ne nous cachons plus dans des tunnels d’indifférence.Nous sommes là, remuants.

Chère Obscurité, il est temps que tu ouvres les yeux et que Strasbourg nous bouscule, nous secoue et nous crache ses beautés cachées à la gueule.

Oubliés les destins lisses. Oubliées les histoires pour narcoleptiques. Martine ne va plus à la plage. Martine ne fait plus la cuisine. Martine n’est plus la petite fille parfaite qui ne tâche jamais sa robe parfaitement repassée. Martine est hétéro, lesbienne, gay, bi ou trans. Martine veut baiser où elle veut, quand elle veut et avec qui elle veut sans avoir à se justifier. Martine est un arc-en-ciel qui brille la tête haute. Martine veut gagner autant que Martin. Martine ne veut plus se faire peloter dans le tram. Martine ne veut plus se faire traiter de pute dans la rue. Martine se retient depuis trop longtemps. Martine montera au sommet de la Cathédrale et hurlera jusqu’à ce que le monde s’arrête de marcher et se retourne pour l’écouter.

Aux noms de toutes celles et ceux à qui on a coupé les cordes vitales. Ça vaut la peine de rêver trop fort et de se réveiller en sueur au milieu d’un terrain vague. Pour les gamins qui seront en âge de voter. Pour les bébés Tinder à qui il faudra expliquer que faire l’amour ne s’apprend pas sur Youporn et que les souvenirs d’une vie sont dans la tête et le coeur, pas sur Instagram. Sinon, nous sommes condamnés à errer au milieu d’un marché de noël sans fin comme Macaulay Culkin dans Maman j’ai raté l’avion, à murmurer le même poème, inlassablement, en attendant nos parents dans une maison trop grande, à empêcher les Casseurs-Flotteurs de l’inhumanité de faire couler le monde, un soir de décembre enneigé.

Crédit photo de couverture : Hunay


Mr Zag

Mr Zag a une voisine, un chat, des collègues, un job, il aime Lynch, Radiohead et Winshluss. Mr Zag a un Pinocchio tatoué sur le bras, quelques gribouilles en islandais, il ouvre les yeux et décrit le monde avec une vision bien à lui.

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