Son univers est coloré, ludique et solaire et on ne peut que fondre pour ses créations. Plasticienne strasbourgeoise, Nadège Baumann se distingue tant dans la céramique, l’image illustrée, que les livres jeunesse… Si elle aime « raconter des histoires », aujourd’hui, racontons la sienne : celle d’une artiste avec beaucoup de talent.
Née à Strasbourg, d’un père allemand et d’une mère originaire du Gers, Nadège Baumann grandit dans l’Ouest de la France : « Un peu dans la campagne, dans le Maine-et-Loire. »
C’est lors de ses études qu’elle se rapproche à nouveau du Grand Est, après un passage par une CPGE Art et Design (Classe préparatoire aux grandes écoles) à Duperré, puis à l’ESAL (l’École supérieure d’Art de Lorraine) d’Épinal… Avant de s’installer à Strasbourg, où elle s’illustre aujourd’hui.
Artiste-auteure de 27 ans, plasticienne, elle multiplie les supports en travaillant « aussi bien l’image illustrée, que l’édition et le livre, l’objet utilitaire en céramique ou la sculpture ».
« Ce qui m’intéresse, c’est de faire vivre une émotion et raconter une histoire », confie-t-elle. « De travailler la texture et la matière en papier découpé, avec de la terre, de la peinture, du bois, du tissu… Je n’ai pas envie de me limiter dans les outils et dans les matériaux que j’utilise. » On la retrouve aussi dans l’écriture et la poésie, bien qu’elle « ne le montre pas trop [encore] pour le moment ». Un univers ludique, un vrai coup de cœur qu’on vous partage.
De « bricoleuse » à plasticienne
Bricoleuse, elle l’est depuis l’enfance. Une enfance durant laquelle elle « adorai[t] construire des trucs », s’essayant à la couture « assez jeune », puis au dessin, et même à la gymnastique artistique, et « un peu de danse aussi ».
Elle se souvient de ses « livres avec des silhouettes » à qui elle leur « dessinai[t] des vêtements », en se rêvant un temps styliste ; de ses carnets où elle faisait des collages en découpant dans des magazines… À sa découverte de la photo, et des nombreux bouquins qu’elle dévore et réclame à ses parents.
« Je pense que ce qui m’a donné envie de créer, c’est en partie mon éducation : j’ai eu la chance d’avoir des parents qui pouvaient m’acheter des livres, qui pouvaient me fournir de quoi dessiner, bricoler… On faisait des portes ouvertes d’artistes du coin… Quand t’as accès à ça enfant, tu développes ton imaginaire, ta créativité plus facilement. »
Pour autant, oser le faire professionnellement arrive plus tardivement. « C’était plein de petits trucs à droite à gauche sans que je me dise que ça pouvait mener quelque part », explique-t-elle. Jusqu’à ce qu’on lui suggère, lors d’un service civique, de se lancer dans un métier artistique. Une manière de lui autoriser à envisager cette voie. « On m’en avait jamais parlé avant, j’avais presque pas conscience que c’était possible. »
Les idées plein le carnet
Désormais artiste pluridisciplinaire, son activité se divise entre des commandes et des créations personnelles. Deux manières différentes de travailler. Pour les premières, elle passe « par des croquis précis, puis des tests de couleurs, etc. », pour s’ajuster à l’autre. Une démarche plus exigeante, « plus stricte ».
À l’inverse, en papier découpé, ce qu’elle préfère, c’est le spontané. « Je me pose à mon bureau, je prends mes papiers et je mixe des couleurs, je teste des compositions, des formes. Parfois, j’ai un thème qui me guide, parfois rien du tout et c’est vraiment le papier qui va me dire ‘Yes là, c’est bon ça fonctionne, c’est ça.’ Cette manière de faire me permet d’avoir des images qui oscillent entre abstraction et figuration, cet entre-deux me plaît beaucoup. »
En parallèle, elle « gribouille plein de trucs » dans un carnet à croquis, où elle jette toutes ses idées en vrac. Une mine de projets oubliés, dans laquelle elle revient piocher, parfois.
Dans ses expérimentations du moment ? Elle confie vouloir davantage « relier [s]a pratique du papier découpé et de la céramique », en construisant « des micro-univers avec une partie en terre et une en papier ».
Des « trucs joyeux, colorés, doux... »
Son travail est ponctué de « trucs joyeux, colorés, doux… », car « on en a tellement besoin ». Des idées qui lui viennent de son quotidien, de choses qu’elle aime contempler. La nature, surtout.
« Observer les petits détails et garder une curiosité de la vie, c’est très nourrissant. Être curieuse comme un enfant, c’est mon goal ultime. C’est un exercice super difficile dans le quotidien bien rodé. Avec cet état d’esprit, j’espère rendre vivante ma création. »
Pour retrouver de la créativité quand il en manque – en vrai rat de bibliothèque – elle file « feuilleter des livres d’artistes, de photographes, de peintres, céramistes, ou des BD, fanzines, livres jeunesse pour découvrir ou redécouvrir des merveilles ».
Elle cite ainsi Patti Smith, Georges Perec, Juliana Hyrri, Eric Carle, Marion Jdanoff, Deborah Levy, Matisse, « des artistes du mouvement Dada et du Bauhaus aussi ».
En plus local, elle s’avoue « super fan » du travail des Femelles du faisant : « un mélange de joie, d’absurdité, de critique militante, de couleurs » qui lui parle beaucoup.
La tête dans les bouquins
La tête dans les bouquins, Nadège l’a aussi dans ceux qu’elle publie. On lui compte ainsi deux livres d’illustration jeunesse aux Éditions du Pourquoi Pas ? (basées à Épinal), avec L’amour en poche écrit par Eric Sanvoisin, et De moi à toi par Julia Billet.
Tout frais, sorti au printemps : le kamishibaï Qui ? (texte d’Agnès de Lestrade et en trilingue français-allemand-anglais), paru chez Callicéphale Éditions, une maison strasbourgeoise.
Et puis, elle s’est lancée dans l’aventure de la micro-édition/auto-édition. Comme avec La lune verte, une bande-dessinée qu’elle a « écrite, dessinée, façonnée », et imprimée à la Nef des Fous… Ou avec L’été, « un leporello [livre-accordéon, ndlr] poétique qui mélange illustration en papier découpé et courts poèmes ».
Multi-casquettes et talents, elle a également créé son jeu de mémory en sérigraphie. « À chaque fois, il s’agit d’œuvres limitées et donc numérotées. J’aime bien le côté petits objets à collectionner », glisse-t-elle. « J’aime le fait de réaliser un projet dans son intégralité : de le penser, l’inventer, puis de le dessiner, de le mettre en page, de l’imprimer, de le façonner, de le relier, de créer son emballage… C’est une expérience riche et complète. Tout est pensé pour que ça fonctionne dans sa globalité, dans le moindre détail. »
Nous, on craque.
Un talent à suivre
Dans ses actus ? Outre des stages de céramique, elle change d’atelier et monte cet été l’Atelier 360 – un nouveau collectif au Parc Gruber (à Kœnigshoffen).
Et après avoir exposé à la Librairie du Tigre au printemps dernier (dans le cadre de l’accrochage « Des brouillons à la Planche » organisé par la Fête interconnectée de la BD), Nadège Baumann participera le 12 septembre au Livre sur la Place, le salon littéraire de Nancy, avec les éditions Callicéphale, et – un peu plus loin – le 20 septembre vers Bruxelles, à la Brocante de l’illustration de l’Atelier Ton Piquant.
Un talent qui s’exporte, à suivre de près.
Pour retrouver le travail de Nadège Baumann
Son site web
Son profil Instagram


