La journée pouvait être celle de l’espoir pour les opposants au Grand Contournement Ouest de Strasbourg. Les travaux de ce controversé projet d’autoroute auraient pu se faire suspendre ce mardi, mais le Tribunal Administratif de Strasbourg en a décidé autrement. En parallèle, deux militants ont été condamnés en comparution immédiate à de la prison avec sursis. Réunis place Broglie, une foule d’opposants a décidé de manifester son dégoût de ces deux décisions judiciaires avec une mobilisation spontanée à travers la ville mardi soir. Pendant ce temps, la déforestation dans le cadre des travaux préparatoires continue.

En début d’après-midi les militants étaient déjà sur le qui-vive. Une poignée d’entre eux étaient devant le tribunal de grande instance pour soutenir deux de leurs camarades, arrêtés à cause de leur comportement envers les forces de l’ordre sur différents sites des travaux. « On veut montrer que c’est comme si nous tous passions devant le juge. On a commencé la mobilisation comme un collectif et ce n’est pas prêt de s’arrêter ».  Après quelques consignes et un discours de motivation devant le tribunal, l’audience publique est remplie, mais certains restent dehors par solidarité.

Deux militants condamnés à de la prison avec sursis

Parmi les 9 interpellés ces derniers jours, Martin, déjà condamné avec sursis par le passé, s’en sort avec une simple garde-à-vue. Moins chanceux, Aurélie et Arnaud, prennent du sursis. Aurélie aurait gazé un policier qui tentait de la faire descendre d’un arbre auquel elle avait grimpé lundi. Cette scène de « l’arroseur-arrosé » lui vaut 4 mois de prison avec sursis et 105 heures de TIG (travaux d’intérêt généraux). Pour Arnaud, les faits datent de l’évacuation de la ZAD de Kolbsheim pendant laquelle il aurait aspergé les forces de l’ordre de peinture avec un extincteur, extincteur qu’il aurait ensuite jeté, supposément accompagné de crachats. Il prend 8 mois de sursis, avec mise à l’épreuve et interdiction de revenir sur le site du chantier.

En fin d’après-midi le rendez-vous était donné place Broglie dans l’attente d’un verdict sur un des recours les plus importants d’Alsace Nature jusqu’ici. Si la nouvelle des condamnations individuelles rendait les esprits un peu moroses,  c’est surtout l’anxiété qui dominait dans une foule fébrile de plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux élus.

« C’est une bataille de perdue, mais l’histoire n’est pas complètement écrite. »

L’eurodéputé EELV Yannick Jadot, déjà présent à plusieurs reprises sur le terrain, était de la partie, ainsi que la députée LREM du Bas-Rhin, Martine Wonner, qui évoquait un entretien récent avec le premier ministre Edouard Philippe qui « ne connaît rien au dossier ». Aux alentours de 18h30, la nouvelle tombe, le recours est rejeté, les travaux ne seront pas suspendus. C’est Michaël Kugler, familier de la ZAD de Kolbsheim et vice-secrétaire régional d’EELV qui annonce la mauvaise nouvelle à la foule.

Trouble à l’ordre public et intérêt général?

L’indignation redouble lorsque la justification du tribunal est donnée. Suite à des doutes sur la légalité de l’autorisation du préfet, Alsace Nature demandait la suspension des travaux. « A titre exceptionnel », le tribunal administratif décide de rejeter ce recours. Les raisons: les « troubles à l’ordre public » liés à la défense de la forêt « nécessitant la présence des forces de l’ordre » et, encore plus étonnant, la suspension pourrait « porter une atteinte d’une particulière gravité à l’intérêt général ». Pour autant le tribunal estime qu’il y a effectivement « un doute sur la légalité » de l’arrêté préfectoral… Le recours sera tout de même jugé sur le fond dans les mois à venir, mais c’est un coup dur pour les opposants au travaux.

Une manifestation spontanée jusqu’à la CCI (la Chambre de Commerce et d’Industrie) et le centre administratif

Entre incompréhension et amertume, une frustration déterminée monte au fur et à mesure des prises de paroles et une manifestation spontanée s’improvise. Certains replantent une forêt symbolique en papier sur les grilles à l’arrière du palais du gouverneur militaire. Des centaines de militants commencent à marcher sur les rails du tram. Germaine, doyenne et symbole du mouvement en tête, mène le cortège, le poing levé. Le trafic du tram est perturbé, engendrant quelques altercations avec des voyageurs à l’arrivé à Homme de Fer. Après une brève pause au croisement entre les lignes de tram, le cortège se dirige vers le siège de la CCI (qui soutient activement le projet d’autoroute) à Gutenberg, en remontant toujours le long des rails. Une fois place Gutenberg, de nouvelles prises de paroles ont lieu. Un zadiste propose « de ne pas oublier d’aller rendre visite aux autres pourris, à savoir  ceux de l’Eurométropole ! »

Le cortège, bien fatiguée par ce premier parcours, redouble tout de même d’énergie et se dirige vers le centre administratif de l’Eurométropole, place de la Bourse. Arrivée devant le siège, la foule n’a perdu qu’un petit tiers des manifestants, notamment la plupart des élus.

Devant le centre administratif, c’est un peu l’apothéose d’une longue marche cathartique pour les militants. Les prises de paroles se font plus virulentes, les cris de la foule sont plus puissants, on danse, on chante, et on fait même de la gym ! « C’est vraiment une forme de cure collective. Après cette nouvelle qui est tombée un peu comme un coup de massue, cette marche nous a tous redonné un peu d’énergie de groupe. Je pense que beaucoup d’entre nous en sortent comme nettoyés. On va continuer la lutte et protéger le terrain bec et ongle. Chaque mètre carré ils vont devoir nous l’arracher. » Vers un peu plus de 20h, fin de la mobilisation. « Pour ce soir c’est fini, mais on commence déjà à replanter et on replantera autant qu’il faudra. D’ailleurs, on a repris le Moulin [de la ZAD de Kolbsheim] et vous êtes tous invités ! »

Suite à une conférence de presse d’aujourd’hui midi, Stéphane Giraud d’Alsace Nature réaffirme la détermination du collectif GCO Non Merci et met en garde d’un ras-le-bol militant qui risque de déraper: « On commence à voir des militants excédés. On a des papys de 80 ans qui montent dans les arbres ! Notre grand crainte c’est de tomber sur le geste de trop et qu’on se retrouve avec un nouveau Rémi Fraisse. […] Tous les moyens pacifistes, légaux, citoyens ont été mobilisé. Face à ça, nous n’avons récolté que le mépris d’une administration qui envoie les gendarmes gazer les gens, qui balaie les avis consultatifs et les expertises d’un revers de main, qui ne respecte pas les élus locaux et les parlementaires… » Martine Wonner, députée LREM du Bas Rhin, a annoncé continuer à dialoguer avec le ministre de l’environnement François de Rugy pour qu’il suspende les travaux et prenne le temps de se pencher sur le dossier.

En plus de multiples autre procédures judiciaires en cours à différents niveau, le recours d’Alsace Nature rejeté par le Tribunal administratif de Strasbourg devrait être déposé en cassation dans les jours à venir, un dialogue est déjà ouvert avec un avocat au Conseil d’Etat. Une mobilisation est prévue à Vendenheim dimanche et à Strasbourg samedi prochain.

Pour aller plus loin:

Le-jugement-du-tribunal-administratif-de-strasbourg

L’avant jugement des recours d’Alsace Nature

L’évacuation de la ZAD de Kolbsheim suite à l’arrêté préfectoral

2 COMMENTAIRES

  1. Et surtout quand est-ce qu’on explore ce dossier et qu’on se rend compte que le GCO ne désengorgera jamais STRASBOURG mais bien au contraire asphyxiera l’Alsace devenue couloir à camions ? Quid de l’écotaxe, du ferroutage, du réaménagement de l’A35 et de la lutte active contre l’autosolisme ? D’autres projets bien plus courageux pour promouvoir le vélo et les transports publics doivent passer avant ce GCO funeste destructeur de patrimoine naturel et de terres agricoles.
    Les sols sont source de services écosystémiques et de production, l’asphalte est stérile.
    DE LA CHOUCROUTE, PAS D’AUTOROUTE !

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