C’est un nouveau coup dur pour les militants anti-GCO (grand contournement ouest) : l’État et Vinci ont commencé à agir sur le tracé du projet autoroute controversé. Le déboisement de la forêt a débuté vers Vendenheim et la ZAD du Moulin à Kolbsheim a été évacuée au petit matin par les forces de l’ordre, malgré un renfort important des riverains, de militants et d’élus. Un groupe d’une bonne centaine de militants s’est retrouvé vers 10h30 place Broglie devant l’Opéra, non loin de l’hôtel du préfet, pour manifester leur dégoût.

Malgré l’une des plus grandes manifestations contre le projet d’autoroute GCO défilant ce samedi dans Strasbourg avec plus de 5000 personnes (la mobilisation était couplée avec la Marche pour le Climat, on vous en dit plus bientôt), le préfet du Bas Rhin, Jean-Luc Marx, a tout de même suivi les directives de l’état et a ordonné l’évacuation de la zone du tracé grâce à l’autorisation délivrée par le tribunal administratif.

515 gendarmes contre environ 150 militants

Plus de 500 gendarmes mobiles se sont déployés un peu après 5h ce matin non-loin du site de la ZAD, alors que les militants ayant veillé pour leur arrivée se préparent à l’intervention et s’installent sur la route (on en avait rencontré ici). Des élus défendant la forêt se sont entretenus brièvement avec le secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, Yves Séguy, sans succès après un court dialogue de sourds. Les gendarmes se mettent en position à l’entrée de la ZAD, barricadée et tenue par une bonne centaine de militants. Un hélicoptère et des drones surveillent les opposants, des barrages routiers sont mis en place. Vers 6h, après deux sommations, les gendarmes passent en force avec notamment des jets de gaz lacrymogène et pénètrent sur le site de la ZAD, séparant les militants. Plusieurs personnes sont à terre dont une vieille dame de 89 ans, Germaine, la doyenne du village devenue symbole pour les opposants. Les élus Danielle Dambach (maire EELV de Schiltigheim) et Dany Karcher (maire de Kolbsheim) se serait eux aussi pris du gaz lacrymogène.

« C’était pitoyable de chez pitoyable »

Quelques militants s’enchainent aux arbres ou y grimpent. Le reste se fait encercler et escorter et repousser, malgré une résistance pacifiste, vers le village, sans pouvoir retourner vers le site. Des bruits de tronçonneuses sont entendus dans l’optique d’enlever les barricades. Le démantèlement du lieu est en cours. Les habitants de la ZAD devraient pouvoir récupérer leurs affaires. Certains ont tenté de retourner sur le site en traversant la forêt, mais se sont fait repoussé par les forces de l’ordre accompagnés d’une brigade canine qui quadrillaient la zone. Vers 9h plus aucun militant n’était à l’intérieur de la zone désormais fermée par les gendarmes. Géomètres et employés de travaux sont aperçus. Bilan : pas de blessés graves, ni d’interpellations… mais des militants, riverains et élus tous dégoûtés et sidérés.

Déboisement lancé côté Vendenheim

Au même moment, aux alentours de Vendenheim, une autre zone du GCO a été bouclée par les gendarmes face à une poignée d’opposants du collectif Fédinois contre le GCO. Des ouvriers et des engins de chantiers ont déboulé et ont commencé le déboisement. Un huissier est sur place pour permettre aux opposants de surveiller les travaux et déposer des éventuels dossiers de recours au tribunal administratif. Plusieurs recours de leur part sont par ailleurs déjà en cours, notamment un sur le futur viaduc au niveau de la ZAD et un sur le plan local d’urbanisme de Brumath qui doit voir s’installer un échangeur pour le GCO. Premier délibéré prévu ce vendredi. Le recours global contre l’autorisation unique du préfet suite au CODERST (voir ici et là) pour démarrer les travaux n’ayant été déposé que vendredi dernier, le résultat tombera probablement au plus tôt la semaine prochaine. Les militants s’insurgent du début des travaux, alors que ces recours sont encore à l’étude, comme « pris de vitesse » par les démarches du préfet, puisque ces recours ne sont pas suspensifs bien qu’ils pourraient arrêter les travaux.

« C’est indécent.  L’empressement que l’état met à faire avancer le projet nous fait penser qu’on est sorti d’un système où les citoyens auraient encore leur mot à dire. Aujourd’hui c’est plutôt les grands groupes qui ont la parole et ça, c’est très mauvais pour l’avenir » – Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature.

Un rendez-vous pour les militants est donné par Dany Karcher (maire de Kolbsheim) à la Mairie de Kolbsheim ce soir à 18h avec la probable présence d’eurodéputés (José Bové est cité, suite à son tweet de solidarité) pour aviser de la suite des événements. La députée LREM du Bas-Rhin Martine Wohner, soutien des opposants depuis quelques mois, a déclaré dans un communiqué avoir contacté le ministre de l’interieur Gerard Collomb et le tout nouveau ministre de l’environnement, François de Rugy. Ce dernier aurait déclaré ce matin qu’il allait « regarder ce dossier important » pour pouvoir par la suite « dialoguer avec les personnes, y compris sur place » dans les jours et semaines à venir.

Pour aller plus loin:

La vidéo édifiante de Taranis News

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