Assis à son bureau, Julius Pepperwood est pensif. Ces derniers temps, il n’a ni le temps, ni l’espace mental de se concentrer sur la pile de dossiers qui s’amoncellent devant lui, étant toujours en alerte. Alors qu’un nouveau bruit rompt le trop éphémère calme du moment, il regarde par la fenêtre : voyant un beau soleil, il se lève, prend ses affaires et part à la découverte de Strasbourg. Il y trouvera un mystérieux palais de briques rouges, qui a sa petite histoire.
Le quartier de l’Orangerie-Conseil des XV continue d’être truffé de bâtiments aux histoires qui méritent d’être racontées. Quartier des Musiciens, Villa Schutzenberger ou encore Villa Knopf, le secteur est idéal pour celles et ceux qui aiment flâner lorsque les beaux jours reviennent, la tête dans les nuages et l’envie d’en savoir plus sur l’histoire de Strasbourg.
Au 64 allée de la Robertsau se trouve un curieux palais de briques rouges, devant lequel flottent le drapeau européen et celui de la Roumanie. On se trouve devant la Villa Schlief, sans doute le bâtiment le plus imposant du secteur. De quoi nous donner envie d’en apprendre un peu plus sur l’histoire du lieu.
Un palais de briques rouges construit à la toute fin du 19e
Si les briques rouges peuvent rappeler sa voisine de la Villa Knopf, la Villa Schlief a son style bien particulier : pas Art nouveau, mais un style néo-castral [d’inspiration des châteaux, ndlr], hommage au style de la Renaissance allemande. Construite entre 1894 et 1895 par les architectes Auguste et Paul Brion sur des plans dessinés par les architectes allemands Blumberg et Schreiber, la Villa Schlief porte le nom d’Eugène Schlief, son bénéficiaire, docteur en droit.
La Villa Schlief est en fait une sorte de château, ou un palais ; c’est pourquoi son style fait d’elle l’une des villas les plus surprenantes du secteur, rappelant le Strasbourg impérial. Au-delà des imposantes briques rouges, on y remarque sa tour carrée avec deux échauguettes permettant d’abriter des guetteurs. On y décèle également un grand toit vitré en pavillon, la baie vitrée à deux plans située au premier étage, un oriel à deux pans ou encore des pignons à redents, venant briser la continuité de l’ouvrage.
L’hôte de la Représentation permanente de la Roumanie depuis la fin du 20e
Si la Villa s’est longuement laissée dépérir pendant la première moitié du 20e siècle, elle a été complètement rénovée de 1994 à 1996. Elle effectue alors son entrée dans l’histoire européenne. Et pour cause : elle devient le bâtiment de la Représentation permanente de la Roumanie auprès du Conseil de l’Europe, 13 ans avant l’entrée officielle du pays dans l’Union européenne.
Si en vous baladant dans le quartier vous avez remarqué un autre bâtiment devant lequel flotte le drapeau roumain, c’est normal : la Villa Trubner, située quelques centaines de mètres plus loin, abrite quant à elle le Consulat général de Roumanie. Comme une sorte de dialogue d’un même pays, au coeur même du quartier européen.

