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« La politique du grand effacement » : à Strasbourg, Barseghian torpille les projets de Trautmann

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Le groupe écologiste a fait sa rentrée politique ce 8 septembre. Mené par Jeanne Barseghian, il a pris le temps de méthodiquement étriller le bilan des six premiers mois de Catherine Trautmann, entre « politique du grand effacement » et « absence de vision pour Strasbourg ».

À moins de trois semaines du conseil municipal, les élu(e)s strasbourgeois(es) font leur rentrée politique dans des ambiances bien différentes. Si Jean-Philippe Vetter a choisi de tendre la main vers Catherine Trautmann, Jeanne Barseghian et son groupe Strasbourg Juste et Vivante a plutôt choisi de sortir la sulfateuse.

Ce 8 septembre, l’ambiance bruyante d’un café de la place des Halles collait bien avec le dynamisme qui animait les troupes du groupe mené par l’ancienne maire de Strasbourg. Accompagnée de Syamak Agha Babaei, Germain Mignot (Communiste), Thierry Kuhn et Floriane Varieras [seule Nadia Zourgui, excusée, manquait à l’appel, ndlr], Jeanne Barseghian avait des choses à dire sur les six premiers mois de sa successeure.

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groupe ecologiste municipal barseghian
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Une « politique du grand effacement »

D’entrée de jeu, l’ancienne maire démarre fort pour juger le bilan de Catherine Trautmann. Elle dénonce dans la même phrase une « politique du grand effacement » et une « absence de vision politique pour Strasbourg ». Elle critique également l’absence d’annonces fortes pour la Ville, avec une municipalité qui « dans le meilleur des cas s’approprie les projets qu’on a lancés, et dans le pire des cas suspend des projets à tour de bras ».

On ne construit pas une ville apaisée en écrasant les voix des habitants.
Germain Mignot

Un effacement que le groupe Strasbourg Juste et Vivante juge problématique sur le sujet de la culture, mais également sur les sujets des solidarités, de l’écologie et de la démocratie participative. La liste des suspensions est exhaustive : théâtre d’Hautepierre, maison de santé quartier Laiterie, végétalisation des cours d’école, du quartier Gare, l’avenir de la place d’Ostwald à la Montagne Verte ou encore l’abandon de la gratuité des 15 premiers m3 d’eau.

groupe ecologiste municipal barseghian
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Sur l’audit, la crainte d’une « instrumentalisation politique des questions budgétaires »

Au-delà des renoncements de la majorité, Jeanne Barseghian et son groupe avaient également à coeur d’aborder le sujet qui est dans toutes les têtes des politiques strasbourgeois(es) : l’audit. Sur ce sujet, c’est Syamak Agha Babaei qui concentre les critiques. L’ancien adjoint aux finances prévient : « On va assister à une grande mise en scène politique, avec un but : s’opposer à une politique d’investissement. »

Appartient-il à un cabinet de conseil de fixer l’avenir de notre ville ?
Syamak Agha Babaei

Il questionne fortement l’intérêt de cette décision, alors que « plusieurs audits de notre action existent déjà » : « Pourquoi avait-elle besoin d’un audit ? Pourquoi elle dépense 50 000 € pour la ville et 50 000 € à l’Eurométropole ? » Surtout, il s’interroge sur le bien-fondé d’avoir choisi le cabinet international Deloitte. Un cabinet régulièrement cité dans des scandales d’évasion fiscale et récemment épinglé pour avoir rendu en 2025 un rapport au gouvernement australien et un autre au Canada en inventant des chiffres via l’intelligence artificielle.

Redoutant une « instrumentalisation politique des questions budgétaires », Syamak Agha Babaei demande des clarifications sur la vision budgétaire de Catherine Trautmann. Et comme pour enfoncer le clou, Jeanne Barseghian dénonce un double discours de la part de sa rivale. Elle rappelle que les premières mesures de la maire (baisse du stationnement ou rallumer l’éclairage public) coûtent de l’argent à la collectivité.

conseil municipal hémicycle
© Live Conseil municipal / Capture d'écran

Le sujet de l’Opéra

Attaquée sur le sujet de l’Opéra par la maire et Pierre Jakubowicz lors de la rentrée culturelle, Jeanne Barseghian a voulu remettre les points sur les i. Elle rappelle non sans malice que le bâtiment est sous le coup d’un avis défavorable de la commission de sécurité depuis 1997, une année où Catherine Trautmann était maire de Strasbourg puis ministre de la Culture.

Si le hors les murs n’est pas le Palais des Fêtes, il n’y aura rien de fait sur l’opéra dans ce mandat.
Syamak Agha Babaei

Sur les critiques d’absence de projet, l’ancienne maire avance que des études avaient été menées, le dialogue compétitif entre architectes avait été lancé et un travail sur la programmation était enclenché. Par ailleurs, elle explique que des fonds avaient été débloqués via le contrat triennal pour la saison hors les murs, et notamment sur la rénovation du Palais des Fêtes.

Une rénovation qui est suspendue pour le moment selon Pierre Jakubowicz, et qui inquiète Jeanne Barseghian et Syamak Agha Babaei : « Il n’y a pas de solution idéale. Mais si ce n’est pas le Palais des Fêtes, c’est quoi ? » Selon les deux élu(e)s, vu les travaux demandés par un tel projet, « si ce n’est pas le Palais des Fêtes, il n’y aura rien de fait sur l’opéra dans ce mandat ».

opéra
© Anthony Jilli / Pokaa

Quel rôle pour le groupe au conseil municipal ?

Il restait ensuite une question : quelle place occupera Strasbourg Juste et Vivante dans le jeu politique du conseil municipal ? Contrairement à ce bilan au lance-flammes, Jeanne Barseghian déclare : « On ne veut pas juste être dans l’opposition systématique. On veut être dans une logique qui va de l’avant pour les Strasbourgeois(es). On se veut les porte-voix de Strasbourgeois déçus et choqués de l’arrêt de projets dans la ville autour des questions écologiques, sociales et éducatives. »

On est inquiet mais on est mobilisé à faire entendre la voix des personnes les plus vulnérables.
Floriane Varieras

Cela se fera sans doute sans le groupe de La France insoumise, puisqu’un travail en commun n’est pas à l’ordre du jour. Malgré l’alliance de mars et des préoccupations communes, il semble y avoir « un problème de personnes », selon le groupe Strasbourg Juste et Vivante. Néanmoins, cela ne change rien à la combativité du groupe, malgré son l’inquiétude pour l’avenir de Strasbourg : « On combattra chaque recul, chaque retard, chaque renoncement. »

Il ne reste plus qu’à conclure cette conférence de presse par une photo de groupe dans le square des Halles. Une réalisation du mandat Barseghian, que l’ancienne maire prend pour symbole : « Ce qu’on a fait dans le mandat précédent, c’est là, et ça ne bougera pas. » Une phrase qui désigne les projets, mais aussi les membres de son groupe, bien partis pour incarner une opposition durant six ans.

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