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« Nous ne pourrons pas financer tout ce qui a été promis » : décryptage de l’audit financier de Strasbourg

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Ce 18 septembre, Catherine Trautmann a révélé les deux audits commandés sur le budget de la Ville et de l’Eurométropole. Deux documents qui dressent, avec nombre de chiffres à l’appui, une situation extrêmement dégradée et préoccupante des finances des deux collectivités. Décryptage.

« Je n’avais jamais connu ça en 40 ans de vie politique. » Ce 18 septembre, Catherine Trautmann avait les formules bien rodées pour présenter les audits sur les finances de Strasbourg et de l’Eurométropole. « Indignée » par la situation financière « fortement dégradée » des deux collectivités, la maire a admis avoir reçu « deux coups de massue » à la lecture des documents.

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Si on ne fait rien, on ne sera pas au pied du mur, on sera dans le mur.
Catherine Trautmann

Avec Caroline Barrière, vice-Présidente de l’EMS aux finances, Mathieu Cahn, 1er adjoint, et Loïc Muller du cabinet Deloitte, elle a ainsi présenté les chiffres que beaucoup de monde attendait. Si les résultats étaient prévisibles par celles et ceux qui suivaient les conseils municipaux depuis 6 ans, et donc a fortiori par les élu(e)s strasbourgeois(es), l’audit financier reste un amas de chiffres et de couleurs dans lesquels il est parfois difficile de se retrouver, et que l’on a essayé de décrypter.

cathédrale rue strasbourg
© Vivien Latuner / Pokaa

Quels sont les chiffres à retenir pour Strasbourg ?

C’est le chiffre qui fera le plus parler : les 494 millions de dettes pour Strasbourg en 2026, soit une augmentation de 105% par rapport à 2020. Conséquence : la capacité de désendettement de la Ville – autrement dit, le nombre d’années nécessaire à Strasbourg pour rembourser la dette – glisse à 21,5 ans, soit largement au-dessus du seuil d’alerte, situé à 12 ans.

Pourquoi un tel dérapage ? Principalement à cause de deux facteurs : la baisse des épargnes brutes et nettes. Pour faire simple : l’épargne brute est la différence entre recettes et dépenses de fonctionnement, soit un symbole de bonne santé financière pour une collectivité ; l’épargne nette est l’auto-financement, soit la capacité de la ville à financer de nouveaux investissements.

Si on continue comme ça, le scénario n’est pas tenable à l’horizon de quelques mois. On a quelques semaines devant nous
Loïc Muller, expert du cabinet Deloitte

Ici, selon les chiffres de Deloitte, l’épargne brute est passée de 41,6 à 23 millions d’euros entre 2020 et 2026, soit une baisse de 45%, tandis que l’épargne nette est négative, estimée aujourd’hui à -12 millions d’euros. Concrètement : l’épargne brute ne permet plus de rembourser la dette, et dans le même temps il n’est plus possible d’autofinancer les projets. Et comme les investissements ont été considérables durant le mandat écologiste, l’endettement s’est creusé. Selon l’analyse, on se trouve donc avec plus aucun argent dans les caisses.

Toujours selon les analyses de Deloitte, cet endettement risquerait de se creuser encore davantage si rien n’était fait rapidement, car l’épargne brute deviendrait négative d’ici 2029. Ainsi, le cabinet de conseil préconise de trouver 36 millions d’euros dans les dépenses de fonctionnement pour retrouver « une situation soutenable ». Enfin, il explique qu’il faudra faire des choix sur les investissements du mandat : la capacité d’investir est estimée à 600 millions… dont les 2/3 seraient déjà pris par des projets engagés.

Quel futur pour Strasbourg ?

Une telle présentation, et la réalité des investissements, laissent présager un futur peu reluisant pour la ville. Néanmoins, Catherine Trautmann et Mathieu Cahn l’ont martelé : Strasbourg continuera d’être en mouvement. Selon le 1er adjoint, l’objectif principal est ainsi de « remettre de l’ordre dans les finances pour continuer à investir demain et tenir les engagements pris pendant la campagne électorale. »

Comment ? Toutes les idées sont encore sur la table, bien que Catherine Trautmann semble vouloir éviter l’augmentation des impôts locaux, ligne rouge pour Jean-Philippe Vetter, ainsi que « la commission de la hache », soit le fait de couper les dépenses un peu partout.

Car la situation est différente cette fois-ci selon la maire : « Aujourd’hui ce n’est pas une alerte. Si on ne fait rien, on arrivera à la mise sous tutelle de l’État, c’est-à-dire le renoncement à toute capacité de décision. » Il faut donc agir, même si les moyens ne sont pas encore trouvés.

Nous ne pourrons pas financer tout ce qui a été promis.
Mathieu Cahn, 1er adjoint
audit financier
© Deloitte - Ville de Strasbourg / Document remis

En guise de conclusion, Catherine Trautmann se veut réaliste : « Il y a des grands projets qui ont été demandés et dont je ne peux pas dire s’ils sont réalisables dans le mandat qui s’ouvre. » Si aucun d’entre eux n’a été mentionné durant cette conférence de presse, on peut notamment penser au futur de l’Opéra. Néanmoins, la maire souhaitait rappeler que « ce redressement financier, ce n’était pas notre projet. »

Ainsi, pour donner quelques perspectives, Catherine Trautmann annonce en 2027 trois conférences pour « imaginer la ville à l’horizon 2050 » : une sur le logement, une sur climat et une sur les mobilités. Avant de donner rendez-vous à tout le monde en janvier pour le débat d’orientation budgétaire, puis en mars pour le vote du budget ; les deux temps forts où l’on pourra (enfin) voir quel projet sera possible pour un « Strasbourg en mouvement ».

trautmann audit finance
© Pokaa
Cathédrale couple amoureux
© Marie Goehner-David / Pokaa

Les réactions des différentes forces politiques

Cette présentation a forcément provoquée des réactions à travers toute la classe politique strasbourgeoise. En tant que premiers visés, l’ancienne mandature critique « une opération politique à 100 000 € » et « une majorité qui a fait le choix de la dette sociale et climatique ». De son côté, Syamak Agha Babaei, ancien 1er adjoint aux finances, en remet une couche, raillant une « manipulation politique de Catherine Trautmann », « des chiffres manipulés aux visées apocalyptiques » ainsi que le choix du cabinet Deloitte, épinglé sur plusieurs scandales comme il l’avait expliqué lors d’une conférence de presse.

Pour le groupe insoumis mené par Florian Kobryn, les tirs sont encore plus à boulets rouges. Il dénonce « une pure opération de communication payée avec de l’argent public », avec un cabinet de conseil qui n’a fait « qu’exploiter les données connues pour les présenter et nourrir le narratif austéritaires de la majorité ». « Une approche comptable pour une politique comptable », qui n’a pas pris en compte « la réalité des besoins sociaux et la réalité des inégalités. »

L'audit financier commandé à Deloitte ne doit pas servir d'alibi à l'inaction et à l'aggravation de la dette climatique.
Syamak Agha Babaei, groupe Strasbourg Juste et Vivante

Enfin, du côté de Jean-Philippe Vetter, le ton est plus mesuré. Pour lui, « cet audit est une confirmation, pas une découverte. » Le conseillé municipal met ensuite amicalement la pression vers celle à qui il a tendu la main : « Cet audit ne doit pas être celui du renoncement des engagements de Catherine Trautmann, alors même que la situation financière était connue pendant la campagne. Il doit être le point de départ du redressement de nos finances publiques. »

Celui qui est également président de la Commission des finances souhaite désormais jouer son rôle, pour « faire émerger des solutions » : « Je proposerai dans les prochaines semaines plusieurs rencontres de travail de la commission des finances afin que chaque élu puisse disposer de toutes les informations nécessaires et examiner, dans un esprit transpartisan, les différents leviers à notre disposition [pour réduire la dette]. » Rendez-vous au prochain conseil municipal, le 28 septembre, où l’audit sera à n’en pas douter dans toutes les têtes.

homme de fer
© Coraline Lafon / Pokaa

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