Ce 18 septembre, Catherine Trautmann a dévoilé les résultats de l’audit des finances de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. Un premier moment politique fort de la mandature, car attendu depuis longtemps et parce qu’il donne la couleur politique des futurs projets de la municipalité. À suivre en direct avec Pokaa.
Ils étaient attendus comme le loup blanc. Ce vendredi 18 septembre, les résultats de l’audit financier de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg ont été présentés aux journalistes. Cette annonce, organisée au centre administratif, représente le premier moment politique fort de la mandature Trautmann.
Sur ses six premiers mois, la municipalité a rallumé les lumières le soir, a rendu le stationnement moins cher, au contraire des tarifs des musées… Et plus globalement, elle est revenue sur plusieurs projets écologistes. Mais il manquait encore une direction politique claire, qui a un peu été dessinée avec les résultats de l’audit.
14h31 : une « démarche d'audit indépendant »
À 14h30, la conférence de presse démarre. Pour Catherine Trautmann, cette « démarche d’audit indépendant » est importante. « Nous avons besoin de savoir d’où nous venons après la fin du mandat précédent, et où nous en sommes réellement pour connaitre la situation des finances et le niveau de nos marges de manoeuvre. »
L’objectif est de « poser la vérité des chiffres, avec une transparence budgétaire pour construire le début du chemin de l’action publique sur ce mandat ». Avec son équipe, elle veut ainsi passer du « commentaire aux faits » et prendre les « bonnes décisions » grâce à l’audit.
C’est Loïc Muller, associé du cabinet Deloitte qui est en charge de cet audit. On apprend qu’il a déjà fait des dizaines d’audits de début de mandat pour de nombreuses villes, dont Marseille en 2020.
Il explique tout d’abord que la capacité de redressement de la dette de la Ville et de l’Eurométropole est désormais à 21,5 ans. En 2020, elle était de 5,8 années, et à 10 en 2024.
En parallèle, « le taux d’épargne brut a diminué en 6 ans de 41,6 millions d’euros à 23 millions. Ce qui veut dire que la collectivité a moins de moyens pour autofinancer ses projets, sans recourir à l’emprunt. »
Toujours selon l’audit, la Ville de Strasbourg a la plus faible épargne brute/habitant(e) sur les 11 premières grandes villes de France. Cependant, plus l’épargne brute est haute, plus elle permet de rembourser la dette, ce qui n’est donc pas le cas ici. Comme l’épargne brute a baissé et que Strasbourg a fortement investi, « il y a un souci de paiement de la dette. Il y a donc un recours très fort à l’endettement ».
Tout en précisant qu’il y a « 500 millions d’euros de dettes » pour Strasbourg.
« En 2025, l’épargne nette est négative et plonge à 12 millions d’euros en 2026 », ce qui signifie, toujours selon l’expert, que le train de vie de la commune ne permet plus de rembourser la dette.
« La situation financière est en surchauffe, elle est fortement dégradée. Si on continue comme ça, le scénario n’est pas tenable à l’horizon de quelques mois. On a quelques semaines devant nous. »
« Il faut des mesures de redressement »
Le cabinet Deloitte préconise ainsi 36 millions d’euros à dégager pour arriver à une épargne brute de 51 millions d’euros en 2027, contre 23 millions en 2026 (la différence de 8 millions s’explique par les taux d’emprunt, le manque de financement du gouvernement, etc.). Des économies qui vont se faire dans les dépenses de fonctionnement.
Pour la ville, il faut donc redresser « les comptes très vite ». Il précise aussi que « pendant le mandat Barseghian, l’endettement net de la commune a augmenté de 100 000€ tous les jours ».
La présentation se poursuit sur l’Eurométropole, « un deuxième coup de massue à venir » selon Catherine Trautmann.
Après la Ville, l'Eurométropole
Loïc Muller poursuit la présentation de l’audit : « À l’EMS, l’épargne brute s’est tenue entre 2020 et 2025, mais ça a beaucoup baissé en 2026. On risque une dégradation très rapide. » Il dévoile aussi que l’EMS a dépensé 1,3 milliard d’euros sur le dernier mandat.
Aujourd’hui, « l’endettement atteint les 911 millions d’euros, soit 150 000€ de dette de plus pour chaque jour de mandat qui passe ». D’après lui, on n’est pas loin du seuil d’alerte des 12 années de désendettement, car on est à 11,9. « On se rapproche d’une épargne nette négative, la situation est orange foncé. »
Il continue : « Si rien n’est fait, dès 2027, l’épargne nette sera négative et la collectivité ne pourra plus assumer le règlement de sa dette dans son fonctionnement. Il faut trouver 45 millions d’euros. Tout en sachant que les projets déjà lancés représentent 3/4 des investissements soutenables durant ce nouveau mandat. »
15h08 : Mathieu Cahn prend la parole sur la situation de la Ville de Strasbourg
Le premier adjoint à la Ville, Mathieu Cahn, prend ensuite la parole : « La situation de la ville est grave et préoccupante. Nous ne sommes pas juste devant un accident budgétaire, il y a une dégradation progressive des fondamentaux de la Ville. » Il précise que les marges de manoeuvre sont considérablement réduites.
« S’endetter pour investir n’est pas en soi un problème, mais il faut que cet investissement soit soutenable. » Il développe aussi le fait que les intérêts de la dette ont quintuplé en 6 ans. Il résume ça en quelques mots : « l’endettement est devenu un problème majeur. » Néanmoins, il assume le fait de ne pas parler de la masse salariale pendant cette conférence de presse, quand la question des « coupes » est mise sur la table. En parallèle, il critique « le manque de sérieux budgétaire » de la mandature précédente.
« Nous ne pourrons pas financer tout ce qui a été promis. Il faut remettre de l’ordre dans les finances pour continuer à investir demain et tenir les engagements pris pendant la campagne électorale. »
15h23 : Caroline Barrière prend la parole sur la situation de l'Eurométropole
En charge du budget et des finances à l’EMS, Caroline Barrière récupère le bâton de parole : « Il faut regarder avec lucidité la situation de l’EMS. Avec Mathieu Cahn on ne sait pas qui est dans la pire situation. Les indicateurs financiers de l’EMS ne sont pas dans la même situation que la ville à date, mais la tendance suit la même logique avec une ampleur extrêmement importante. »
Il va donc falloir « prioriser » selon elle, car les enjeux du mandat concernent beaucoup de sujets : logement, mobilité, eau, développement économique, transition écologique…
Catherine Trautmann poursuit : « Cette situation est beaucoup plus dégradée que ce que je pouvais imaginer. » Elle évoque ainsi une « rupture de méthode à faire », dont les audits sont la première pierre.
Son objectif est clair : « D’ici la fin de l’année, on répare. Car cette situation financière m’a indignée. Aujourd’hui, ce n’est pas une alerte. Si on ne fait rien, on arrivera à la mise sous tutelle. »
Évoquant un « redressement financier qui n’est pas un projet », elle précise qu’il y a de grands projets qui ont été demandés qui ne pourront peut-être pas se faire. « Je n’ai jamais connu une telle situation en 40 ans de vie politique. »
Pour 2027, elle annonce 3 conférences pour imaginer la ville à l’horizon 2050 : sur le logement, le climat et la mobilité. « Nous agirons avec méthode, dans l’explication et la discussion des choix. »
Si le prochain point d’étape est fixé au vote du budget en conseil municipal, la maire de Strasbourg a aussi publié dans la foulée une vidéo sur Facebook et Instagram.


