Ce jeudi 16 avril, environ 150 personnes se sont rassemblées devant le bâtiment de la présidence de l’Université, sur le campus de l’Esplanade, pour protester contre la radiation d’une cinquantaine d’étudiants étrangers fin mars. Originaires de pays situés hors de l’Union européenne, ils n’ont pu s’acquitter des frais d’inscription majorés qui leur sont imposés.
« Pour le moment, on ne sait même pas si on est encore étudiants ». Inscrit en master à Science Po, Joseph* fait partie des 47 étudiants étrangers qui se sont vus notifier leur désinscription de l’Université de Strasbourg le 31 mars dernier. Originaire d’un pays francophone d’Afrique de l’Ouest, le jeune homme doit s’acquitter de frais d’inscription dix fois plus élevés que ceux des étudiant(e)s européen(ne)s, soit 3 941 euros à débourser pour une année de master.
« J’ai reçu un premier mail en décembre m’avertissant qu’il fallait que je paie mes frais d’admission sous peine de désinscription, poursuit le jeune homme. J’avais déjà versé une partie de mon inscription et je faisais tout mon possible pour compléter la somme. Mais des circonstances extérieures ont fait que je n’ai pas réussi… »
Joseph décrit une situation « stressante et catastrophique ». « Ça s’est répercuté sur mon loyer : j’ai un arriéré de deux mois actuellement… »
L’équivalent de 45 000 euros
La somme qui lui est demandée représente environ 3 millions de francs CFA. Une somme très importante dans son pays d’origine : si on compare la somme au niveau de vie moyen, c’est comme si l’on demandait à un étudiant français de sortir 45 000 euros.
« Je cherche un job étudiant pour pouvoir payer cette somme. Je me suis inscrit dans beaucoup d’agences d’intérim. J’utilise aussi les virements que me fait mon père mais je n’en ai pas eu au cours des deux derniers mois. »
Sa désinscription fait également peser une lourde menace sur son titre de séjour. « Il est valable jusqu’en septembre. Pour le renouveler, on me demande un certificat d’inscription. Sans cela, je risque de recevoir une obligation de quitter le territoire (OQTF). Je n’aurais d’autre possibilité que de rentrer au pays malgré tous les sacrifices qui ont déjà été faits. »
Avant de pouvoir s’inscrire dans une université française, les étudiants extra-communautaires – originaires de pays situés hors de l’Union européenne – sont en effet sélectionnés sur des critères d’excellence académique. Joseph était 4e de sa promotion avant de venir étudier à Strasbourg.
Si l’Université n’accepte pas de l’exonérer d’une partie de ses frais d’inscription, Joseph envisage de demander un prêt étudiant en France – à condition de trouver un garant – ou de s’endetter dans son pays d’origine. En attendant, c’est le grand flou.
S’il a bien reçu sa convocation aux examens, il ne peut en revanche plus solliciter certains services de l’université, comme l’aide de l’assistante sociale de l’Unistra. « On m’a dit que je n’étais plus considéré comme étudiant. »
En finir avec les frais différenciés
Vent debout contre cette situation, une intersyndicale d’une dizaine d’organisations étudiantes et enseignantes appelait à la mobilisation devant la présidence de l’Université, ce jeudi 16 avril, pour demander l’exonération des étudiant(e)s concerné(e)s. Les prises de paroles ont dénoncé « un système de préférence nationale » et un dispositif « raciste ».
Mis en place en 2019, suite à un décret ministériel appelé « Bienvenue en France », ces frais différenciés concernent actuellement entre 310 et 380 étudiants en master à l’université de Strasbourg. « Nous avons du mal à obtenir des chiffres précis de la part de la présidence », regrette Elsa Rambaud maître de conférences à l’Unistra et membre de la Snesup, active dans l’intersyndicale.
Dans une conférence de presse donnée jeudi 16 avril au matin, la présidente de l’Université, Frédérique Berrod, a refusé de faire une exception pour les étudiant(e)s les plus en difficulté. « Il ne nous paraît pas possible d’exonérer maintenant ceux qui n’ont pas payé, cela poserait un problème d’équité », a-t-elle expliqué à nos confrères de Rue89 Strasbourg.
Un argument « proprement indécent » pour l’intersyndicale. « L’absence d’équité et la discrimination sont au cœur de la politique de sélection par l’argent, dont nous dénonçons aussi le caractère xénophobe. Nous refusons cette inversion généralisée du sens des mots et des valeurs autour du bien mal nommé « Bienvenue en France. » »
Dans sa conférence de presse, donnée à l’issue du rassemblement devant la présidence, ce jeudi midi, l’intersyndicale a également rappelé que l’Université possédait une marge d’exonération fixée à 10% des effectifs étudiants. Selon ses calculs, exonérer les 47 étudiant(e)s concerné(e)s par la dernière vague de désinscription ne conduirait pas à la dépasser.
Dans la continuité de cette mobilisation, l’intersyndicale a choisi d’ouvrir une cagnotte pour les étudiant(e)s en difficulté et envisage de se tourner vers le fonds de la fondation de l’Université de Strasbourg pour les aider.
« Aujourd’hui, on fabrique de la souffrance et de la misère, regrette Pascal Maillard, de la FSU. Les étudiants n’ont pas d’autres choix que de s’endetter. Ils prennent un ou plusieurs jobs étudiant pour pouvoir régler leurs frais d’inscription ». Certains dépassent le nombre d’heures travaillées autorisées pour les étudiants étrangers en France.
Cette situation « interpelle la communauté universitaire toute entière », juge Pascal Maillard. « En tant qu’enseignante, j’ai du mal à imaginer que ma prestation pédagogique n’a pas le même prix en fonction des étudiants que j’ai en face de moi », détaille Juliette Lelieur, élue d’opposition au conseil d’administration de l’Université.
Des actions de collage et de mise en lumière des courriers reçus par les étudiant(e)s concernés sont envisagés dans les jours à venir.



Bonjour,
est ce possible d’avoir un lien vers la cagnotte , si elle est en ligne?