Six semaines après, il est de retour, pour nous jouer un mauvais tour. Le conseil municipal s’est une nouvelle fois réuni ce lundi 3 mai pour débattre et faire vivre la politique strasbourgeoise. Mais comme nos élus se perdent souvent dans de longs débats sur des questions de mots ou de définition – comme ce conseil le prouvera – on a décidé cette fois-ci de se concentrer sur l’essentiel. En d’autres mots, sur ce qui va concrètement changer à Strasbourg, pour la ville mais surtout pour ses habitantes et habitants. Dans un conseil municipal qui s’est fini à 1h25 du matin après avoir débuté à 12h30, inutile de dire que des décisions, il y en a eu. Alors, sans plus attendre, c’est parti pour le recap’ !



Ce qui va changer pour la Ville de Strasbourg

En premier lieu, plusieurs décisions ont été actées concernant la Ville de Strasbourg en elle-même, que ce soit au niveau de ses agents, de ses lieux et de ses symboles.


Une nouvelle politique de ressources humaines

On a déjà évoqué à plusieurs reprises la nouvelle politique de la municipalité écologiste concernant le service public, qu’elle souhaite considérablement renforcer à grands coups d’embauches. Cette fois-ci, lors de ce conseil municipal, il est question d’une nouvelle politique « ambitieuse » des ressources humaines, selon les mots de Syamak Agha Babaei, premier adjoint en charge des finances. Ce dernier n’est pas avare en remerciements envers les agents du service public de la métropole : « Il ne fallait plus les considérer comme des exécutants, mais comme des personnes qui pouvaient co-construire avec nous le service public. » Concrètement, cette nouvelle politique consiste en 180 créations d’emplois à la Ville et 120 à l’Eurométropole d’ici 2026, après les 500 suppressions de postes lors du mandat précédent. 

Elle vise à améliorer les services publics, notamment de l’enfance et de l’éducation avec la création de 180 postes à l’échelle du mandat, avec en grande partie les ATSEM. Elle permettra également d’associer les agentes et agents à l’élaboration des politiques publiques, dans la volonté de co-construction chère à nos élus écologistes. S’ajoute une meilleure prise en compte de la santé au travail, alors que l’exécutif a longtemps évoqué les cas de burn-out et de recours à la médecine du travail lors du précédent mandat. Enfin, un plan d’égalité professionnelle, de lutte contre les discriminations et promotion de la diversité des profils et parcours, ainsi que la création d’une cellule d’écoute et de recueil des plaintes de violences sexistes et sexuelles au travail viennent compléter la liste des objectifs de la nouvelle politique des ressources humaines.

Syamak Agha Babaei. © Maria Fernandes / Pokaa


Strasbourg, ville hôte des Journées Nationales de la Lumière

Moins important, mais tout de même à noter : Strasbourg sera la ville hôte des Journées Nationales de la Lumière, qui auront lieu du 12 au 14 octobre prochain. Une évidence selon Pierre Ozenne, adjoint en charge des voiries, évoquant une « politique volontariste de la part de la municipalité strasbourgeoise, dans la lutte contre les nuisances lumineuses ». Avant de développer : « Le travail se poursuit dans la réduction de la consommation d’énergie : déploiement technologie de LEDs, travail sur la texture et la couleur de voiries afin de tester des éclairages permettant de concilier biodiversité, éclairage et réduction de la consommation d’énergie ». Pour l’instant néanmoins, pas de grands changements par rapport à ce que la municipalité nous avait expliqué en novembre dernier. Il n’y a qu’à espérer que cela bouge un peu plus à l’orée des prochaines Journées Nationales de la Lumière.

Pierre Ozenne. © Capture d’écran du conseil municipal du 3 mai 2021 – Ville de Strasbourg


La Foire Saint-Jean sera au Wacken pour les deux prochaines années

Les grands événements commencent doucement à pointer le bout de leur nez à Strasbourg. Impossible de ne pas penser à la Foire Saint-Jean. Ce conseil municipal avait pour but d’acter que celle-ci se déroulera en 2021 et 2022 au Wacken, sur le site du futur quartier Archipel 2. Ces deux ans permettront à l’exécutif de « se donner deux ans pour se doter d’un site pérenne, qui ne seront pas de trop pour identifier un site qui accueillerait des événements majeurs sur Strasbourg », selon  Pierre Ozenne. Les objectifs de l’exécutif ? Trouver 5 à 7 hectares qui répondent aux critères d’accessibilité, de visibilité et de respect de leurs valeurs. « Un travail compliqué », selon l’élu. Son comparse Guillaume Libsig, adjoint en charge de la politique événementielle, évoque l’ambition de « créer un lieu unique pour des usages multiples, pour qu’on arrête de dépenser des sommes considérables sur la location ». Un objectif ambitieux, pour un futur lieu qui devra faire bouger Strasbourg. Deux ans pour tout cela, c’est parti !

Guillaume Libsig. © Capture d’écran du conseil municipal du 3 mai 2021 – Ville de Strasbourg


Strasbourg devient « zone de liberté » pour les personnes LGBTI +

Très tard dans la nuit, aux alentours de 1h du matin, s’est votée une motion qui met du baume au cœur : par l’initiative de Pierre Jakubowicz et Rebecca Breitmann, élus d’oppositions, Strasbourg est désormais « zone de liberté » pour les personnes LGBTI +. Pour bien comprendre l’objectif de cette motion, il faut savoir qu’en mars dernier, la Pologne a déclaré posséder des zones « libres de toute idéologie LGBT ». En réaction, l’Union européenne s’est déclarée « zone de liberté LGBT » le 12 mars. En France, Quimper s’est également déclarée « zone de liberté » pour les personnes LGBTI+, depuis le 1er avril . 

À Strasbourg, la motion est joliment symbolique, mais pas que. En plus de « protéger et promouvoir les droits fondamentaux pour tous et à garantir pleinement leurs droits », cette motion implique également une formation des agents de la collectivité, principalement les agents d’accueil et ceux de la police municipale. Pour Floriane Varieras, adjointe en charge de la Ville inclusive, cette motion est un « plan d’action tout à fait pertinent ». Néanmoins, elle souhaite aller encore plus loin, en appelant à « l’égalité des droits plus globale, comme donner son sang et avoir accès à la PMA ». Cette motion est votée à 57 voix pour.

© Martin Lelièvre pour Pokaa


Ce qui va changer pour les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois

La Ville va connaître quelques changements à l’issue de ce conseil municipal. Mais, il y a également eu quelques décisions qui ont été prises pour les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois.


Différentes aides au secteur culturel pour faire face à la crise

La Ville a commencé ce conseil municipal en détaillant plusieurs aides qu’elle apporte au secteur culturel en ces temps de crise du Covid. Comme on vous l’avait expliqué lors de notre interview de Syamak Agha Babaei sur le budget de la Ville, cette dernière avait prévu un million de fonds d’urgence pour le secteur culture. Il se divise comme ceci :

  • 300 000 euros pour le grand spectacle d’été, dont on vous parlait ici.
  • 150 000 euros pour un plan de soutien visant à la reprise d’activité du secteur culturel : musique, danse, théâtre, cultures urbaines, livres, arts…
  • 150 000 euros pour les cinémas, selon un dispositif spécifique : la Ville achètera des tickets de cinéma au profit des écolières et écoliers strasbourgeois afin de les inciter à retourner dans les salles obscures.
  • 100 000 euros de fonds d’acquisition pour le soutien aux artistes-plasticiens
  • 100 000 euros pour accélérer la transition numérique des 17 écoles de musique du territoire. Cela consistera en équipement de matériel informatique, avec des cartes son et des logiciels de musique, mais également la formation des professeurs à ces outils.
© Martin Lelievre


Le projet d’une conciergerie solidaire

Cette volonté solidaire de la Ville se traduit également dans le projet d’une conciergerie solidaire dans le quartier Ampère, un QPV très enclavé de 1 200 habitants, entre le Neudorf et la Musau. Pour celles et ceux qui ne savent pas ce que c’est, une conciergerie solidaire est un espace ouvert, central et fédérateur, qui propose de nouveau services gratuits ou payants, et contribue au développement du lien social. Concrètement, une conciergerie solidaire permet une plus grande connexion des habitantes et habitants des quartiers populaires, qui ne bénéficient pas tout le temps de services de proximité. Ce qui est le cas du quartier Ampère.

Ce dernier pourra bénéficier de plusieurs services, comme l’explique Benjamin Soulet, adjoint en charge de l’équité territoriale. Il y aura un dépôt de pain, un relais postal, la réception de colis, la localisation et l’entretien de vélos, une bricothèque, le prêt de petit électroménager et de jeux de société, un point d’accès numérique, un espace de coworking, un pressing, une cordonnerie… Bref, tous les services de proximité qu’il faut. Les travaux sont en cours, et se dérouleront pendant tout le mois de mai, pour une ouverture cet été. Comme l’explique Benjamin Soulet, « l’idée, c’est que ce modèle se développe dans d’autres quartiers, comme le Hohberg par exemple, Hautepierre et Esplanade ». Cette conciergerie solidaire, qui coûtera 25 000 euros, s’inscrit dans une démarche plus générale d’un plan de service public territorial pour renforcer les espaces de proximité.

Benjamin Soulet. © Capture d’écran du conseil municipal du 3 mai 2021 – Ville de Strasbourg


Strasbourg, future capitale des piétons ?

Strasbourg est la capitale du vélo, tout le monde le sait et notre ville en joue beaucoup. Néanmoins, il semblerait qu’elle ait également l’ambition de devenir la capitale des piétons. En effet, Sophie Dupressoir, élue municipale déléguée à la ville cyclable et marchable, présente ce Plan Piéton 2021-2030. L’objectif affiché est de replacer le piéton au cœur de la Ville et développer la pratique de la marche, la « base de la citoyenneté en ville ». En effet, selon l’élue, elle est « bonne pour le climat, économique et excellente pour la santé ». Aujourd’hui, 40 % des déplacements sont faits à pied à Strasbourg, mais ce pourcentage stagne depuis plusieurs années.

Pour y remédier, le Plan Piéton possède une dizaine d’orientations :

  • Assurer l’accès de la Ville à toutes et tous, en se concentrant sur les personnes en situation de handicap. Assurer également la sécurité des femmes dans l’espace public.
  • Faire que, dans chaque quartier, les services soient à portée de pied et de vélo
  • Limitation de vitesse à 30km/h maximum sur les voies secondaires : soit en zone 30, soit en zone de rencontre ou alors entièrement piétonne
  • Pousser les Strasbourgeoises et Strasbourgeois à faire à pied les distances entre 1 à 3 km, qui sont celles qui permettent de lier les différents quartiers entre eux
  • Des trottoirs de 2m50, avec des pistes cyclables déplacées sur la chaussée et sécurisée
  • Organiser des actions événementielles et de communication pour promouvoir la pratique de la marche

Cette « ambition collective », selon les mots de l’élue, est complétée par l’intervention de Suzanne Brolly. L’adjointe à l’urbanisme précise que ce Plan Piéton sera en étroite collaboration avec la végétalisation et le Plan Canopée. Il y a déjà un travail d’effectué sur un territoire pilote à Cronenbourg. Comme souvent avec cet exécutif cependant, il faudra attendre encore quelques mois pour voir davantage de concret. Finalement, ce Plan Piéton est voté à 53 voix pour et 7 abstentions.

Sophie Dupressoir. © Capture d’écran du conseil municipal du 3 mai 2021 – Ville de Strasbourg


Le prolongement de la ligne G du bus à haut niveau de service (BHNS) vers le parc de l’Étoile

Enfin, pour les amateurs de transports en commun, le conseil municipal a pensé à vous : désormais, le bus G, qui reliait la gare à l’Espace européen de l’entreprise, voit sa ligne se prolonger, pour désormais desservir le parc de l’Étoile. Concrètement, la ligne G passera désormais par sept nouvelles stations. Il roulera sur les boulevards de Metz, Nancy et Lyon puis sur les quais Louis Pasteur, Menachem Taffel et Fustel de Coulanges en desservant l’actuelle entrée du Nouvel Hôpital Civil avant d’arriver au terminus provisoire du parc de l’étoile. Cela va très bientôt se mettre en place, et cela montre encore une fois que Strasbourg est toujours là lorsqu’il s’agit de développer les mobilités douces.

© Claude TRUONG-NGOC – Wikimedia Commons


Le moment à retenir : l’adoption de la motion contre l’antisémitisme

Dans un conseil municipal strasbourgeois, il y a toujours un moment à retenir, un point saillant où les esprits s’échauffent et où les langues se délient. Si ce conseil a duré plus d’une demi-journée, 12h55 pour être exact, c’est qu’il a dû se passer quelque chose. Un débat dont nos élus strasbourgeois ont le secret. Ce mois-ci, il portait sur la motion visant à lutter contre l’antisémitisme. Ce sujet a été évoqué lors du conseil municipal de février, et également lors de celui de mars. Celle et ceux qui pensaient qu’un mois d’absence de politique strasbourgeoise allait adoucir les mœurs, vous ne connaissez pas nos élus strasbourgeois et leurs propensions à pratiquer un dialogue de sourds pendant des heures, car le débat a duré plus de 2 heures.

Pourquoi ont-ils dialogué sans s’écouter ni s’entendre pendant trois heures ? Concrètement, l’opposition, tout comme le groupe socialiste, souhaitaient que l’exécutif strasbourgeois adopte dans son intégralité la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), que vous pouvez lire ici. Une définition qui a déjà été adoptée, non sans débats, à l’Assemblée nationale, au conseil municipal de Paris ou encore, bien plus proche de chez nous, à celui de Schiltigheim. Où est le problème alors ? Pour certains, la définition pose problème parce qu’elle permettrait de requalifier trop facilement à leur goût de l’antisionisme en antisémitisme. L’un des points mentionne en effet l’antisémitisme comme « le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ».

Concernant la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, l’exécutif strasbourgeois affirme que celle-ci n’est pas l’outil le plus adapté afin de lutter contre l’antisémitisme. Elle préfère que son texte, que vous pouvez retrouver ici, soit suivi d’actions concrètes, notamment l’adoption au conseil municipal de juin 2021 d’un plan de lutte contre les discriminations, qui inclut des actions spécifiques contre l’antisémitisme. L’opposition ne bouge pas d’un iota, à travers les prises de parole de ses différentes têtes de liste. La « nouveauté », c’est que même les élus socialistes se joignent à l’opposition, avec des témoignages forts de Catherine Trautmann, mais surtout de Céline Geissmann, adjointe en charge du numérique.

Après plusieurs heures de débat dense et houleux, il semblait impossible, malgré la gravité de l’enjeu, que nos élus strasbourgeois trouvent un terrain d’entente. Jeanne Barseghian, parfois au bord de la rupture, a bien tenté différentes manœuvres d’apaisement, mais rien à faire. Finalement, ce ne sont ni un, ni deux mais trois textes différents qui ont été votés, après une interruption de séance :

  • Celui de l’exécutif a été voté à 43 votes pour, sans aucun groupe politique de l’opposition, ni même les socialistes
  • Celui de Catherine Trautmann a été adopté à 15 voix pour (toute l’opposition) et une abstention
  • Même chose pour celui d’Alain Fontanel et de Jean-Philippe Vetter, adopté à 15 voix pour et un contre.

En définitive, on en conclut que tous les groupes politiques sont d’accord sur le fait de lutter contre l’antisémitisme, mais qu’aucun n’a suffisamment convaincu les autres pour que le conseil municipal se prononce d’une seule voix. Comme l’a résumé un élu qui, lors de l’interruption de séance, a oublié que son micro était allumé : « C’est quand même un beau merdier ».

Il est 1h25 lorsque le conseil municipal de mai se termine. Un conseil dense et âpre, où de nombreuses décisions ont été prises pour le futur de la Ville, comme pour celui de ses habitantes et de ses habitants. C’est cela qu’il faudra retenir, plutôt que le spectacle peu reluisant qu’a été le débat sur la motion pour lutter contre l’antisémitisme. Désormais, la prochaine échéance est fixée au 21 juin. Peut-être que la réouverture des terrasses et on l’espère des restaurants aura adouci les mœurs d’ici là…

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