Alors que la rentrée approche, la stratégie gouvernementale concernant le Covid continue d’évoluer. Le ministre de la Santé commence déjà à nous préparer à l’éventualité de prolonger le pass sanitaire au-delà du 15 novembre et les tests PCR et antigénique dits « de confort » ne seront plus remboursés à partir de la mi-octobre. Un coût supplémentaire pour celles et ceux qui n’auraient pas de schéma vaccinal complet pour leur pass sanitaire. En ce moment néanmoins, le Covid représente surtout un coût à supporter pour l’Assurance Maladie, que l’on ne connaît pas forcément. Et qu’on a essayé d’expliquer.



Une lutte contre le Covid avec plusieurs armes

Depuis que la pandémie est arrivée en France, les armes pour la combattre ont pris différentes formes. Il y a d’abord eu les services de réanimation, complètement surpris et saturés par la violence et la vitesse avec lesquelles les personnes arrivaient malades. Puis il y a eu le masque, entré dans nos vies une fois qu’on a eu assez de stocks pour qu’ils deviennent essentiels.

Par après, ce sont les tests PCR, sérologiques, antigéniques, et même les autotests, qui sont venus garnir la panoplie de la stratégie « tester, alerter, protéger » voulue par le gouvernement. Enfin, depuis cette année, on a également le vaccin pour nous protéger contre le Covid et réduire les transmissions. Avec Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen, ce sont quatre possibilités de se faire vacciner, pour derrière avoir son pass sanitaire. Ce dernier est en effet devenu essentiel pour aller à la Meinau, au resto et désormais même pour aller travailler dans les lieux d’activités et de loisirs à partir de ce lundi 30 août.

Paré pour la Meinau. © Nicolas Kaspar/Pokaa


Coût ou investissement pour la santé ?

Les tests et la vaccination néanmoins, cela à un coût. Pour le moment, pas pour les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois, ni les Français en général. La chance que l’on a aujourd’hui, c’est que les tests sont gratuits, tout comme le vaccin, contrairement à l’écrasante majorité des autres pays européens, qui proposent des tests PCR allant de 20 à 240 euros ! Une opportunité chez nous de toucher toutes les populations, surtout les plus éloignées des systèmes de santé. C’est pour cela que Thierry Benasse, chargé de communication de la CPAM 67, met en avant leur complémentarité : « Les différents dispositifs (vaccination, dépistage…) ne sont pas concurrents mais complémentaires dans la lutte contre l’épidémie. L’idée n’est pas d’en privilégier un par rapport à un autre en fonction de son coût. »

Un raisonnement qui se tient d’abord pour les dépistages, de plus en plus élevés ces dernières semaines avec l’instauration du pass sanitaire dans les bars et restaurants. Sur la dernière semaine, pas moins de 5 624 672 tests ont été réalisés. Une pratique qui a un coût, mais aussi et surtout de l’intérêt : « Les actions de dépistage représentent un coût élevé, mais elles sont importantes, particulièrement lorsqu’on a des symptômes ou qu’on a été en contact avec une personne testée positive. Parce qu’elles permettent de s’isoler lorsqu’on se sait contaminé, et donc de ne pas exposer son entourage à des risques de contamination. Pour ensuite alerter dans le cadre du contact tracing les personnes qu’on a pu exposer à une contamination. »

Alors qu’ils vont devenir payants en majorité à la mi-octobre, la solution la plus « économe » serait donc de passer par le vaccin. Sauf que le raisonnement ne doit pas du tout se faire en termes économiques. Thierry Benasse développe : « On ne choisit pas de se faire vacciner parce que ce serait moins coûteux, mais bien parce la vaccination est aujourd’hui la seule façon d’éviter les formes graves de la maladie, et ses séquelles éventuelles, les drames humains qu’elle peut engendrer. Aussi parce qu’elle permet de protéger son entourage, et qu’elle nous donne la perspective collectivement de retrouver à terme un mode de vie tel qu’on le connaissait avant la criseAvant d’être un coût, c’est un investissement pour la santé. »

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Combien coûte le Covid ?


Les tests de dépistage

À la mi-octobre, les tests PCR et antigéniques dits « de confort » ne seront plus remboursés. S’ils ne coûteront sans doute pas la même chose à un particulier qu’à l’Assurance Maladie, ils coûtent aujourd’hui 43,89 € pour un PCR et 25 € pour un antigénique. Le tout 100 % pris en charge. Selon Thierry Benasse : « Le prix de ces tests a évolué dans le temps, il a baissé progressivement. » Cette année, les tests de dépistage coûtent environ 4,9 milliards à l’Assurance Maladie, comme le révèle le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance-maladie (Cadam) le 1er juin dernier.

Pour le prix des PCR, il y a une autre nuance : la rapidité des résultats donnés. En effet : « Pour les tests PCR, le paiement de l’Assurance Maladie au laboratoire est modulé en fonction de la rapidité de la communication du résultat du test. » En effet, plus rapidement un résultat est donné, plus vite on s’isole. Et plus vite l’Assurance Maladie prévient les contacts à risque. Pour aboutir à casser plus efficacement les chaînes de contamination. Désormais, « le résultat des tests PCR est communiqué en moins de 24h dans plus de 95% des cas, et le plus souvent dans les premières heures qui suivent le test ».

En rendant les tests « de confort » payants, le gouvernement veut continuer à pousser les gens à se faire vacciner. Néanmoins, ces dépistages, qui restent très efficaces, deviendraient un coût supplémentaires pour les familles plus précaires, davantage éloignées des voies classiques du système de santé. Un coût qui deviendrait difficilement supportable.

© A.Me / Pokaa


La vaccination

La solution la plus simple pour ne plus multiplier les écouvillons dans le nez reste la vaccination. Néanmoins, si elle reste gratuite pour nous, elle possède également un coût pour l’Assurance Maladie. Il faut en effet notamment compter la paye des médecins et infirmiers : « À titre d’exemple, la demi-journée (vacation d’au moins 4h) d’un infirmier qui intervient dans un centre de vaccination est rémunérée forfaitairement 220€. » On peut rajouter qu’un médecin reçoit le double pour le même travail, soit 440 €, selon des informations du Monde.

Les vaccins vont ainsi coûter plus de 4,6 milliards d’euros à la Sécurité sociale cette année, comme l’explique le Cadam. Dans ce total, ce qui nous intéresse sont les 1,4 milliard d’euros de dépenses d’organisation de la campagne vaccinale. Ce chiffre est considéré « avec une hypothèse de taux de couverture de 70 % de la population ». Sauf qu’au 26 août, 47 990 852 Français étaient primo-vaccinés, soit 71,6 % de la population. On se rapproche alors davantage d’un objectif de 80 % de couverture vaccinale. Soit un scénario où il faut rajouter 200 millions d’euros supplémentaires. On arrive donc à un coût total de près de 5 milliards d’euros cette année. Tout comme les tests de dépistage.

Il faut également mentionner qu’avec le rappel vaccinal qui approche, les coûts de la campagne de vaccination vont sans doute augmenter. En effet, comme l’a annoncé Jean Castex le 26 août, une campagne de rappel débutera le 13 septembre en Ehpad. Pour les plus de 65 ans avec comorbidités, les rendez-vous débuteront dès le 1er septembre. Avant sans doute d’être élargie à plus de population. Ce qui aura également un coût… tout en permettant d’en limiter fortement un autre.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Les hospitalisations et réanimations

Pour les hospitalisations, il semble difficile d’évaluer combien elles coûtent exactement à l’Assurance Maladie. « La facturation et le financement des hôpitaux est un système complexe et composite qui ne nous permet pas d’établir un coût unitaire fixe pour une journée d’hospitalisation (soins intensifs, réa, etc.), qui dépendra aussi de l’état de santé du patient, de ses autres pathologies, etc. »

Le coût peut en effet varier entre 1 000 et 4 000 euros par jour, avec RTL qui explique qu’une journée en réanimation coûte 3 500 euros en moyenne par jour. Quoiqu’il en soit, une chose est sûre : l’ordre de grandeur n’est pas le même. « D’évidence, un passage de plusieurs jours dans un service de réanimation, avec les matériels lourds qu’il mobilise et une surveillance médicale constante, a un coût très important. »

Pour diminuer ce coût-là, il existe une solution : la vaccination, qui réduit les hospitalisations. Selon une étude de la Drees, le service statistique des ministères sociaux, publiée le 27 août dernier, entre le 9 et le 15 août, il y a eu neuf fois plus d’entrées en soins critiques parmi les personnes non-vaccinées que parmi les complètement vaccinées. On peut rajouter à cela une autre étude de la Drees, publiée elle le 20 août. Elle révèle qu’au début du mois, il y avait eu huit fois moins de tests positifs et onze fois moins d’entrées en soins critiques parmi les personnes complètement vaccinées par rapport aux non-vaccinées.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Le coût humain

En outre, tous ces chiffres éludent une autre réalité : celle du coût humain du passage en réanimation. Dans les Bas-Rhin, 83 personnes se retrouvent hospitalisées au 28 août, dont 22 en réanimation. Et que ce soient les Covid longs, de plus en plus documentés, les traumatismes sur le personnel soignant ou tout simplement les décès, un passage en réanimation/hospitalisation possède un coût bien plus complexe et nuancé que simplement financier. Qui ne peut pas simplement être quantifié.

Qui payera le Covid ? La question est complexe et ne connaîtra de réponses que dans les années à venir. Pour le moment, on peut seulement quantifier combien la pandémie coûte concrètement. En France, c’est l’Assurance Maladie qui prend pour l’instant en charge les coûts des vaccins, des tests et des hospitalisations. Mais devra-t-on un jour payer le prix de cette prise en charge ? Avec le dé-remboursement des tests dits « de confort » pour la mi-octobre, les Strasbourgeoises, Strasbourgeois et les Français en général vont en tout cas commencer à en assumer les coûts.

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