Julius Pepperwood se réveille un matin dans le petit canapé situé dans son bureau. Un mal de crâne lui tambourine la tête. Il a résolu une enquête hier soir, ce qui appelle toujours du whiskey. Encore un peu dans le flou, ses mains tâtonnent pour trouver l’aspirine, lui rappelant à quel point l’Alsace est une terre d’innovation de la santé. Le cachet avalé dans une liqueur couleur dorée, il a l’esprit un peu plus clair. Il s’installe dans son fauteuil, prend le premier dossier de la pile et l’ouvre en souriant : le sujet ne saurait être plus actuel. Lunettes de soleil, chapeau et imper, il est prêt pour une nouvelle enquête dans sa ville. Direction : le Nouvel Hôpital civil.



La petite histoire de l’Hôpital civil

Avant de s’intéresser au NHC et à son histoire particulière, revenons un peu sur le site de l’Hôpital civil en lui-même. La première trace écrite date du 12ème siècle, 1143 pour être précis. Cet écrit permet de situer la création de l’hôpital à 1119. Cela fait donc 902 ans que l’Hôpital civil trône dans notre belle ville. Sauf que, à l’époque, il était proche de la cathédrale de Strasbourg. En effet, les nombreuses épidémies qui déciment la population strasbourgeoise au 14ème siècle font déménager l’hôpital hors de la ville, vers une certaine porte. Au nom que vous connaissez sans doute aujourd’hui : « porte de l’Hôpital ».

Depuis, l’Hôpital civil de Strasbourg est devenu une véritable ville dans la ville, avec pas moins de quarante-cinq bâtiments répartis sur plus de 23 hectares. Il se trouve sur le site de la porte de l’Hôpital depuis 1398 et, même s’il a été détruit au 18ème siècle par un incendie, quelques bâtiments historiques existent encore aujourd’hui. On peut mentionner le chœur de la chapelle Saint-Ehrard, la maison des sœurs, l’ancienne boulangerie, mais surtout la cave des hospices, que l’on peut toujours visiter aujourd’hui. On y retrouve de nombreux tonneaux de vin, des dégustations organisées et le vin blanc le plus vieux du monde conservé en tonneau, depuis 1477.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


La genèse du NHC

L’Hôpital civil de Strasbourg en tant que tel a vécu une histoire passionnante. Entre les guerres et entre deux pays, la France et l’Allemagne. Sous le contrôle de la seconde entre 1871 et 1919, il s’est considérablement développé, avec notamment la mise en place de plus d’une dizaine de cliniques et services. Revenu sous contrôle français, l’institut d’histologie en 1928, puis la nouvelle clinique ORL, l’institut d’hygiène et de bactériologie, ainsi que de la nouvelle clinique dermatologique ouvrent en 1930. Enfin, en 1936 arrive le centre de lutte contre le cancer.

Petit à petit cependant, les bâtiments commencent à se faire anciens. Des réflexions sont ainsi entamées dès les années 1980, pour construire ce qui deviendra bientôt le Nouvel Hôpital civil. D’ailleurs, si aujourd’hui le nom « Nouvel Hôpital civil » est rentré dans la langue commune, l’hôpital aurait bien pu ne jamais s’appeler ainsi. En effet, le projet s’appelait d’abord le « Pôle Coeur-Poumon ». Finalement, avec le Ministère de la Santé, il prendra le nom du Nouvel Hôpital civil au milieu des années 1990. Sa réalisation est confiée à l’architecte Claude Vasconi. Qui, pour la petite anecdote, a également conçu l’hôtel du Département.

© Tamara Leroy / Pokaa


De gros travaux pour un projet colossal

Les travaux débutent finalement en 1999, par une grosse phase de destruction. Seront alors détruits le pavillon Laennec et la « petite » dermatologie et de l’institut d’histologie, afin de laisser la place au chantier du NHC. Qui s’annonce colossal. En effet, si au départ, il devait seulement accueillir les spécialités cardio-pulmonaires médicales et chirurgicales, son programme a rapidement évolué. Les travaux débutent officiellement en 2002. Durant toute la durée de sa construction, jusqu’en 2008, le NHC a été tout simplement le plus gros chantier hospitalier de France. Coûtant près de 300 millions d’euros.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

En présence de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, et Roland Ries, fraîchement élu maire de Strasbourg, le NHC est inauguré début 2009. Avec des chiffres qui procureront une joie intense à tous les amateurs de statistiques : 22 pôles de soin, avec 715 lits, 2 700 agents dont 500 médecins, sur une surface totale de 90 000 m² répartis sur huit niveaux, dont deux situés sous la surface du sol. Clairement, nous ne sommes pas sur de l’hôpital en papier-mâché. Mais plutôt un de ces bâtiments plus modernes qui peuplent désormais l’enceinte de l’Hôpital civil, se mariant plutôt bien avec les vestiges du passé hospitalier alsacien. Et si aujourd’hui Strasbourg rayonne autant en France dans l’innovation médicale, elle le doit en partie à son NHC.

Julius Pepperwood rentre chez lui, les jambes fatiguées mais la tête claire. Il se pose dans son fauteuil, se sert un verre de whiskey et regarde par la fenêtre. Ses yeux finissent par se poser sur son tas d’enquêtes résolues, élevé mais toujours plus petit que celui de celles qu’il a encore à traiter. Il se sent subitement fatigué, comme si quoiqu’il fasse pour les habitants de sa ville, il en aura toujours plus à faire. C’est le métier, encore plus en ces temps de crises, où les repères semblent brouillés. Il inspire un bon coup, prend un nouveau dossier et l’ouvre. Là encore, cela parle de santé. Mais ce sera pour une autre fois…

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