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En Alsace, elles aident la vie intime et sexuelle des personnes en situation de handicap

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Le droit à une vie intime, affective et sexuelle est reconnu légalement aux personnes en situation de handicap depuis 2002. Pourtant, dans la pratique, elles voient toujours ce droit limité. Tour d’horizon de cinq structures alsaciennes qui favorisent leur accès à une vie intime épanouie.

La vie intime, affective et sexuelle des personnes en situation de handicap reste un sujet tabou dans notre société. Pourtant, elle est primordiale pour leur bien-être personnel. Après une rencontre avec Agathe en mars dernier, une accompagnante sexuelle qui aide ces personnes, on a eu envie de prolonger le sujet !

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Le centre de ressources INTIMAGIR Grand Est

Les centres de ressources INTIMAGIR sont un dispositif national déployé sur tout le territoire métropolitain depuis 2022. Leurs missions : informer et orienter les personnes en situation de handicap, mais aussi les aidant(e)s et professionnel(le)s concerné(e)s. Ces centres visent à garantir un premier niveau d’écoute pour toute question relative à la vie intime, affective et sexuelle (VIAS) ; à la parentalité ou aux violences sexistes et sexuelles.

Le travail de ces centres prend de multiples formes : catalogue de professionnel(le)s qui facilite l’accès aux soins, formation de professionnel(le)s, mise à disposition de ressources en accès libre, actions de sensibilisation et formations à destination du grand public, des établissements médico-sociaux ou des pouvoirs publics…

Dans toutes ces attributions, l’approche est claire : « Ne surtout pas faire à la place des personnes en situation de handicap », insiste Lolita Kindig, coordinatrice du pôle Santé et Accessibilité Alsace des dispositifs INTIMAGIR Grand Est et HandiGynéco. Ce dernier dispositif, lancé en 2024, a déjà permis de former 12 sages-femmes en Alsace. L’objectif est de doubler voire tripler ce chiffre d’ici deux ans.

« Les personnes en situation de handicap font partie intégrante de nos réflexions et de nos actions. Ce sont plutôt elles qui nous soutiennent que l’inverse », poursuit la coordinatrice.

INTIMAGIR Grand Est travaille ainsi avec des ambassadeurs et ambassadrices en situation de handicap et apporte un soutien logistique et de visibilité à leurs initiatives locales. En mars dernier a par exemple été organisée à Strasbourg une journée de réflexion et de mobilisation autour du thème « Être une femme en situation de handicap en 2026 ».

L'association À Corps de Soi

Ambassadrice d’INTIMAGIR et coorganisatrice de cette journée de mobilisation, Amélie Renaud est également présidente de l’association À Corps de Soi, qui dispose d’une antenne à Strasbourg et d’une autre à Paris. Créée en 2022 à la suite d’une première association, le cœur du projet reste le même : favoriser l’estime de soi de femmes en situation de handicap et leur permettre une réappropriation de leur corps.

Shooting photo femme situation handicap_Marylin Modica_A corps de soi
Shooting photo de Gabrielle. © Marylin Modica - À Corps de Soi / Document remis

« Être une femme et avoir une bonne estime de soi, c’est déjà pas évident. Quand un handicap vient s’ajouter en plus, c’est encore plus compliqué », relate Amélie Renaud, elle-même en situation de handicap. Or, pour cette consultante et paire-aidante, l’estime de soi est une arme efficace pour résister aux violences.

« Quand on a un handicap, on peut s’entendre dire ‘sois déjà heureuse d’avoir quelqu’un’, même s’il n’est pas très sympa. Si on remonte l’estime de soi des femmes, elles seront capables de dire : ‘C’est pas parce que je suis handicapée que je vais me contenter de quelqu’un qui va me maltraiter’. »

Shooting photo femme situation handicap_Florence Schaeffer_A corps de soi
Shooting photo de Géraldine. © Florence Schaeffer - À Corps de Soi / Document remis

Pour travailler sur l’estime de soi, l’association organise des groupes de parole ou des ateliers beauté et relooking. Mais elle est surtout connue pour son projet ELLES : donner à des femmes en situation de handicap l’occasion de s’exprimer artistiquement en étant modèles, le temps d’un shooting. Ces photos sont ensuite compilées en une exposition. Depuis 2012, une soixantaine de femmes modèles et une quarantaine de photographes ont contribué à ce projet.

« C’est magique, sourit encore Amélie Renaud. Ces femmes viennent en pensant que ça va être un simple shooting. Elles en ressortent toujours avec beaucoup d’émotion. »

L'accompagnement de Sexpair

Autre paire-aidante connue pour son activisme anti-validiste et membre du collectif Les Dévalideuses : Laetitia Rebord. Diplômée comme personne experte en situation de handicap, elle crée sa propre entreprise en 2021 : Sexpair.

Basée à Illkirch-Graffenstaden, elle multiplie les formes d’accompagnement autour de la vie intime, affective et sexuelle : animation de groupes de parole ; formation d’associations, d’institutions et de professionnel(le)s du secteur médico-social ; coaching de personnes en situation de handicap ; accompagnement de couples ou de proches-aidants… Elle est également active comme éducatrice à la sexualité sur les réseaux sociaux et anime le podcast Désir à valider.

Pour monter cette entreprise, Laetitia Rebord est partie d’un manque qu’elle a elle-même ressenti, confrontée à des difficultés pour accéder à une vie affective et sexuelle. « Je me suis demandé de quoi j’aurais eu besoin. Ce qui m’a manqué, c’est de pouvoir en discuter avec des personnes qui connaissent le sujet et qui acceptent d’en parler », raconte la paire-aidante de 43 ans.

Quand elle en avait 35, elle a décidé de faire appel à un assistant sexuel. Elle est maintenant mariée. Forte de son expérience, c’est en tant que « personne située dans ses savoirs » que Laetitia Rebord aide désormais d’autres personnes à « vivre de manière plus épanouie leur vie intime, affective et sexuelle ».

L'association APPAS

Pour trouver un assistant sexuel, Laetitia Rebord s’est tournée vers l’APPAS. Domiciliée à Strasbourg, l’association œuvre dans toute la France. Elle met en relation des personnes en situation de handicap demandeuses d’accompagnement sexuel et des accompagnant(e)s.

C’est la seule association qui existe dans le pays, et l’offre apparaît largement insuffisante au regard de la demande. En 2025, l’association a reçu 244 demandes d’accompagnement à l’échelle nationale, pour seulement 42 accompagnant(e)s en activité.

Les demandes d’accompagnement sexuel reflètent la persistance de tabous moraux autour de la sexualité des personnes en situation de handicap, particulièrement les femmes. Selon Christine Pieters, membre de l’APPAS et accompagnante, moins de cinq femmes par an font une demande d’accompagnement sexuel.

Pourtant, les retours d’expérience de celles qui ont sauté le pas sont largement positifs. « Je me disais qu’à cause de mon handicap, je ne pourrais jamais avoir accès à la sexualité. J’ai découvert qu’avant d’être une personne handicapée, j’étais avant tout une femme », témoigne ainsi Mélaine B.

Mais l’accompagnement sexuel, légalisé dans de nombreux pays voisins, reste légalement vu comme de la prostitution en France. Même si, à la connaissance de l’APPAS, « aucune procédure n’a jamais été entamée dans le cadre d’un accompagnement sexuel en France », les bénéficiaires sont officiellement vu(e)s comme des client(e)s de prostitué(e)s et l’APPAS comme proxénète. Cette activité reste donc théoriquement passible de poursuites pénales.

L'association Ô delà de la lune

Créée en 2020 juste après le confinement, Ô delà de la lune est une association établie à Rosheim. Elle s’engage dans la prévention contre les violences sexuelles, pour les personnes en situation de handicap, mais pas que.

« L’association est née de la rencontre de deux univers : l’accompagnement éducatif et le théâtre », rapporte Émilie Fort, cofondatrice de l’association et éducatrice spécialisée. Avec Claudia Pellerin, comédienne et artiste, elle organise des groupes de partage et d’expression artistique. La pluridisciplinarité constitue l’ADN de l’asso. L’équipe croise les regards de psychiatres, médecins généralistes, psycho-sexologues, sages-femmes, enseignant(e)s…

Pour les personnes en situation de handicap, des groupes de parole sont organisés dans des institutions médico-sociales. Les thèmes abordés sont variés et dépendent des envies des personnes concernées : puberté, relations amicales et amoureuses, vie de couple, désir d’enfant… Ici aussi, la priorité est de « favoriser la circulation des savoirs entre personnes en situation de handicap », souligne Émilie Fort.

La présidente de l’association se voit comme une « facilitatrice », qui n’apporte des compléments d’informations que si c’est nécessaire.

Mais ces groupes de parole restent ponctuels : les institutions peuvent être « frileuses, manquer de temps » ou « préfèrent former des professionnels en interne », énumère Émilie Fort. L’association est en plus en cours de restructuration. Pour plus d’informations sur les actions reconduites, il faudra attendre la rentrée.


Psst ! Vous êtes un(e) professionnel(le) concerné(e) et vous souhaitez vous engager en faveur de la vie relationnelle, affective, intime et sexuelle des personnes en situation de handicap ? Rejoignez le réseau VRAIS Alsace !

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