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Retour au lycée : entre cours et resto, immersion avec 570 élèves près de Strasbourg

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Le lycée marque une étape charnière, entre adolescence et premiers pas vers l’âge adulte. Les choix se précisent, les amitiés se transforment et l’avenir commence vraiment à se dessiner, souvent avec un bon goût de liberté. Dans la rédaction strasbourgeoise de Pokaa, on a eu envie d’y remettre les pieds. Le lycée professionnel Aristide-Briand nous a ainsi ouvert ses portes le temps d’une journée. Préparez-vous, la sonnerie ne va pas tarder à retentir.

« Les profs sont toujours en vacances », « l’insécurité règne dans les écoles publiques », « les élèves ne s’intéressent plus à rien »… Depuis plusieurs années, ces généralités se multiplient sur les réseaux sociaux, dans les discussions familiales, etc.

Pourtant, la réalité du terrain mérite une attention plus fine : classes parfois surchargées, personnel sous-payé vis-à-vis du niveau d’études ou des qualifications, manque d’écoute…

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lycée Aristide Briand
© Anthony Jilli / Pokaa

En quittant la frénésie qui entoure l’Éducation nationale, on a eu envie de ralentir. Notre objectif ? Après avoir travaillé un an à l’école primaire Ampère en 2020-2021, on a voulu vous montrer ce qu’on a vraiment vu sur le terrain. À l’instar des propos évoqués plus haut, cet article ne cherche pas à ériger des cas particuliers en généralités. Chaque école primaire, collège, lycée fonctionne différemment. D’ailleurs, dans les grandes lignes, ils sont respectivement gérés par les communes, les départements et les régions. Sauf pour les enseignant(e)s et les programmes qui relèvent de l’État.

Avec l’aide du rectorat de l’académie de Strasbourg, et après une immersion dans un collège, on a eu envie de pousser le portail de l’établissement Aristide-Briand de Schiltigheim. Une commune de l’Eurométropole qui fait face à un taux de pauvreté élevé et une vulnérabilité sociale qu’on retrouve dans le public accueilli dans ce lycée professionnel. Ce qui n’empêche personne d’avoir de belles ambitions ! 

Avec 70 enseignant(e)s, il compte 570 élèves en bac pro et CAP, et dispose aussi d’une ULIS Pro, d’une UPE2A et d’une 3PM. Respectivement pour celles et ceux en situation de handicap, allophones et pour des 3e intéressé(e)s par la prépa-métiers. La politique d’inclusion est donc très forte. 

Une matinée variée, entre boutique de vêtements, blouse blanche et cuisine

8h32 : le sketch de vente peut commencer

Un sketch de vente avec jeu de rôle en bac pro Commerce, avec les terminales de M. Seddiki, ça vous tente ? 

La classe comporte tables, chaises et tableaux, mais il y a aussi des rayons, une caisse et même des vêtements pour s’entrainer en tant que vendeur/se. « Bonjour Madame, bienvenue dans notre boutique, nous avons une nouvelle collection, elle peut vous intéresser ! » 

Pour quelqu’un qui n’a connu que le lycée général, la situation interroge. Puis très vite, Tony, Carla ou encore Aimée prennent la parole : « On se sert des cours et de nos stages pour améliorer nos discours, éviter de faire certaines erreurs. Les simulations permettent aussi d’apprendre à avoir confiance en soi, à gérer le stress. » L’intérêt final ? Les aider à trouver leur voie et des contrats d’embauche. 

M. Seddiki précise : « Après trois ans de formation, ils ont une maturité professionnelle et c’est super de pouvoir leur transmettre des connaissances. »

lycée Aristide Briand
M. Seddiki. © Anthony Jilli / Pokaa

9h13 : et si on fabriquait un rouge à lèvres ?

Avec une blouse blanche et une charlotte sur la tête, le prochain cours s’annonce curieux. En bac pro Production en industries pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques, la classe de seconde de M. Dissay est en laboratoire. Divisée en groupes, elle fabrique un gel douche, un lait pour le corps, une crème et un rouge à lèvres. 

Il nous explique : « Au cours de l’année, les élèves apprennent les protocoles de sécurité car on utilise des produits dangereux, le fonctionnement des machines, l’hygiène à avoir en labo, etc. » Pour ce faire, ils commencent par fabriquer une salade de fruits, puis des gélules, et devant nos yeux des cosmétiques. 

Noémie, 15 ans, confirme qu’au début de la formation, tout ceci était « très impressionnant, surtout quand il faut faire des calculs dans les préparations. On ne peut pas se tromper, sinon ça ne marche pas. C’est un peu comme en pâtisserie. »

10h02 : de la musique metal dans les oreilles et un travail d’équipe

Avec son affiche du Hellfest dans son bureau, David, 57 ans, arbore un grand sourire. Grand fan de musique metal et magasinier, c’est lui qui commande et réceptionne les marchandises dont a besoin le lycée. Il prépare aussi le matériel des travaux pratiques (TP).

Après un bac pro Comptabilité et plusieurs années dans l’entreprise Heineken, il a fait une reconversion professionnelle et travaille depuis huit ans à Aristide-Briand. « Il faut faire attention aux budgets tout en respectant les demandes des profs, il faut donc savoir négocier les prix. Ce que j’aime vraiment, c’est le contact avec les élèves et les livreurs, c’est enrichissant. Sans oublier le travail d’équipe ! »

Ça tombe bien, dans cette partie du bâtiment, il n’est pas seul. Du côté de la cantine scolaire, il y a Anastasia et Mohamed, 36 et 60 ans. Originaire d’Ukraine, elle est cheffe de cuisine et est en France depuis quatre ans : « Je prépare notamment les desserts et j’adore cuisiner. » Lui est agent de restauration et il est le spécialiste des pizzas et de la cuisine italienne. 

D’ailleurs, la demi-pension qui sert jusqu’à 100 couverts a un rôle social. Pour de nombreux/ses élèves, il s’agit du seul repas complet de la journée !

Avant le rush du midi, le restaurant d’application nous ouvre ses portes

10h44 : en cuisine et en salle, une équipe multiculturelle et de jolies assiettes

Tournedos de saumon, bayaldi d’agneau et de veau, crousti-cacahuète avec glace banane-persil : les assiettes de démonstration sont dressées en cuisine, 1h avant le début du service. 

La cuisine d’application du lycée est aujourd’hui gérée par M. Pignon et M. Montaudié. « Pour ce TP de bac pro Métiers de l’hôtellerie-restauration autour de la préparation du repas de midi, on a créé une brigade pour servir environ 40 couverts avec des premières et des terminales. »

Ce restaurant accueille de véritables client(e)s, avec des personnes qui viennent parfois depuis 30 ans.

Ici, la théorie se mélange à la pratique avec pédagogie et sérieux, pour se rapprocher le plus possible d’un véritable restaurant. M. Pignon décrit ce fonctionnement : « C’est super enrichissant de travailler avec des 16-20 ans. Ce qui est beau ici, c’est d’avoir une brigade et des classes multiculturelles, ça apporte beaucoup en cuisine. On a des lycéens avec des origines géorgiennes, turques, etc. »

Une belle ambiance que partagent les élèves rencontré(e)s, comme Sélia, Éléna, Maxence ou encore Jessy. « En vrai, le plus dur, c’est de savoir quel métier on veut faire après, en cuisine ou non. »

En salle, c’est M. Lecoq et M. Rein qui font respecter la cadence. Après que la cuisine soit venue présenter le menu du jour à 27€, place à une démonstration du cocktail avec ou sans alcool.

Chaque lycéen(ne) choisit son rôle, maître d’hôtel, derrière le bar, au service, etc. Les professeurs voient aussi avec le groupe quelles sont les réservations du jour et la disposition de la salle. L’intérêt ? Améliorer leur contact avec les client(e)s en plus de leurs stages dans plusieurs adresses : aux Fines Gueules et au Quai de l’Ill pour Haron, 17 ans, au Schnockeloch et au Baeckeoffe d’Alsace pour Lydia, 16 ans.

Vous voulez tester le restaurant d’application ? Il suffit de cliquer ici !

Un après-midi sous le signe des rencontres, entre talents, café et bureau de la proviseure

13h31 : « On passe beaucoup de temps au lycée, on veut le rendre plus intéressant »

L’objectif grandissant du lycée Aristide-Briand est de renforcer le sentiment d’appartenance, comme l’explique Arièle Gary, proviseure. Comment ? Par exemple grâce au Conseil de la vie lycéenne (CVL) et à la Maison des lycéens (MDL), qui comportent en tout 20 élèves : dont Aimée, Éloïse, Manuela, Coumba, Haron…

Aimée, en terminale Commerce : « C’est vraiment cool d’essayer d’améliorer la vie des élèves. On passe beaucoup de temps au lycée, on veut le rendre plus intéressant et ça permet aussi de voir d’autres facettes de nos camarades. »

La conseillère principale d’éducation (CPE), Mme Perry, poursuit : « En organisant des événements, ils découvrent aussi de nouvelles compétences qui seront utiles tout au long de leur vie. »

En pêle-mêle : création d’une vidéo contre le harcèlement scolaire, Journée des nationalités avec vêtements traditionnels, vente de sucettes à la Saint-Valentin, lutin caché à Noël… Et une journée des talents avec un concours, organisée cette année le 7 mai au Cheval Blanc avec 11 candidat(e)s, à Schiltigheim. Sur scène, humour, guitare, rap et d’autres prestations se succèdent.

Manuela a gagné l’année dernière en tant que chanteuse, avec un beau prix. « C’était un super événement et le premier prix c’était deux places pour Europa-Park, j’étais très contente. »

14h06 : « Ces projets demandent beaucoup d’engagement aux professeurs »

D’autres projets sont aussi mis en place, cette fois-ci grâce au personnel enseignant. En Biotechnologie, Mme Dietsch organise des sorties à la Ferme Bussierre pour travailler la cuisine autour des quatre saisons. Avec Mme Jeanneret, en allemand, les élèves profitent d’une section européenne en partenariat avec des hôtels 5 étoiles et « ont même gagné un concours de slam ». 

lycée Aristide Briand
Une partie des professeur(e)s rencontrée(e)s. © Anthony Jilli / Pokaa

Il y a aussi Eramus+, en anglais avec Mme Demichel, qui permet aux jeunes de découvrir d’autres pays au sein de lycées hôteliers, dont certains en Irlande. Mais aussi : un concours d’éloquence qui forme les lycéen(ne)s avec M. Chretien-Lalloz ; la création d’un jardin pédagogique et un partenariat avec l’Opéra du Rhin avec Mme Dotti.

Sans oublier le Projet Café des bac pro Pipac, comme le développe M. Oertel, enseignant en Génie biologie : « On veut créer des liens entre les formations au sein du lycée. Les élèves ont visité l’entreprise Cafés Sati, notre partenaire, et depuis mai 2023 on a notre propre café Aristide-Briand, qui s’appelle Fusion Latine. Depuis novembre 2024, on fournit même le restaurant d’application. »

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© Nicolas Kaspar / Pokaa

La proviseure conclut cette rencontre, en rappelant que « ces projets demandent beaucoup d’engagement et de temps aux professeurs. Tout ça, c’est impossible sans eux ».

14h42 : de classe en classe

On file ensuite dans le CAP Propreté et prévention des biocontaminations avec les premières années de Mme Hoch. « Ici, les élèves découvrent l’entretien de locaux. Ils apprennent les procédures, les techniques de nettoyage, à utiliser le matériel et les règles de chaque structure. Car ils travailleront ensuite dans des hôpitaux, dans des Ehpad, chez des vétérinaires, etc. » 

Ce qui est rassurant avec cette filière, c’est le taux d’employabilité. « Il est très fort, dans ce domaine d’activité les entreprises cherchent des employés. »

Nouveau couloir, nouvelle classe, ou plutôt nouveaux fourneaux. Après la cantine scolaire et le restaurant d’application, bienvenue à la cuisine « Chez Aristide » avec Mme Dietsch et les premières années en CAP Production et service en restauration.

Ici, Ophélia, Lejla et les autres élèves se forment pour travailler dans des cantines de collectivité, des cafétérias, des Ehpad ou encore des hôpitaux. Ylan aime particulièrement ces cours, « ça change du quotidien, on apprend énormément de choses, et même si c’est un travail qui est parfois dévalorisé dans la société, il reste important ».

lycée Aristide Briand
À droite, Mme Dietsch. © Anthony Jilli / Pokaa

On termine avec le bac pro Métiers de la relation client, dans la filière Accueil, avec des élèves de Mme Landeau. Là aussi, la pratique est très importante. « Elles ont déjà organisé plusieurs événements pour se former à accueillir des clients, notamment à la Maison de la Région Grand Est ou au sein du lycée. Il y a une belle cohésion de groupe. » 

« Les débouchés sont nombreux, surtout dans le tourisme, mais aussi en tant qu’agent d’accueil, réceptionniste, dans les banques, dans l’événementiel, etc. » 

16h34 : direction le bureau de la proviseure

Avant de terminer cette journée dans le bureau de la proviseure, on prend aussi un moment pour discuter avec Laurence Breining, directrice déléguée aux formations professionnelles et technologiques. Auparavant enseignante, elle accompagne notamment les élèves dans leurs expériences en entreprise.

« Les stages sont importants dans leur quête du diplôme, l’école est là pour accompagner ces jeunes à intégrer la vie active. Mon rôle est aussi de trouver de nouveaux partenariats avec des entreprises et de conseiller la proviseure. C’est un métier enrichissant. » C’est aussi elle qui acceptera votre réservation au restaurant d’application si vous venez tester leurs menus !

lycée Aristide Briand
Laurence Breining. © Anthony Jilli / Pokaa

Avant de ranger appareil photo et carnet, on prend un dernier moment avec Arièle Gary, la proviseure. « Le quotidien d’un lycée n’est pas toujours simple, mais le personnel et les professeurs ont une grande conscience professionnelle ici. Les parents se sentent à l’écoute et on arrive de plus en plus à faire rayonner l’établissement en-dehors de ces murs. »

Elle rappelle également qu’à la rentrée 2025, 50% de l’effectif des entrants provient des collèges de l’Eurométropole classés en réseau d’éducation prioritaire (REP) ou réseau d’éducation prioritaire renforcée (REP+). À titre d’exemple, l’indice de position sociale du lycée Aristide-Briand, qui n’est pas en REP ou REP+, a atteint 73,7 l’année dernière, ce qui est dans la même tranche que les établissements REP+ qui avoisinent les 71.

« Cet indice résume les conditions socio-économiques et culturelles des familles. Dans notre cas, il montre qu’on fait face à des fragilités et des disparités sociales au même titre que des établissements en REP+. De plus, 45% de nos élèves en 2024 sont boursiers, dont près de la moitié à taux plein. Pour continuer à améliorer leur scolarité, on aurait besoin d’un deuxième CPE. »

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Arièle Gary, proviseure, et Mme Perry, conseillère principale d’éducation. © Anthony Jilli / Pokaa

Elle conclut : « Beaucoup de personnes pensent connaître le métier de professeur, mais ce n’est pas le cas. Être professeur, ce n’est pas juste préparer des cours et venir en classe. C’est être là pour les élèves, répondre à leurs doutes et à leurs peurs, les aider à trouver leur orientation, pour qu’ils deviennent des citoyens responsables. »


Un grand merci au lycée Aristide-Briand pour son accueil et bonne chance aux lycéen(en)s pour le bac ! 

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