En ces temps de pandémie de coronavirus, on remarque finalement que tous ceux qui disaient au Nouvel An « et surtout, hein, le plus important c’est la santé » sont finalement ceux qui avaient mis le doigt sur l’essentiel. Puisqu’on n’acceptera jamais de leur dire ça – parce qu’ils sont quand même relous – on a préféré s’intéresser au fait que, dans le domaine de la santé et de l’innovation médicale, Strasbourg pèse fortement dans le game. Plongez donc avec nous dans un monde de blocs opératoires, de nouvelles start-ups, d’opérations transatlantiques et d’acronymes en tout genre.
Le début de l’aventure. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Le Nouvel Hôpital Civil comme premier gros projet d’un Strasbourg médical

Si aujourd’hui, notre belle capitale alsacienne rayonne dans le domaine de l’innovation médicale, tout comme Rome, cela ne s’est pas fait en un jour. Au moment de la première élection de notre Ries à nous, en 2008 donc, a ouvert le Nouvel Hôpital Civil, un projet pas piqué des hannetons. Huit ans de travaux avec un objectif : regrouper un tas de spécialités médicales, pour mieux travailler ensemble, et surtout plus vite.

Pour les amoureux de chiffres, ce sont 22 pôles de soin : 715 lits, 2 700 agents dont 500 médecins, sur une surface totale de 90 000 m². On n’est pas sur de l’hôpital en carton-pâte. Un gros zeste de modernité dans l’enceinte de la Faculté de médecine, dont certains bâtiments sentent bon le 15ème siècle. Le tout dans un quartier tout calme et très joli. Pour attirer de l’investisseur étranger, on coche toutes les cases de l’attractivité.

© Nicolas Kaspar / Pokaa

Le projet Nextmed

Tout ce que l’on va découvrir aujourd’hui est incorporé dans le projet Nextmed, un campus médical qui comprend quatre domaines d’activités stratégiques : chirurgie mini-invasive, robotique médicale, implants et biomatériaux et e-santé. Il faut dire que l’ambition est forte : devenir la référence européenne pour la médecine et la santé de demain

Le projet Nextmed. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Pour cela, depuis 2012, Strasbourg a mis les petits plats dans les grands. Premier exemple : l’hôtel pour entreprises innovantes PH8. Cette dernière est une pépinière pour des start-ups et un exemple de la volonté strasbourgeoise de réutiliser des espaces laissés vacants pour les re-pimper. Une façon d’allier modernité et patrimoine, dans plus de 30 hectares dédiés à l’innovation médicale.

La pépinière d’entreprises PH8. © Nicolas Kaspar / Pokaa

L’IRCAD, berceau de la première opération transatlantique

On part donc à la découverte de Strasbourg et ses secrets médicaux ! Déjà, Strasbourg possède en son sein l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif, ou IRCAD de son petit nom. Il voit le jour en 1994, créé par le professeur Jacques Marescaux, une pointure de chez les pointures, et se vite fait remarquer sept ans plus tard. Le 7 septembre 2001, Jacques Marescaux et son équipe ont réalisé la première opération transatlantique, entre la France et les États-Unis. Rendez-vous bien compte : ils étaient à New-York et, par la magie de la fibre optique, ils ont opéré une patiente, une ablation de la vésicule biliaire, qui était à Strasbourg. Avec deux ingénieurs de France Télécom, ils ont réussi là où l’armée américaine avait échoué. Cocorico Strasbourg j’ai envie de dire.

Jacques Marecaux, ponte de la médecine. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Il y a mille autres anecdotes à raconter sur cette opération, mais elle montre déjà à quel point Strasbourg savait faire des choses au niveau de la robotique et de la médecine adaptée aux nouvelles technologies. Depuis, l’IRCAD a bien grandi et est réputé mondialement dans les domaines de l’informatique, de la robotique et de l’imagerie médicale appliquées à la chirurgie mini-invasive. En d’autres mots : comment transformer quelque chose que l’on ne comprend pas en quelque chose de compréhensible.

C’est aussi un institut qui forme 6 200 chirurgiens du monde entier par an, dans plus de 120 pays, ainsi que 363 000 membres actifs engagés dans la communauté de WebSurg, la première université virtuelle mondiale de chirurgie. Et surtout, il a des frères et sœurs à l’international : à Taiwan, au Brésil, à Beyrouth et bientôt au Rwanda (avec un Alsacien à l’architecture), en Chine et aux États-Unis, l’objectif est d’avoir une présence dans tous les continents pour la possibilité d’être connecté avec les blocs opératoires du monde entier. Strasbourg pèse.

L’IHU, ou faire émerger la chirurgie hybride mini-invasive guidée par l’image

Deuxième gros arrêt dans le tour du « pourquoi à Strasbourg nous sommes des pionniers de l’innovation médicale » : l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg (IHU). En quelques mots simples, et non anglicisés, c’est un institut qui a pour but de développer des thérapies les moins invasives possibles, en remplaçant la technique lourde et si possible en ambulatoire sans hospitaliser les patients. Son directeur est le professeur Benoît Gallix depuis le 1er janvier 2020, en remplacement de Jacques Marescaux, le Zizou strasbourgeois de la médecine.

Benoît Gallix, directeur de l’IHU. © Nicolas Kaspar / Pokaa

L’institut est relativement récent, puisqu’il date de 2011. Toujours dans la volonté de dynamiser Strasbourg et rendre la ville incontournable dans le domaine médical, l’université de Strasbourg et les hôpitaux universitaires de Strasbourg s’associent avec le CNRS, l’Inria, l’INSERM, l’institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif (Ircad), le pôle de compétitivité Alsace Biovalley et des industriels français et allemands, dans le cadre d’un appel à projet concernant les investissements d’avenir, lancés par le gouvernement Sarkozy. Cette super-team, les Galactiques pour les nostalgiques du football, propose le projet MIX-Surg, qui cherche à développer la chirurgie hybride mini-invasive guidée par l’image.

Concrètement ça signifie quoi ? Utiliser la chirurgie endoscopique et la robotique pour minimiser l’agressivité des gestes et optimiser la vitesse de l’entrée et sortie du patient du système hospitalier. Une opération rapide, efficace et qui laisse peu/pas de traces sur le patient. Et puisqu’à Strasbourg, on n’a pas seulement la choucroute, on a aussi des idées, le projet de l’IHU est classé premier de France en mars 2011 et les financements de l’État n’attendent pas. Dès lors, l’IHU va désormais chercher à créer des liens entre les médecins et les ingénieurs, et notamment avec les plus jeunes, de façon à toujours rester au top de l’innovation. Le tout dans un objectif de développement le plus local possible. Dernière innovation en date – mais qui n’est pas encore sortie : réaliser une cartographie de la Covid-19 pour traiter le problème plus efficacement.

Le bloc opératoire de l’IHU : trois salles pour une bonne ambiance

Fans de Grey’s Anatomy, attachez vos blouses et mettez vos charlottes, parce que ça va décoiffer. Puisque la théorie c’est bien, mais la pratique c’est quand même mieux, on a pu faire le parcours d’un patient de l’IHU et visiter le bloc opératoire. On a même pu passer deux secondes observer une opération en direct. Le bloc sert aux opérations de routine mais aussi pour l’éducation des étudiants et honnêtement, c’est vraiment cool. On arrive dans la salle d’attente individualisée, on se change, on met sa blouse, sa charlotte et ses chaussons et on se dirige tranquillement vers un siège, où l’on attendra d’être pris en charge.

Les salles sont immenses, hyper bien équipées et lumineuses. À propos, les salles peuvent être éclairées de différentes couleurs. Pour la simple et bonne raison que selon certaines couleurs, on voit mieux certains organismes. En radiologie, on privilégiera par exemple le bleu ou violet. On arrive devant une bien belle bête : un scanner Siemens – partenaire privé de l’IHU. Il n’en existe pas beaucoup d’autres de ce type en Europe, donc cocorico Strasbourg une nouvelle fois. À ce scanner s’allie une machine IRM, mais aussi un procédé qui se nomme « Visible patient », une sorte de GPS amélioré, qui permet de réaliser des simulations pré-opératoires.

Tout cela permet au patient d’avoir un parcours et un suivi, puisque tout est déjà sur place. On peut en effet vérifier la pathologie et la traiter de suite, le tout pour être plus rapide et d’avoir le traitement adapté beaucoup plus rapidement. Alors que l’obésité est en hausse et que cancer colo-rectal est toujours le deuxième cancer le plus mortel en France, avec 43 336 nouveaux cas estimés en 2018, et a récemment emporté Chadwick Boseman, Strasbourg se trouve à la pointe d’une technologie qui a comme objectif d’établir un standard international pour le traitement précis et personnalisé des maladies abdominales.

Le scanner de l’amitié. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Le biocluster des Haras

Jacques Marescaux est définitivement une grande présence à Strasbourg, puisqu’il a aussi dirigé la rénovation des Haras, vestiges du royaume de France en Alsace. En 2009, toujours dans l’objectif de faire de Strasbourg ze place to be de la médecine de demain, la Ville a accordé à l’IRCAD un bail emphytéotique de 52 ans. Pour les non-spécialistes d’immobilier dans la salle, un bail emphytéotique c’est un bail longue durée où le locataire est un quasi-propriétaire du bien pour lequel il paie un loyer modique en raison de la durée du contrat.

Dans le cas de l’IRCAD, elle possède donc les lieux, mais également des parts dans les sociétés qui exploitent la brasserie (avec la famille Haeberlin) et l’hôtel (avec la famille Scharf). Parce que oui, les Haras c’est un joyeux mélange entre le médical, le luxe et le miam-miam : un restaurant, un hôtel 4 étoiles et ce qui est nommé un « biocluster », c’est-à-dire une pépinière de start-ups censée développer des technologies mises au point par l’IRCAD et l’IHU. Le tout dans des décors qui mêlent la tradition et le nouveau.

Le GEPROVAS : travailler sur les explants pour améliorer la santé des patients dans le domaine cardio-vasculaire

Enfin, dernier stop dans le grand tour du Strasbourg version médicale, le Groupe Européen de Recherche sur les Prothèses Appliquées à la Chirurgie Vasculaire, ou GEPROVAS pour ceux qui arrivent à le prononcer distinctement la première fois. Le but de ce groupe : travailler sur les explants, les implants que l’on retire des patients, dans le domaine cardio-vasculaire. Créé en 1993 par les professeurs Nabil Chakfé et Bernard Durand, le groupe rassemble depuis 2011 patients, chirurgiens, experts en textile, expert en mécanique autour d’une cause commune : l’amélioration des dispositifs médicaux vasculaires et de la sécurité des patients.

Alors que ces explants finissaient généralement à la poubelle, le professeur Nabil Chakfé décide donc de travailler dessus. Avec un changement de locaux, et un développement qui se réalise avec beaucoup de jeunes, le GEPROVAS peut désormais innover de toutes parts. Avec des tests, de l’éducation, de la formation et du suivi avec des études cliniques et l’analyse des explants, une salle immersive et une salle d’opération avec un sol intelligent, on a encore là un exemple que Strasbourg attire plus de stars dans le domaine médical que dans le domaine footballistique.

Strasbourg a donc un site médical aussi beau architecturalement avec ses vieux bâtiments qu’innovant dans les nouvelles technologies. Le CHU de Strasbourg est le 4ème meilleur de France, l’emploi des jeunes est favorisé et c’est une nouvelle vision de la médecine qui y est développée, sous un mantra : quand on travaille ensemble, on travaille mieux. Et alors que le domaine de la santé est de plus en plus important dans nos modes de vie, il est bon de savoir qu’à Strasbourg, on est bien entouré par la technologie.

<3. © Nicolas Kaspar/ Pokaa

*Article soutenu mais non relu par la Direction du Développement Économique et de l’Attractivité de la ville de Strasbourg

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