L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération

C’est une petite révolution qui est en train de voir le jour du côté du quartier du Neudorf. La brasserie Bendorf, bien connue pour ses bières aux saveurs osées et le design bien perché de ses étiquettes, a décidé de devenir l’un des deux pionniers de la consigne de verre au niveau local. L’équipe propose désormais des bouteilles qui arborent discrètement un petit logo noir, qui indique que la bouteille est consignée. Écologie, anti-gaspi, gain d’argent pour le consommateur, vous l’avez compris, cette petite étiquette aux grandes vertus n’est pas là que pour faire joli, surtout si toutes les brasseries du coin s’y mettent ! On vous explique pourquoi ces tout premiers pavés dans la marre pourraient bientôt tout chambouler.



Les Alsaciens, champions toutes catégories des bouteilles consignées !

À l’heure de la chasse au plastique, l’Alsace fait figure de bonne élève concernant le réemploi des bouteilles en verre consignées. Alors que le reste de la France ne semble être que trop peu concerné par cette pratique, qui avait pourtant connu ses heures de gloire dans tout l’hexagone avant les années 60, les Alsaciens y restent très attachés. Pas étonnant que près de 25 millions de bouteilles consignées soient récupérées chaque année en Alsace. Par l’intermédiaire du milieu de l’hôtellerie d’une part, mais aussi grâce à des machines à « déconsigner », souvent placées directement à l’entrée des supermarchés de la région, qui gobent les bouteilles afin de les réincorporer dans la chaîne de production des grandes brasseries comme Fisher, Kronenbourg ou encore Meteor contre un avoir de quelques centimes.

© Bastien Pietronave

Rappelons que les bouteilles recyclées sont concassées puis fondues, un procédé très énergivore et donc polluant. La consigne quant à elle, permet de réutiliser la bouteille « à l’infini » en la lavant. Pas d’achat ni de circulation inutile de bouteille. On comprend mieux les enjeux.

En moyenne, lorsqu’un Alsacien se rend dans une grande surface pour acheter de la bière, 30 % des bouteilles qu’il croisera sur son chemin sont consignées. Des bouteilles qui, lorsqu’on les rapportent en magasin, offrent généralement un avoir de 20 centimes (par bouteille) de 75 centilitres sur le prochain achat. Pour autant, on peut facilement constater en les observant que les bouteilles des petites brasseries ne sont pas consignées. Réorganisation de la logistique, investissements, coûts supplémentaires difficilement prévisibles, problème de stockage, main d’œuvre ou encore sensibilisation du public : de nombreux obstacles barrent la route de la consigne aux petites brasseries alsaciennes. Trop cher, trop lourd, trop gros. Pourtant Bendorf tient le pari que le système de consigne est viable, même à petite échelle.

Ben et Felix © Bastien Pietronave


Les prémices d’une révolution portée par deux micro brasseries Alsaciennes

Toutes les bouteilles en verre ont techniquement le profil pour être consignées, rapportées par le consommateur et réutilisées par l’une ou l’autre brasserie pour contenir à nouveau leur précieux liquide houblonné. Mais la tâche est trop grande pour ces petites structures qui ont pourtant conquis depuis des années le cœur et le palais des Alsaciens, et plus particulièrement des Strasbourgeois, adeptes des breuvages proposés par ces micros brasseries réputées.

La brasserie artisanale Bendorf, qui suit l’exemple de la brasserie La Narcose à Scharrachbergheim, fait donc partie de ces entreprises novatrices et conscientes des enjeux écologiques qui sont désormais convaincues que le système de consigne, même à petite échelle, peut être bénéfique pour tous. Pour le client qui consomme les bières et pour l’entreprise qui jouerait le jeu de la consigne et qui n’aurait donc théoriquement plus besoin d’acheter des bouteilles, dont le coût est situé entre 15 et 33 centimes par contenant. C’est pourquoi, d’ici la fin du mois de janvier 2021, la brasserie sera équipée d’un terminal pour laver des milliers de bouteilles rapportées par les Strasbourgeois. La première à Strasbourg qui les lavera au lieu de les expédier et d’en acheter des neuves.

Ben © Bastien Pietronave


Un investissement de plus de 25 000 euros pour un tout nouveau modèle économique

En Alsace, Bendorf est donc l’une des deux seules micro brasserie à consigner ses bouteilles. Bien évidemment, l’investissement que constitue ce terminal de lavage est lourd, mais il permet à Benjamin, le dirigeant de Bendorf, d’enfin agir concrètement sur le sujet du réemploi des bouteilles en verre. Déjà plusieurs années que les acteurs du secteur se réunissent pour tenter de trouver des solutions plus vertueuses et économiquement viables. Il fallait simplement agir pour les choses se décantent. Ben nous raconte :

« Il y a trois ans, avec l’équipe de Kyo Kombucha, nous avons lancé des discussions autour de la consigne, mais le constat était amer, on semblait un peu démunis. Et puis peu à peu des solutions ont été trouvées. L’idée est de proposer une consigne collective, qui permettrait de collecter également les bouteilles des autres brasseries. Il fallait commencer quelque part alors je me suis lancé, en espérant que les autres suivront. Une fois que l’on aura réceptionné la laveuse et qu’elle sera mise en marche, on ne stockera quasiment plus de bouteille. En fait, on pourra les nettoyer à l’infini, comme on l’entend et les réutiliser en fonction de la demande. Pour l’instant, quelques centaines de bouteilles ont été collectées depuis début décembre, c’est déjà pas mal sachant qu’il faut désormais sensibiliser nos clients à cette nouvelle démarche ».

L’amour © Bastien Pietronave

Bien sûr, le lavage a également un coût, Ben estime que le rinçage de chaque bouteille lui coûtera entre 10 et 15 centimes. Un coût qui s’ajoute à celui de la recherche et du développement, notamment pour les étiquettes thermorétractables et thermocolantes qui s’enlèvent en un clin d’œil, heureusement pour l’équipe qui aurait bien eu du mal à les enlever à la main. Des détails qui, mis bout à bout, rendent la tâche assez lourde et l’investissement pesant pour un projet assez osé, au succès difficilement prévisible.


Et alors, comment ça fonctionne et surtout qu’est-ce qu’on gagne ?

Une fois vidées, je peux déposer mes bouteilles directement chez le revendeur, là où j’ai acheté mes bouteilles.

  • Pour chaque bouteille de 75 centilitres déposée, je reçois un avoir de 10 centimes ou la somme m’est rendue
  • Les bouteilles de 33 centilitres sont en « retour volontaire », je ne bénéficie pas d’avoir pour ce format ni de retour d’argent

Dès aujourd’hui, chaque bouteille de Benforf achetée peut être retournée chez les revendeurs partenaires. Des bouteilles que l’on aime bien vider auxquelles nous donnerons désormais une nouvelle vie. Avec cet ambitieux projet qui arrive désormais à son terme, Ben et son équipe veulent montrer qu’un système de consigne globalisé est possible, qu’il est utile pour le porte-monnaie et surtout pour la planète. Un système qui, s’il se globalise (et c’est l’ambition), permettra de mettre en place une économie circulaire fonctionnelle, de réduire les transports et de donner un petit coup de pouce à nous, les fans de pintes bien fraîches !

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