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Nappe phréatique : entre canicule et sécheresse, y a-t-il assez d’eau pour toute l’Alsace ?

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Depuis la fin juin, le niveau de la nappe phréatique d’Alsace a franchi le seuil de vigilance dans le Ried, amenant la préfecture à déclencher l’alerte sécheresse. Les fortes chaleurs et l’absence de pluie font craindre pour les écosystèmes, alors que l’Alsace est en vigilance orange canicule depuis ce 10 juillet. 

Sous nos pieds se trouve la plus grande réserve d’eau d’Europe de l’Ouest, la nappe phréatique rhénane ou nappe d’Alsace pour nous autres Alsacien(ne)s. Près de 6 millions de personnes en France, en Allemagne et en Suisse, dépendent d’elle pour leur approvisionnement en eau.

« On parle souvent de 35 milliards de mètres cubes d’eau pour la partie alsacienne de la nappe, explique Victor Haumesser, chargé de communication pour l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona). Si on mettait toute l’eau qui est contenue dans la nappe phréatique d’Alsace à la surface, on aurait un lac de 12 mètres de profondeur sur tout le territoire. » Cette réserve fournit à elle seule 80% de notre consommation d’eau potable et est indispensable à l’économie de la région. « C’est un trésor inestimable. »

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Nappe phréatique d’Alsace APRONA eau
© Aprona / Document remis

Pas de risque pour l’approvisionnement en eau

Fin juin le seuil de vigilance a été franchi dans quatre des cinq points de mesure situés dans le Ried… Et depuis début juillet, deux sont en « alerte renforcée sécheresse », un en « alerte » et un en « vigilance ». Quand on regarde les mesures sur l’ensemble de l’Alsace, on ne peut que constater une baisse globale du niveau de la nappe phréatique. Pour Victor Haumesser, ce phénomène est tout à fait normal :

« Quand les végétaux sont en repos, ils pompent très peu d’eau dans la nappe et quand il y a des précipitations, elle se remplit. C’est plutôt à la fin de l’automne, pendant l’hiver et au début du printemps. Puis, à mesure que les températures se réchauffent et que la végétation pousse, la nappe va se vider petit à petit. Il y a un phénomène de recharge et de décharge qui est naturel. »

Eau
© Thomas Bresson - Wikimedia Commons / Capture d'écran

Le chargé de communication de l’Aprona précise que dans le Ried, la situation est encore plus particulière. La nappe y est très proche du sol et donc très sensible à la pluviométrie. Dès qu’il pleut, elle se remplit immédiatement, déborde parfois en hiver, et en l’absence de précipitations son niveau baisse tout aussi rapidement.

Surtout, les seuils de vigilance et d’alerte sont basés non pas sur le volume d’eau disponible, mais sur l’alimentation de petits cours d’eau, dits cours d’eau phréatiques, qui sont très sensibles au niveau de la nappe. « Même s’il y a 10 mètres d’eau en dessous, quand on perd les 10 premiers centimètres, c’est ça qui va faire la différence entre un cours d’eau qui fonctionne ou pas. »

Nappe phréatique d’Alsace APRONA eau
© Aprona / Document remis

Victor Haumesser se montre rassurant, même en cas de canicule prolongée, il n’y a pas de risque de rupture d’alimentation en eau pour les Alsacien(ne)s. « Très ponctuellement, il peut y avoir des captages qui vont être moins utilisés ou plus du tout utilisés parce que le niveau sera trop bas. Mais ce sont des choses qui sont ponctuelles dans des endroits connus, c’est rare qu’on doive alimenter un village avec des camions citernes. »

Les zones les plus à risque sont situées sur les bords de la nappe, dans le piémont des Vosges, là où la nappe est la plus fine. « C’est vraiment quand on commence à monter un peu en altitude et qu’il y a assez peu de ressources en eau potable dans le sous-sol. »

Une situation préoccupante pour les écosystèmes

Si l’alimentation en eau potable des humains n’est pas menacée, ça ne veut pas dire que tout va bien. L’Aprona estime tout de même la situation actuelle préoccupante dans le Ried.

« À la fin de la période de recharge, il n’avait pas plu énormément, on était pratiquement à moins 50% de pluie. Avec les fortes températures, les plantes utilisent beaucoup d’eau et il faut aussi beaucoup irriguer les champs. Il y a vraiment une conjonction de facteurs qui font que dans ce secteur, on approche les seuils d’alerte, voire d’alerte renforcée. »

Irrigation eau
© Anton - Wikimedia Commons / Capture d'écran

Les prévisions météorologiques des deux prochaines semaines dessinent une situation de crise qui pourrait s’installer. « Il devrait faire quand même autour de 30°C tout le temps, voire plus, et il n’y a pas vraiment de pluie prévue. Donc ça n’annonce pas quelque chose de très réjouissant, on n’est pas très optimiste. »

Le risque principal étant l’assèchement de ces cours d’eau phréatiques indispensables aux écosystèmes du Ried. « L’intensification des prélèvements agricoles quand il fait chaud, ça conduit à un abaissement du niveau de la nappe dans des endroits où elle joue un rôle important pour les écosystèmes. »

Alerte sécheresse

Depuis 2023, c’est le niveau de la nappe qui sert de mesure à la préfecture pour déclencher l’alerte sécheresse. « C’est beaucoup plus intéressant pour la protection de l’environnement de prendre en compte ces niveaux, notamment par rapport aux cours d’eau phréatiques. »

Avec l’arrivée d’une nouvelle vague de chaleur et en tenant compte des prévisions météo, la préfecture a déclenché l’alerte sécheresse début juillet. L’usage de l’eau est restreint dans plusieurs secteurs d’Alsace. Le site VigiEau permet de savoir quelles sont les restrictions en cours dans sa commune.

eau nappe d’alsace
© VigiEau.gouv.fr / Capture d'écran

Victor Haumesser invite les particuliers à fait preuve de bon sens et à prendre part à l’effort commun de préservation de la ressource et de l’environnement.

« On demande aux industriels de faire attention, aux agriculteurs de réduire, il n’y a pas de raison qu’on ne demande pas aussi aux gens de faire un effort sans que ça les impacte non plus de manière trop importante. On peut se laver, boire, par contre, est-ce qu’on a besoin de laver sa voiture chaque semaine quand c’est la canicule et qu’on est en période de tension ? »

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