Ces temps de confinement nous permettent de nous poser un peu plus. De prendre davantage le temps de réfléchir et de se poser des questions. Et peut-être que certains d’entre vous réfléchissent à Strasbourg, notre belle ville, qui a de jolis secrets à nous faire découvrir, au détour de ses quartiers. Pour vous la faire connaître encore davantage et vous faire un peu voyager durant cette période compliquée, voici une série sur différents quartiers strasbourgeois : aujourd’hui, allons découvrir le quartier de Koenigshoffen, quartier à l’histoire romaine désormais heureux détenteur d’une ligne de tram.

Habitant à la Laiterie, le quartier Koenigshoffen se trouve juste à côté. Pourtant, à part quelques matchs de foot ou tournois de tennis, la seule caractéristique du quartier que je connaissais réellement était sa déchetterie, à laquelle j’allais presque tous les dimanches d’automne avec mon père pour y jeter les feuilles mortes tout juste ramassées. Pourtant, le quartier a bien des histoires à raconter, et quelques surprises à nous montrer. Le tout, entre la modernité du tram et l’ancienneté de son histoire romaine.

Une histoire très ancienne, entre l’époque romaine et le Moyen Âge

Commençons justement par celle-ci. C’est simple, Koenigshoffen est le quartier le plus ancien de Strasbourg, puisqu’il date de l’époque romaine. Entre le 1er et le 4ème siècle, le quartier était le faubourg du camp de légion, qui était un peu le centre-ville de l’époque. S’y trouvaient des tavernes, des forgerons et des charrons. Inutile de dire que ça ne devait pas moufter dans les casernes.

De nombreuses fois par la suite, lors de fouilles archéologiques, on découvrira des objets, reliques ou traces de passage de cette histoire romaine. Notamment pour le tram, dont on parlera un peu plus bas. Malgré toute cette histoire très ancienne, le quartier ne tire pas son nom de l’Empire romain mais bel et bien de l’allemand, comme très souvent à Strasbourg. Dans la langue de Boris Becker, « Koenigshoffen » signifie « les fermes du roi ». L’origine de ce nom remonte en fait au 6ème siècle, avec la construction d’une villa royale. Pendant le Moyen Âge, le quartier est essentiellement peuplé de meuniers – qui dorment – de religieuses et de paysans. Le quartier entre définitivement dans le giron de Strasbourg en 1347, l’Empereur le cédant à la Ville.

Quelques siècles plus tard, Koenigshoffen suivra le chemin d’à peu près tous les autres : une rapide industrialisation, avec notamment des brasseries, qui marque le retour des populations dans le quartier. Là encore, ce dernier reste pionnier à Strasbourg puisque la première gare de la ville y sera construite en 1841. Des écoles, des églises, on le verra plus loin, des services publics seront construits également, marquant le passage à la modernité des anciennes fermes du roi.

L’arrivée du tram

Et la modernité ne s’arrête jamais en chemin. Aujourd’hui, quand vous venez du centre-ville de Strasbourg, votre première porte d’entrée avec le quartier sera le tram. Quatre ans après les premières concertations, et deux ans après le début des travaux, il y a, depuis le 29 août dernier, un tram à Koenigshoffen. Pendant tout ce temps, de nombreuses découvertes archéologiques ont été réalisées, vestige d’un passé romain raconté plus haut.

C’est la ligne F qui relie désormais le centre-ville au quartier. À travers les arrêts Porte Blanche, encore dans le quartier de la Gare où l’on peut voir le musée Vaudou, Parcs des Romains et Comtes – le nouveau terminus – il est bien plus aisé de relier la gare à Koenigshoffen, sa partie est en tous les cas. À terme, il est prévu d’aller à l’ouest, jusqu’aux Poteries. Mais ça, ce n’est pas pour tout de suite. Quoiqu’il en soit, ce tram a également amené la refonte des pistes cyclables, tout en rajoutant un peu de verdure autour d’une route des Romains bien bétonnée.

Sur la route des Romains

Justement, après cette porte d’entrée, vous allez vite vous rendre compte que Koenigshoffen s’articule autour d’une très longue route : celle des Romains. Cette dernière fait la jonction entre ce quartier et celui des Poteries. En la parcourant, vous aurez une bonne compréhension du quartier. Il y a par exemple beaucoup de garages au début de cette route, un grand Lidl, des banques et des magasins directement au rez-de-chaussée des grands immeubles. Comme évoqué ci-dessus, la balade dans cette partie du quartier est rendue plus facile à vélo avec les nouvelles pistes cyclables, ce qui est agréable.

Plus on continue notre chemin, plus on voit le paysage urbain changer. Après de nombreux restaurants, kebabs ou pizzerias, on arrive au Parc d’activité Gruber, connu pour notamment abriter le Wagon Souk, l’Hôtel de la rue, mais également les Ateliers Ouverts. Un parc d’activité qui fourmille de têtes et de projets, montrant que le quartier a des choses à offrir et de la diversité à faire ressentir.

Cet espace de fourmillement dépassé, on arrive dans la partie ouest de Koenigshoffen, qui est la plus résidentielle d’entre toutes. La plus proche du quartier Poteries, elle abrite un Auchan et davantage de maisons où de jeunes couples commencent à venir s’installer pour la tranquillité du quartier et les loyers encore modérés.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

Églises et tour de guet

En s’engouffrant dans des rues de part et d’autre de la route des Romains, on se rend vite compte à quel point Koenigshoffen possède de nombreux bâtiments remarquables, et notamment des églises. Il y a l’église protestante Saint-Paul, au tout début de la rue du Schnokeloch, une rue qui recèle bien des surprises. Classée au titre des monuments historiques en 1997, elle a été construite en briques apparentes entre 1911 et 1914. Pendant sa construction fut d’ailleurs découvert un temple au culte de Mithra, une religion de salut, prônant le renoncement et l’ascèse pour accéder à l’immortalité pratiquée par l’armée, les fonctionnaires impériaux, les marchands et les esclaves orientaux de l’Empire romain.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

Dans une petite rue cachée sur le même chemin, on retrouve également le Breuscheckschlössel – fin du game au Scrabble. Ancienne tour de guet construite en 1392, c’était à l’époque l’une des premières lignes de défense de Strasbourg, bien avant Simakan, Djiku ou Mitrovic. Aujourd’hui, elle est protégée au titre des Monuments historiques depuis 1985 et accueille désormais la Maison du Parc naturel Urbain, qui met en valeur le patrimoine vert du quartier, le long des cours d’eau.

Un peu plus loin, lorsque l’on revient sur la route des Romains, un petit virage à droite dans la rue Lothaire (terminus de la ligne 29) nous amène devant l’église catholique Saint-Joseph. Construite en 1901 pour répondre au développement rapide du quartier dans le 19ème siècle, elle donne un vrai cachet à toute la place qui porte son nom.

Sport et culture de part et d’autres de la route

Pour terminer nos déambulations, arrêtons-nous quelques minutes sur le sport et la culture, présents dans le quartier. Chaque virage de la route des Romains nous fait découvrir les surprises que Koenigshoffen réserve, et notamment côté sportif. La rue de la Charmille nous mène vers l’ASPTT, association omnisports connue pour son inclusion des personnes en situation de handicap. Tout au bout du quartier, la rue Jean Mentelin recueille la maison des sports et le TC des Romains. Enfin, la rue du Schnokeloch fait la jonction entre Koenigshoffen et le quartier de la Montagne Verte et abrite le FCK 06, club de football.

Dans cette rue se trouve également le Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance Sportive de Strasbourg (CREPS), qui regroupe le haut niveau de la performance sportive à la strasbourgeoise. Enfin, côté culture, on y trouve le théâtre du Cube Noir, une salle de spectacle accueillant les troupes de théâtre amateur regroupées au sein du Collectif Trois 14. Et où de nombreuses écoles emmènent leurs élèves assister à des représentations.

Plus ancien quartier de Strasbourg, avec une forte histoire romaine, Koenigshoffen a désormais un pied dans la modernité. Le déploiement du tram augure de profonds changements dans un quartier qui fourmille d’activité et qui va désormais pouvoir profiter d’une proximité accrue avec le centre-ville. Alors n’hésitez pas à vous perdre le long de la route des Romains, à chercher les beaux bâtiments et l’histoire du quartier. Parce que c’est sûr que vous en retirerez quelque chose.

1 commentaire

  1. Merci pour ce reportage qui correspond tout à fait à l’image du quartier aujourd’hui. J’y habite depuis 9 ans et ai vécu tout ces changements qui ont été très progressif au départ pour s’accélérer depuis 2/3ans avec l’arrivée du tram…
    Pour ceux que ça intéresse il y a un article sur Archi-wiki concernant la partie ouest du quartier et plus particulièrement le secteur dit des « Romains » (secteur plus résidentiel et évoqué dans l’article pour ses maisons) :
    https://www.archi-wiki.org/Adresse:Quartier_des_Romains_(Strasbourg)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here