Tribune de l’équipe du Musée Vodou


Dans ce contexte de reconfinement où des mesures strictes sont à nouveau appliquées, les lieux culturels paient une nouvelle fois le prix fort et sont contraints de fermer leurs portes. L’équipe du Musée Vodou de Strasbourg demande à pouvoir rouvrir ses portes aux scolaires.



Aujourd’hui, si l’équipe du Château Musée Vodou prend la plume, c’est pour s’adresser directement à notre ministre de la Culture, à notre ministre de l’Éducation ainsi qu’à nos dirigeants politiques alsaciens. 

En effet, il nous semble urgent et crucial de rouvrir les portes des musées aux scolaires. 

Le 30 octobre 2020 a été synonyme de fermeture de toutes les portes de la culture et du maintien de l’ouverture des lieux d’enseignements et des commerces de première nécessité. Les musées ne sont-ils pas, pourtant, des lieux d’apprentissage, de découverte et nécessaires à la cohésion de la société en tant que lieu de partage de nos valeurs ?

Dans le contexte actuel de pandémie, nous comprenons certaines décisions de précautions sanitaires, même si nous avons du mal à accepter la fermeture totale de notre établissement alors que nous l’avons mis aux normes sanitaires préconisées au mois de mai. Cependant, dans le contexte actuel d’attaques répétées contre les valeurs de la République, nous ne comprenons pas du tout la fermeture des lieux de culture pour notre jeunesse ! Devant des terroristes qui haïssent l’éducation, la culture, la liberté, n’est ce pas ployer sous leur idéologie que de rendre totalement inaccessibles nos lieux ? 

Notre musée, qui présente une collection d’objets d’art africain rituels d’Afrique de l’Ouest est, depuis son ouverture il y a six ans, un lieu d’échange, de rencontres et d’expression. Au travers de la découverte de la culture artistique vodou et de son esthétique, les élèves, en venant au musée, peuvent approfondir leur connaissance du monde et s’ouvrir à l’altérité. Aborder une autre culture, une autre philosophie de vie, permet d’aborder les notions de tolérance et de différence. Le Château Vodou invite chacun à enrichir ses horizons sur la pensée ouest-africaine, tout en brisant les nombreux clichés qui l’entourent.

Il est évident que nous ne sommes pas les seuls : de nombreux établissements culturels travaillent tous les jours d’arrache-pied pour diffuser les valeurs de notre pays, l’ouverture à l’autre, la laïcité, la liberté d’expression et le respect de l’autre.

Alors, aujourd’hui plus que jamais, nous nous demandons : quel risque sanitaire/sécuritaire supplémentaire existe-t-il à ouvrir spécifiquement nos salles pour le jeune public ? Un médiateur culturel qui porte son masque et qui accueille une seule classe par matinée ou par après-midi n’est-il pas comme un enseignant qui va à la rencontre de son groupe d’élèves ? N’est-ce pas donner raison aux obscurantistes que de bâillonner nos librairies, nos théâtres, nos salles d’exposition ? Se rendre au musée est-il plus dangereux que de se rendre à l’école ? Doit-on laisser l’angoisse paralyser notre pays, que celle-ci provienne de terroristes ou d’une épidémie ?

Le Château Vodou est un musée privé géré par une association à but non-lucratif. Accueillir les jeunes publics n’est pas ce qui nous fait « vivre » car nous proposons un tarif bas pour les scolaires et qui ne permet pas de supporter tous les coûts de fonctionnement de ces visites. Vous l’aurez compris, ce n’est donc pas pour une raison financière que nous rédigeons cette tribune aujourd’hui (même si bien entendu la réalité financière est aussi un ÉNORME souci pour les lieux culturels). Nous demandons la possibilité de remplir notre mission d’éducation afin d’accueillir les groupes scolaires dans des conditions sanitaires strictes et qu’ils ne payent pas au prix fort, cette période complexe. Le numérique ne fait pas tout, le présentiel est important dans les lieux de culture et les musées devraient avoir le droit de travailler.

Aujourd’hui nous sommes dans l’obligation de nous réinventer. S’il n’est pas possible dans un premier temps de rouvrir nos portes aux scolaires, le deuxième scénario que nous proposons est d’intervenir directement avec nos médiateurs dans les classes en emmenant quelques objets du musée dans les établissements et en proposant des ateliers aux élèves. Bien entendu, nous savons que le plan Vigipirate est en place, cependant nous ne pensons pas que ce soit un problème insurmontable : nos équipes travaillent avec nous depuis des années et sont même formées aux plans Vigipirate.

Alléger ce confinement devient une nécessité devant les défis qui s’imposent à notre société. Nous estimons que notre mission d’intérêt général envers le jeune public est d’un intérêt supérieur, car accueillir les groupes de scolaires, c’est participer à l’éducation des citoyens de demain.

« On ne peut ignorer le fait qu’une meilleure connaissance des cultures du monde nous permet aussi de mieux comprendre les hommes qui en sont les représentants. »

Jacques Kerchache – dans la Revue Dada, juin 2000.

Merci pour votre soutien aux lieux culturels, aux structures de loisirs, à vos commerçants de proximité et à très vite !


Adeline Beck, Administratrice du Château Vodou.

© Photo de couverture : Marilyn Modica.



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