Depuis plusieurs semaines le débat autour de la 5G opposant le camp des pro à celui de ceux décrits comme des “Amish” par le président de la République lui-même, envahit à nouveau l’actualité. Beaucoup de choses ont déjà été dites au sujet de cette technologie et des avis tranchés ont été exprimés, tant au niveau national, que local. On rembobine et on fait le point sur cette nouvelle génération de réseaux mobiles, qui pourrait bien révolutionner nos usages quotidiens.

C’est quoi la 5G ?

L’appellation 5G, signifie tout simplement 5ème génération de téléphonie mobile. Après avoir pu faire entendre notre voix (1G), envoyer des messages textes (2G), envoyer des photos (3G), puis télécharger des vidéos et profiter de l’internet mobile (4G), la 5G permettrait un débit dix fois supérieur. Grâce à une transmission de données aussi rapide, cette nouvelle technologie pourrait bien révolutionner les usages personnels comme télécharger de la vidéo en HD en seulement quelques secondes, mais aussi d’autres domaines professionnels comme celui de la télémédecine ou des voitures autonomes. Pour pouvoir l’utiliser, il faudra changer de téléphone afin qu’il soit compatible.

Les opérateurs français (Orange, Bouygues, SFR et Free) ont d’ores et déjà débuté leurs enchères afin d’acheter les bandes de fréquences qui leur permettront de faire circuler des data à un tel débit. La 5G passe principalement par deux bandes fréquences : la 3,5 GHz (de 3,4 à 3,8 GHz) et la 26 GHz. La première phase des enchères qui concernait la 3,5 GHz est déjà terminée. Cette gamme de fréquence est relativement proche de celle de la 4G actuelle. Quant à la 26 GHz, déjà présente aux États-Unis mais pas en France, elle pourrait présenter des effets sur la santé d’après ce que l’on connaît de ce type de longueurs d’ondes. Mais pour le moment, on ne dispose pas encore de données concrètes sur les conséquences d’une exposition à cette fréquence.

© Bastien Pietronave


Fausses infos et questions légitimes

En juillet dernier, Strasbourg a connu une exposition particulière sur le sujet. L’association Zéro Déchet Strasbourg a publié une infographie en partenariat avec Extinction Rebellion intitulée “La face cachée de la 5G”. Cependant, plusieurs des affirmations présentées contenaient des approximations ou des erreurs. Suite à cette publication, certains médias parmi lesquels France Info ont alors entrepris un travail de fact checking concernant ces fausses informations. Zéro Déchet Strasbourg a finalement supprimé cette campagne et s’est excusé “pour ce manque de rigueur”. Une transparence qui semble d’ailleurs avoir été bien accueillie par leurs lecteurs sur Facebook. Mais cette méprise témoigne par ailleurs du grand nombre de fausses informations qui circulent depuis plusieurs années sur la technologie de la 5G. L’ampleur est telle que “l’Union européenne doit élaborer une stratégie pour contrer les théories complotistes sur la technologie mobile de cinquième génération (5G) […] déclarent un groupe de 15 pays membres.publie l’agence Reuters le 19 octobre dernier. 

Du point de vue de la santé, les effets directs néfastes de la 5G ne sont pas prouvés.  L’OMS a notamment publié en février dernier un texte intitulé “Réseaux mobiles 5G et santé précisant qu’ “à ce jour, et après de nombreuses recherches effectuées, aucun effet néfaste sur la santé n’a été lié à l’exposition aux technologies sans fil. […] À condition que l’exposition globale reste inférieure aux recommandations internationales, aucune conséquence pour la santé publique n’est anticipée.” Plus récemment, un rapport sur le déploiement de la 5G en France et dans le monde publié au mois de septembre par le CGEDD, le CGE, l’IGAS et l’IGF, présente notamment une analyse comparée des conclusions des différentes agences sanitaires sur les effets de la 5G sur la santé. La conclusion de l’analyse est la suivante : “Au vu du grand nombre d’études publiées depuis les années 1950, en France et dans le monde, sur les effets des radiofréquences sur la santé, il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes avérés à court terme, c’est-à-dire d’effets thermiques délétères sur les tissus, en dessous des valeurs limites d’exposition recommandées par l’ICNIRP, ni dans le grand public, ni chez les travailleurs. Les éventuels effets de long terme, cancérogènes ou non, difficiles à mettre en évidence, sont à ce stade, pour l’essentiel, non avérés selon les mêmes agences nationales et internationales. Des débats persistent toutefois, notamment pour ces effets de long terme, au sein de la communauté scientifique.L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) devrait également publier une vaste expertise sur l’aspect sanitaire de la 5G en mars 2021. Mais l’agence avait déjà exprimé ses interrogations concernant le manque de données disponibles sur les effets sanitaires dans un rapport préliminaire.

La face cachée de la 5G : de fausses affirmations

La 5G arrive en France à la fin de l’année et suscite beaucoup de craintes. Une infographie créée par l’association Zéro Déchet Strasbourg et Extinction Rébellion, et depuis retirée des réseaux sociaux, comportait de fausses informations sur celle-ci. On vous explique en détail ces approximations. #VraiouFake

Gepostet von franceinfo vidéo am Freitag, 10. Juli 2020

Les effets sur la santé ne sont pas les seuls aspects de la 5G qui sont questionnés par ses détracteurs. Le passage à la 5G pourrait avoir un impact sur l’astronomie en compliquant davantage l’observation du ciel par les astronomes et les astrophysiciens, ou sur les prévisions des météorologistes (pour les bandes fréquences de 26 GHz). D’un point de vue écologique, l’obligation de changer de téléphone pour en profiter et la probable multiplication des objets connectés et des nouveaux usages risquent aussi d’avoir des impacts sur l’environnement. Par conséquent, de nombreuses questions restent encore en suspens.


Une usine Huawei de composants 5G bientôt implantée à proximité de Strasbourg ?

Depuis fin septembre, la rumeur court sur une éventuelle implantation de l’entreprise Huawei en Alsace. La multinationale chinoise envisagerait de produire dans la région, des composants électroniques utilisés pour les réseaux 2, 3, 4 et 5G. Des ambitions qui ont depuis été confirmées, le 12 octobre dernier, par une rencontre entre des représentants de Huawei, la maire de Strasbourg et la présidente de l’Eurométropole. À ce sujet, France Bleu Grand Est parle d’ ”échange qualifié de positif qui n’a été pour le moment que consultatif.” et précise également que l’entreprise s’intéresse à plusieurs lieux susceptibles d’accueillir la future usine parmi lesquels l’ancien site de Puma et le parc d’innovation situés à Illkirch-Graffenstaden, ou encore la plateforme départementale d’activités de Brumath. Si ce projet à 200 millions d’euros venait à se concrétiser, il pourrait être à l’origine de près de 500 emplois.

La multinationale chinoise est pourtant au cœur d’une controverse mondiale depuis 2018 et est soupçonnée par l’administration américaine et Donald Trump de permettre à Pékin d’espionner les pays occidentaux. Le président a émis, puis prolongé l’interdiction de la vente des appareils Huawei sur le territoire américain jusqu’en mai 2021. Par ailleurs, il encourage les autres pays à faire de même pour que l’entreprise soit exclue du marché de la 5G. Aujourd’hui, plusieurs pays ont déjà interdit ou restreint la vente de produits télécom et la mise en place d’équipement 5G de la marque Huawei comme l’Australie, le Japon, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, dont le gouvernement s’apprête à présenter un projet de loi visant à ce que chaque composant et les mises à jour des logiciels des fabricants télécoms de la 5G soit obligatoirement testés et certifiés par le BSI (l’agence allemande pour la sécurité informatique) et par le BND (le service fédéral de renseignement), ou encore la Suède qui vient de bannir les équipements Huawei de son réseau.

Quant à la France, elle n’a pas interdit à Huawei d’accéder au marché de la 5G, mais l’agence Reuters révélait en juillet dernier selon trois sources au fait du dossier que beaucoup d’autorisations accordées à Huawei pour l’utilisation de ses équipements 5G auraient été limitées à trois ou cinq ans, soit des échéances bien plus réduites que pour ses concurrents Nokia ou encore Ericsson. Passé ces quelques années, les autorisations pourraient même ne pas être reconduites. Des décisions qui, si elles s’avèrent effectives, amèneront progressivement Huawei à sortir du réseau 5G du territoire français d’ici huit ans.

© Mlany Punkt


Du débat national… 

Alors que les deux camps s’affrontent depuis des mois sur le sujet de la 5G, le président de la République a prononcé le 14 septembre dernier, un discours à divers acteurs de la French Tech accueillis à l’Élysée. Au cours de son intervention, Emmanuel Macron a notamment assuré que la France prendrait le tournant de la 5G et a répondu aux opposants à cette technologie : “Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile, mais je ne crois pas au modèle Amish. Et je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine.


La remarque a fait réagir de nombreux intervenants dans les médias, et semblait particulièrement viser une soixantaine d’élus écologistes et de gauche qui avaient co-signé deux jours plus tôt une tribune dans le JDD demandant un moratoire sur la 5G, parmi lesquels se trouve la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian. Elle y signalait notamment : “Cette décision intervient sans étude d’impact climatique et environnemental ni aucune consultation publique préalable.” Concernant ce bras de fer entre l’État et certains élus, le Conseil d’État semble pourtant avoir déjà tranché. Il avait précisé dès 2011, que seules les autorités de l’État désignées par la loi » sont compétentes « pour réglementer de façon générale l’implantation des antennes-relais de téléphonie mobile » et d’ajouter : “Un maire ne saurait donc réglementer par arrêté l’implantation des antennes-relais sur le territoire de sa commune, sur le fondement de son pouvoir de police générale. » Si la municipalité strasbourgeoise souhaite donc empêcher l’installation d’antennes 5G, elle devra alors trouver un moyen détourné d’y parvenir.


…aux divergences locales

La question de la 5G a également été évoquée au cours du dernier conseil municipal du 21 septembre dernier. C’est Pierre Jakubowicz qui a mis la question sur le tapis et le groupe LaREM-Agir a fait part de son engouement pour cette nouvelle technologie. Alain Fontanel et Nicolas Matt ont notamment mentionné les avancées qui seraient permises en matière de télémédecine. Dans une tribune publiée dans les DNA début octobre, l’ancien premier adjoint plaide une nouvelle fois en faveur de la 5G et explique ne pas vouloir manquer l’occasion que l’usine Huawei s’implante en Alsace.Strasbourg ne peut pas se permettre de rester à l’écart du monde. […] Alors que nous traversons une crise économique sans précédent, agissons pour ne pas regretter une nouvelle fois nos tergiversations. Ne regardons pas le progrès et l’innovation se faire ailleurs.” indique Alain Fontanel.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

De son côté, la majorité freine des quatre fers et défend, aux côtés de la maire, la tenue d’un débat citoyen sur la 5G. Aussi, le sujet devrait être débattu lors d’une première Conférence citoyenne, mais pour le moment, aucune date n’a encore été communiquée par la Ville, et rien non plus concernant les conditions d’une telle consultation.

Dans un communiqué, le président de l’association UFC-Que Choisir du Bas-Rhin, Didier Cornu, se positionne aussi en faveur d’un débat public concernant cette technologie qui “devrait marquer à terme un tournant pour notre modèle industriel et sociétal”. Il demande au Premier ministre d’attendre les résultats d’une étude de l’ANSES sur l’exposition aux champs électromagnétiques sur la bande fréquence 3,5 GHz, à l’ARCEPd’axer ses travaux, dans le cadre de sa plateforme « pour un numérique soutenable », sur le gaspillage de données mobiles causé par les professionnels”, et à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) de préparer la possible commercialisation de la 5G grâce à une réglementation pour protéger les consommateurs des dérives marketing des opérateurs.

1 commentaire

  1. bah comme on a perdu confiance dans ce monde dominé par l’argent, les intérêts, le mensonge, la manipulation, je ne crois plus au résultat de l’un et de l’autre, tous se font acheter par les mondialistes, multinationale et communiste … retrouvons la foi et prions …

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