Après un conseil de rentrée qui s’est avéré chiche en décisions politiques mais rempli de saillies verbales toutes plus inspirées – ou pompeuses selon l’auditoire – les unes que les autres, toute la classe politique strasbourgeoise ramenait son cartable, ses devoirs et son goûter pour le conseil municipal de septembre. Un conseil qui s’est fini à 21h31 et qui a été le théâtre de débats interminables sur des questions de terminologie et d’Europe, avec une opposition qui a définitivement décidé de privilégier la forme au fond. Néanmoins, dans ce brouhaha d’égos, de manque de dialogue et d’écoute, quelques décisions ont été prises, et on vous les résume ici.
© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Le conseil municipal de septembre, en cinq minutes, tram compris

Après 7h30 de lutte acharnée qui aurait même épuisé Novak Djokovic, quelques décisions valaient la peine d’être relevées. Alors si vous n’avez pas la force de vous plonger dans des débats politiques qui perdent de vue le fond, voici ce qu’il fallait retenir de ce conseil municipal :

  • Un Conseil scientifique et citoyen a été mis en place le 15 septembre dernier pour accompagner, conseiller et éclairer l’exécutif sur les questions sanitaires.
  • Alain Fontanel est désigné président de la Commission « Finances et budget municipal« .
  • Le sport a été quelque peu mentionné, avec notamment la question de la convention avec le Racing Club de Strasbourg.
  • Le marché de Noël a été évoqué, alors qu’une polémique a enflé au niveau national avec la suppression du sapin sur le marché de Noël bordelais.
  • En général, énormément de temps a été perdu ce 21 septembre par des discussions sur la terminologie et le sens des mots. Plus d’une heure a été consacrée à une guéguerre sur l’appellation « animaux liminaires », alors que le plus important était la mise en place d’une mission d’information et d’évaluation pour lutter contre la prolifération du rat en ville et des animaux liminaires, type punaises de lit, dans l’habitat.
  • La nécessité d’un débat sur la 5G à Strasbourg a été posée par la municipalité. La première Conférence citoyenne sera sur ce sujet.
  • Pour finir, il y a eu une véritable guerre sur un label de capitale européenne de la démocratie, refusé par la municipalité. Cette guerre a oblitéré la vraie question européenne qui aurait dû être la pièce centrale de ce conseil : une motion visant à renforcer la place européenne de Strasbourg, menacée à cause du Covid.

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La question du Conseil scientifique et citoyen

La nouvelle avait pu passer inaperçue mais elle n’en est pas moins importante : un Conseil scientifique et citoyen a été mis en place le 15 septembre dernier par l’exécutif strasbourgeois. Un peu comme son modèle en national, la mission de ce Conseil sera d’éclairer les choix politiques des deux collectivités et d’ « apporter des éléments de rationalité en temps de pandémie » de Covid-19, comme le souligne Alexandre Feltz, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la santé.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Il pourra également, de sa propre initiative, réfléchir à des problématiques de santé publique et environnementale, comme par exemple le déploiement de la 5G. Ce Conseil n’est pas composé d’élus, mais d’une vingtaine d’universitaires, de médecins hospitaliers, de médecins de ville, d’infirmières mais aussi six citoyens et citoyennes volontaires tirés au sort. C’est le professeur Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, qui est chargé d’animer le Conseil scientifique et citoyen.

Un Conseil qui a quelque peu échauffé les muscles de la langue de l’opposition, avec l’habituelle triplette de Strasbourg-ville : Pascal Mangin/Pierre Jakubowicz/Jean-Philippe Maurer. Ce dernier n’y va pas avec le dos de la cuillère en affirmant que « on – l’opposition, ndlr – a l’impression de vous faire pitié et de quémander des bouts d’informations, que l’on découvre au fil de l’eau. » Le premier, toujours là pour montrer qu’il est présent lors des conseils municipaux, en profite pour exécuter une petite passe d’armes avec Jeanne Barseghian. Il critique la façon dont les choses sont faites, fustigeant un manque de clarté et qu’ « un sujet comme celui-ci ne puisse pas faire l’objet d’un débat, d’un échange. » Pour terminer, il fait sa meilleure imitation de Martine Aubry : « Quand c’est flou, il y a un loup. » La maire répond que le Conseil décide de sa feuille de route et ensuite elle viendra la présenter. Donc les explications viendront.

Alain Fontanel désigné président de la Commission « Finances et budget municipal« 

C’est un petit comeback : Alain Fontanel, candidat qui a trop joué avec la droite et s’est brûlé aux municipales de juin dernier, revient dans le Strasbourg game. Plus précisément, en tant que président de la Commission « Finances et budget municipal ». La délibération a souvent été remise aux calendes grecques, changeant trois fois de forme pour aboutir à celle d’hier. Dans l’optique d’un projet de co-construction avec l’opposition, Alain Fontanel sera donc le représentant de Jeanne Barseghian au sein de cette commission, la co-présidente étant Christelle Wieder, membre de la majorité.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Alors que des membres de l’opposition critiquent le fonctionnement de cette commission, Jeanne Barseghian rappelle que « cette proposition de créer une commission est une innovation politique pour la ville de Strasbourg. Il n’y avait pas de partages au sein des différents groupes politiques, ni de co-construction avec les citoyens. L’objectif est donc de rattraper notre retard en la matière et faire en sorte que ce débat d’orientation budgétaire soit partagé. » Ainsi, le débat d’orientation budgétaire prendra le temps, et notamment celui du débat citoyen et de la co-construction. Il aura lieu au début d’année prochaine, puisque le budget peut être voté jusqu’en mars 2021. Avec 59 vois pour, le tout est adopté.

Quel marché de Noël pour 2020 ?

Depuis hier, nous sommes en automne. Et comme ce dernier précède l’hiver, son début signifie généralement le début du grand chambardement de Noël. Cette année 2020 étant spéciale à bien des égards, on peut légitimement se demander ce qu’il adviendra du marché de Noël strasbourgeois version Covid. C’est en ce sens que Jean-Philippe Vetter prend la parole, pour mettre sur le devant de la scène des problématiques concernant le marché de Noël.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Fidèle à sa ligne de conduite, et celle de son parti, il s’inquiète grandement d’une présupposée absence du sapin de Noël, après la décision du maire de Bordeaux Pierre Hurmic de ne pas mettre de sapin de Noël cette année. Avec la polémique sur le voile en faisant une pâte à crêpes, le sujet du sapin a été le plus traité par toute la presse de droite en national, mettant le débat à dix mille lieues sous le niveau de la mer. Jean-Philippe Vetter interroge alors l’exécutif sur le maintien des racines chrétiennes du marché de Noël, sur sa sécurité et enfin sur l’authenticité des produits.

Guillaume Libsig, adjoint en charge notamment du marché de Noël, lui répond que l’édition 2020 sera spéciale en tous points et qu’il faudra attendre 2021 pour avoir les premiers vrais changements. Il réitère que le sapin est un symbole très fort du marché de Noël et qu’il n’est pas question, cette année tout du moins, de l’enlever de la place Kléber. Jeanne Barseghian complète et conclut : « Il fallait pouvoir retravailler le format du marché de Noël, pour davantage de convivialité, d’authenticité ou de qualité. Sur les produits vendus, leur provenance et les animations ouvertes à toutes et tous, présence de l’art et de la culture, un marché de Noël vraiment européen. Il y a une vraie volonté de réinventer ce marché. Ce qui ne signifie pas tout changer. » Affaire à suivre donc.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Un petit point sur la culture et le sport

Grands oubliés des discussions de l’exécutif strasbourgeois actuel, le sport et la culture avaient espoir d’être débattus ou tout du moins mentionnés au sein de ce conseil municipal. Chou très blanc pour la première, qui n’aura une nouvelle fois pas été évoquée. Ce qui est autant de la faute de l’exécutif que de l’opposition, également assourdissante de silence à ce sujet.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Il a fallu que le nom du Racing Club de Strasbourg sorte, et la question de sa relation financière avec la Ville, pour qu’on entende pour la première fois Owusu Tufuor, adjoint chargé du sport. Malgré le peu d’annonces concrètes, il développe un discours engagé précisant qu’il veut permettre aux jeunes les plus défavorisés d’assister des matchs à la Meinau. Il s’engage à cela, parce que ça ne doit pas être juste pour les élus.

Comme pour le marché de Noël, l’année 2020 n’est pas une année de grands chambardements, comme le précise Jeanne Barseghian : « On connaît la situation compliquée des clubsOn engage un travail de fond avec le Racing Club de Strasbourg, sur les critères sociaux, environnementaux et démocratiques. Mais dans ce cas-là on se devait d’aller vite dans le cadre de la convention. Dans l’ensemble, nous souhaitions qu’il y ait une conditionnalité renforcée. Le Racing est un vecteur immense pour transmettre des messages, en matière d’inclusion sociale, d’égalité femmes-hommes, de respect environnemental… L’aspect démocratique ce sera par exemple l’ouverture des installations au maximum de personnes défavorisées. »

La demande d’un moratoire sur la 5G

Tout comme le marché de Noël, la 5G a connu une couverture nationale forte, avec les récentes déclarations d’Emmanuel Macron, qui se positionne contre « le modèle Amish » des gens qui s’opposent à la 5G. De son côté, Jeanne Barseghian a signé la demande d’un moratoire sur la nouvelle technologie, avec 67 autres élus de gauche.

Le sujet est complexe et n’a pas fini de faire débat, le tout jusqu’en Alsace, qui n’a même pas encore la fibre sur l’ensemble de son territoire. La 5G a ainsi été évoquée longuement durant ce conseil municipal, avec la question d’actualité de Pierre Jakubowicz. Tous les LREM-Agir sont évidemment pour, relayant la parole gouvernementale sans verser dans les clichés présidentiels. De son côté, Jeanne Barseghian demandant la tenue d’un débat à l’échelle strasbourgeoise et eurométropolitaine, fustigeant un débat « qui ne s’est pas tenu à l’échelle nationale » ainsi qu’une opposition qui « relaye le type de caricatures » du gouvernement, et qui critique le manque de débat mais qui n’en veut pas lorsque cela les arrange.

© Capture d’écran du conseil municipal du 21 septembre 2020

Alain Fontanel et Nicolas Matt mettent en avant la télé-médecine, une discipline dont Strasbourg est pionnière. L’ancien premier adjoint se montre d’ailleurs particulièrement offensif sur la question. Son successeur, Syamak Agha Babaei, l’est tout autant, arguant que « tout progrès technique n’est pas bon à prendre. » Compétitivité et attractivité versus la prudence et la pollution numérique : retour à un débat somme tout classique, mais toujours bien animé. En tous les cas, le sujet sera débattu lors de la première Conférence citoyenne. Et en attendant, la majorité souhaite donc un moratoire.

Une question d’Europe (mais surtout de label)

La place européenne de Strasbourg menacée

Enfin, la question qui a le plus agité le conseil municipal de ce lundi 21 septembre comportait deux thèmes chers à notre ville : l’Europe et les labels. En effet, ce lundi matin, on apprenait que Jeanne Barseghian avait refusé le label « Strasbourg capitale européenne de la démocratie » que lui avait proposé Vienne, assorti d’un budget de 10 millions d’euros. Dans le même temps, Strasbourg en tant que capitale européenne est de plus en plus menacée, la session plénière de ce mois-ci ayant encore une fois été relocalisée à Bruxelles pour cause de Covid. Strasbourg est donc fragile en termes européens et ce n’est pas peu dire que le sujet ait fait débat.

© Jérémie Herzog

À la base néanmoins, ce dernier aurait dû uniquement porter sur la motion sur le siège du Parlement européen, afin de réaffirmer l’importance de la place de Strasbourg en tant que capitale européenne. Mais le refus du label étant apparemment considéré à Strasbourg comme un crime de lèse-majesté, c’est cette question qui a pris finalement toute la place du débat démocratique. Il y a une certaine ironie à cela, qui n’est sans doute pas arrivée jusqu’à tous les intervenants les plus virulents. Et il y en a eu.

Un débat sur un label

Alain Fontanel est par exemple revenu sur le côté « incompréhensible » du refus, alors que le label avait été proposé en priorité à Strasbourg. Européiste convaincu et spécialiste des labels sous l’ancienne municipalité, il déplore le raté d’une opportunité « qui ne se représentera pas de sitôt. » Jean-Philippe Vetter pousse le bouchon encore plus loin en déclarant que Strasbourg capitale européenne est « en danger ». Mais alors qu’il devisait sur la fierté des Strasbourgeois de vivre dans une capitale européenne, il a développé une comparaison pour le moins étonnante : comparant la crise du Covid aux casses des blacks-blocs à Strasbourg lors du sommet de l’OTAN en 2009, il enjoint le président de la République à prendre ses responsabilités.

Au milieu de ces débats de facture discutable, c’est Catherine Trautmann qui s’est élevée au-dessus de la mêlée. « Stupéfaite » par la décision, elle attend toujours d’entendre « les raisons valables politiquement pour comprendre la décision. » Selon elle, Strasbourg aurait été la première ville qui aurait reçu ce label et aurait donc pu façonner la façon dont il parle de la démocratie. Elle rappelle la place de Strasbourg dans l’Histoire européenne, alors que la démocratie est chaque jour un peu plus en danger, comme un héritage qu’il faut chérir et protéger.

Enfin, Caroline Zorn, conseillère municipale met en avant le fait que l’Europe doit être citoyenne et non pas décidée dans des salons ou glorifiée par des labels. Cette question a donc complètement oblitéré celle de la motion concernant la place du Parlement européen à Strasbourg. Dans ce débat, cela a vraiment été deux salles deux ambiances, alors que le but est finalement commun. Jeanne Barseghian explique son positionnement par la volonté d’avoir « plus de transparence et de clarté sur la provenance des financements et des contreparties. Aucun projet ne mérite qu’on ne s’intéresse pas à la structure du financement. 10 millions ça fait briller les yeux mais moi je voulais des éléments très clairs. » Elle a par ailleurs eu l’air extrêmement touchée par toutes les polémiques : « Je me demande si certains ou certaines ne sont pas encore dans la campagne. C’est extrêmement décevant. Mon ADN est profondément européen. »

Au milieu de tout cela, avec des interventions supplémentaires plus belliqueuses que constructives de Pierre Jakubowicz et Rebecca Breitman, la motion est finalement adoptée à 54 voix pour, clôturant le conseil municipal. On a passé quasiment une heure et quart de débats sur un label. Bienvenue en politique.

Il est 21h31 lorsque ce conseil municipal du 21 septembre se termine. Quelques sujets d’actualité mais peu de vraies annonces, avec une municipalité qui ne communique que très peu et qui semble parfois trop idéaliste, « gentille » et pas assez rodée aux batailles de tranchées politiques. Sentant des faiblesses dans l’exécutif, l’opposition – et notamment la droite estampillée Les Républicains ou celle des jeunes européens – attaquent sans relâche Jeanne Barseghian sur tous les sujets. Une tactique sans aucun doute politique mais qui manque grandement de décence. Au milieu d’une situation économique compliquée, d’une année exceptionnelle et difficile, on aimerait que, malgré les différences politiques, tout le monde mette de la bonne volonté pour aller dans le même sens. Mais, à la place, on se retrouve à assister à des heures de débats sur les labels et le sens des mots. Jeanne Barseghian a déclaré que « Strasbourg capitale européenne mérite mieux que des postures. » Certains feraient bien de le comprendre.


Photo de couverture : noel.strasbourg.eu

4 COMMENTAIRES

  1. Bonjour monsieur Kaspar,

    Au paragraphe relatif aux questions européennes, vous écrivez « sentant des faiblesses dans l’exécutif, l’opposition – et notamment la droite estampillée Les Républicains ou celle des jeunes européens – attaquent sans relâche Jeanne Barseghian sur tous les sujets. Une tactique sans aucun doute politique mais qui manque grandement de décence. »

    Peut-être s’agit-il d’une maladresse de votre part, ou bien une erreur dans l’écriture car j’espère que vous n’avez pas fait référence à l’association « Les Jeunes Européens-Strasbourg ».

    Nous sommes une association transpartisane et faisons vivre l’Europe à Strasbourg depuis 20 ans. Nous n’avons jamais manifesté de soutien pour un parti, ni pour un.e maire, nous travaillons avec tout le monde. Notre page facebook: https://www.facebook.com/JEStrasbourg

    Je vous demande donc de supprimer la mention des Jeunes européens le plus rapidement possible s’il vous plaît.

    Cordialement,
    Andreea, Présidente des Jeunes européens-Strasbourg

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