Les rumeurs allaient bon train quant à l’intervention d’Emmanuel Macron mercredi soir à 19h55, interviewé par Gilles Bouleau et Anne-Sophie Lapix. Il était sûr que le chef de l’État allait annoncer des mesures plus contraignantes sur le territoire français pour lutter contre le Covid, mais le flou subsistait sur « quel type de mesures ? » et « dans quelles villes ? ». Il a tranché : couvre-feu de 21h à 6h dans huit métropoles plus Paris et l’Île-de-France. Coup de bol pour les Strasbourgeois : notre ville n’est pas dedans. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout de suite faire la fête. On fait le point.

Ce qu’il fallait retenir des annonces de Macron

Faisons clair, faisons synthétique : Strasbourg n’est pas concernée par le couvre-feu qui sera implanté dès vendredi 16 octobre 23h59. Ce couvre-feu concerne Paris et l’ensemble de l’Île-de-France, Aix-Marseille, Lille, Lyon, Grenoble, Saint-Étienne, Rouen, Montpellier et Toulouse – soit les zones d’alerte maximale. Il durera minimum quatre semaines, bien que l’objectif soit de l’étendre à six avec le vote de l’Assemblée nationale, allant de fait jusqu’au 1er décembre.

Par ailleurs, des exceptions seront possibles ; si l’on ne sait pas encore quelles formes elles prendront, on peut tabler sur un retour en force de l’attestation. En cas de non-respect de ce couvre-feu, l’amende sera de 135 euros. Un nombre que l’on connaît désormais très bien. Enfin, il est tout à fait possible que d’autres métropoles glissent en zones d’alerte maximale lors des interventions d’Olivier Véran, ministre de la Santé les jeudis soirs vers 18h. Des métropoles qui pourraient donc voir arriver le couvre-feu.

Emmanuel Macron face à Gilles Bouleau et Anne-Sophie Lapix

Pour le reste de son interview de 40 minutes, juste à temps pour ne pas déborder sur l’avant-match de Croatie-France sur TF1 – non non ce n’est pas une blague – Emmanuel Macron n’a rien annoncé de réellement concret. Néanmoins, voici ce qu’il fallait retenir de son intervention :

  • Il justifie la mesure stricte du couvre-feu pour « reprendre pleinement contrôle » sur la circulation du virus. Le tout afin de protéger les soignants et transformer « les 20 000 nouveaux cas par jour » en « 3 000 cas, 5 000 cas par jour ». Dans le même temps, il faudrait que les patients atteints du coronavirus ne représentent plus que « 10% à 15% » des places en réanimation, contre « 32% » aujourd’hui. 
  • Avec cette mesure, Emmanuel Macron cible particulièrement les rassemblements privés, ces « moments de convivialité » selon lui principaux responsables de la progression du virus sur le territoire.
  • Il demande justement, pour ces rassemblements privés, qu’on s’en tienne à six personnes maximum, comme c’est déjà le cas dans les restaurants des métropoles en zone d’alerte maximale. Une suggestion qui fait dire à Emmanuel Macron que « c’est dur d’avoir 20 ans en 2020. Les jeunes vivent des sacrifices terribles. »
  • Puisque l’on parle de clusters, parlons écoles, universités et entreprises. Pas question pour le Président de fermer quoi que ce soit de ce côté-là. Justification ? « L’objectif c’est de pouvoir continuer à avoir une vie économique, à travailler normalement, que les écoles et les lycées fonctionnent. Rouvrir les écoles ça a été bon pour le moral. »
  • Dans le même temps, pas de télétravail généralisé à l’horizon du côté de la parole présidentielle, qui ne veut pas « réisoler les gens« .
  • Le chômage partiel, celui qui est pris à 100% en charge par l’Etat, revient pour certains secteurs qui vont être impactés par ce couvre-feu. Sont concernés : hôtellerie, cafés, restaurants, tourisme, événementiel, culture, sport. Ce chômage partiel ira jusqu’à 4,5 fois le smic et 80% du net pour les salariés.
  • Il n’y aura pas de limite de déplacements entre régions, ce qui permettra tout de même de partir en vacances.
Emmanuel Macon quand il se rend compte que des journalistes peuvent encore le mettre en difficulté
  • Mis en difficulté par Gilles Bouleau et Anne-Sophie Lapix sur la stratégie des tests, qui repose sur un dépistage massif mais souvent trop en retard au niveau des résultats, le chef de l’État annonce une nouvelle stratégie de tests pour « réduire drastiquement les délais« . Ce seront les tests antigéniques, des tests rapides par la salive ou le sang; pour savoir si l’on a le Covid.
  • L’application StopCovid, grand succès comme chacun sait, devient dès le 22 octobre TousAntiCovid. Changer de nom pour donner l’impression d’un renouveau : tactique classique. Au sujet de l’application, Emmanuel Macron déclare : « Je ne dirais pas que c’est un échec, ça n’a pas marché ». Une phrase à ressortir… en cas d’échec.
  • Un geste pour les plus précaires pour finir : les bénéficiaires du RSA et des APL recevront une aide exceptionnelle de 150 euros, et 100 euros par enfant, dans les six semaines à venir.

Et pour Strasbourg, on en est où ?

Bonne nouvelle pour tous, Strasbourg n’est pas concernée par le couvre-feu imposé de 21h à 6h. Alors que huit métropoles et l’Île-de-France vont connaître des prochaines semaines particulières, notre ville résiste encore et toujours. Néanmoins, il ne fait pas de mal de revenir sur certains points pour savoir où on en est. Parce que la situation sanitaire s’est quelque peu dégradée en une semaine.

>> À lire ou à relire : Lyon, Lille ou Grenoble placées en alerte maximum : Strasbourg, elle, tient toujours le cap

Le retour de l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire

Tout d’abord, le gouvernement a annoncé dans la journée de mercredi 14 août que l’état d’urgence sanitaire allait être réinstauré sur l’ensemble du territoire. Ce dès le samedi 17 octobre, alors qu’il avait été abrogé le 10 juillet dernier. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le Premier Ministre pourra, par décret, prendre des mesures pouvant limiter la liberté d’aller et venir. Dans le même temps, il pourra également imposer un reconfinement localisé.

Un Grand Est qui passe en zone à risques pour l’Allemagne

Autre nouvelle peu engageante : à partir de ce soir, il ne sera plus possible de traverser la frontière allemande pour aller chiner à Kehl des clopes à bas prix. Sauf si on a un test PCR négatif sous 48h à montrer aux autorités. En effet, l’Allemagne classe désormais le Grand Est comme une zone à risques. Pour en savoir plus, on vous en a fait un article dédié.

Les indicateurs de l’épidémie repartent à la hausse

Si Strasbourg se retrouve un jour en position de basculer dans un couvre-feu, ce sera par rapport aux indicateurs. Il est donc de bon ton de revenir sur les plus importants, la veille des annonces d’Olivier Véran. Parce que, si Strasbourg est encore loin d’être dans la situation pouvant amener un couvre-feu, notre ville n’est pas loin de basculer en zone d’alerte renforcée ce jeudi 15 octobre. Une décision qui aurait de lourdes conséquences, comme on vous l’expliquait ici, et qui pourrait avoir de l’influence notamment sur la tenue du marché de Noël, sujet plus qu’épineux en ces temps de crise sanitaire.

Il faut dire que l’évolution de l’épidémie dans notre département doit nous inciter à une certaine prudence. Le taux d’incidence sur la semaine du 5 octobre jusqu’au 11 octobre s’établit à 97.3 cas positifs pour 100 000 habitants dans le Bas-Rhin, alors qu’il était à 51 lors de la semaine allant du 29 septembre au 5 octobre. Dans la même période, celui des plus de 65 ans est à 46.1. Si l’on rappelle que les seuils qui détermineraient le passage de Strasbourg en zone d’alerte renforcée s’établissent à 150 pour 100 000 habitants et 50 pour 100 000 habitants pour les plus de 65 ans, et qu’en plus on ne connaît pas exactement les chiffres strasbourgeois, il va falloir gainer les abdos et serrer les fesses demain aux alentours de 18h pour l’intervention du ministre de la Santé.

Néanmoins, dans le rayon bonne nouvelle, les réanimations dans le Bas-Rhin restent basses, avec 11 personnes en réanimation. Ce qui signifie un taux d’occupation de 8,9 %. Soit largement en-dessous du seuil de 30 % qui est un critère pour passer en zone d’alerte maximale. Et si le taux de positivité est remonté à 6.1 %, contre 3.7 % une semaine auparavant, il reste moitié moindre que la moyenne nationale (12.2%). Il y a donc de quoi voir venir pour ce qui est du couvre-feu.

La France passe en partie en couvre-feu à partir de vendredi soir. Une nouvelle étape dans notre normalité au sein du monde covidé, où le travail est privilégié et la convivialité pourchassée. Strasbourg est pour l’instant épargnée, tout comme l’Alsace. Mais les choses peuvent vite changer, même en l’espace d’une semaine. Prochaine étape: le point du ministre de la Santé demain soir vers 18h, pour savoir si Strasbourg passe en zone d’alerte renforcée. On suivra ça avec attention, ainsi qu’un peu de pression.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here