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Arnaud Finix, l’artiste strasbourgeois qui recycle les objets en leur donnant une seconde vie

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La semaine dernière, j’étais, comme la plupart d’entre vous, chez moi à me lamenter. Je regardais le temps superbe dehors, je pensais à toutes les randonnées qu’on avait prévu de faire, à la saison que j’attends toute l’année pour aller en forêt, regarder les fleurs transformer le sol en une palette multicolore, m’étrangler en toussant à cause du pollen des arbres. Je me suis donc résigné à aller me divertir dans les rues du Neudorf. Mieux que rien. Et puis, en passant devant les fenêtres, j’ai vu que pleins de parents avaient affiché les œuvres de leurs bambins : les fenêtres étaient pleines d’arcs-en-ciel, de poissons et autres dinosaures. Je me suis donc dis que la solution était peut-être là : quelques feuilles colorées, une paire de ciseaux, de la colle et tout un monde à créer pour s’évader vers de nouvelles aventures.
C’est là que je me suis souvenu de l’univers d’Arnaud Finix, peuplé d’automates et d’oiseaux colorés. La genèse d’un nouveau monde à la portée tous, fait de chutes de papier et de récup’. Des œuvres pleines de bonnes ondes qui vous donneront peut-être envie de créer votre propre petit théâtre à la maison.
© Arnaud Finix

Donner une seconde vie aux objets

Fraîchement diplômé de la HEAR en 2010, Arnaud se spécialise dans le design et décide de s’installer définitivement à Strasbourg à la fin de ses études, après s’être construit un solide réseau amical et professionnel : « N’étant pas originaire d’Alsace, je me suis approprié cette ville. J’ai apprécié son échelle à taille humaine et son côté cycliste. J’ai renforcé mes liens d’amitié et je me suis forgé des points de repère qui me font me sentir véritablement Strasbourgeois aujourd’hui.»

Polyvalent, Arnaud est scénographe, designer de luminaires, intervenant dans les écoles mais aussi Geppetto strasbourgeois, assemblant papier, bois et mécanisme pour créer de véritables tableaux vivants. En somme, Arnaud est curieux et aime sans cesse se renouveler au fil de ses rencontres et des opportunités qu’elles lui offrent : « Juste après ma sortie de l’école et mon diplôme de designer en poche, j’ai créé un collectif avec des amis graphistes et illustrateurs : Le Bureau. J’étais en charge de la partie fabrication de la scénographie et du dispositif de projection de la lumière ; j’ai pu découvrir le monde de l’illustration et des ateliers participatifs que je connaissais peu. »

À côté des projets collectifs, Arnaud continue son activité de designer, détournant des objets pour leur donner une seconde vie. Ainsi, des dizaines d’abaisses médicales en bois deviennent Ikhyo et Ivo, des lampes modulables qui permettent de jouer avec la lumière. Avec un peu d’imagination (et de peinture), des pieds de chaises en fin de vie se transforment en Multy, un jeu de construction. Les pieds sont coupés en tranches et deviennent des centaines de petites pièces de bois multicolores que l’on peut assembler, empiler et moduler à l’infini. Ainsi, Arnaud offre une deuxième chance à des objets qui étaient destinés à faire naufrage dans une déchetterie : « Dans mon travail j’ai toujours aimé que les objets puissent avoir une âme. Je voulais inventer des meubles mous qui s’avachissent selon la façon dont on y prend place et des lampes qui s’ouvrent et se referment avec la chaleur de l’ampoule. Peut-être pour qu’ils ne soient pas figés dans leurs formes et qu’on s’y attache d’avantage. »

Et petite note un peu mignonne en cette période de confinement : l’artiste avait créé il y a quelques années une structure en bois, qui permet de moduler l’espace dans lequel on se trouve de se créer un petit cocon ombragé en extérieur. Il avait appelé son œuvre… Pangolin !

Une démarche écologique

Dans ses travaux, Arnaud fait quasi-systématiquement usage de matériaux dit « pauvres » et de résidus industriels ; des chutes de papier qu’il ne peut se résigner à jeter deviennent toute une volière, des cagettes de marché se muent en mobilier urbain grâce à l’imagination d’Arnaud et son ami Vincent Godeau. Un point intéressant quand on connaît aujourd’hui l’impact de l’art et de la création contemporaine sur la planète : « Cette contrainte est une vraie source d’inspiration pour moi. Travailler avec des matériaux recyclés a été mon point de départ dans mes recherches durant mon cursus scolaire. Évidement le matériau recyclé ne convient pas à tous les projets mais dans la mesure où je peux les utiliser, je le fais. Pour moi, avoir une conscience écologique dans son travail de designer est essentiel aujourd’hui. On ne peut plus faire semblant de ne pas connaître notre impact sur la planète.

Au début de ma carrière je me suis créé une sorte de calendrier de récupération des matériaux dans la ville de Strasbourg : les bougies de la cathédrale le jeudi soir, les chambres à air dans les poubelles des magasins de vélo le lundi, les tubes en carton chez Toto Tissus le samedi soir… J’ai fini par accumuler beaucoup d’objets chez moi ! Maintenant je réfléchis un peu autrement, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout faire avec des objets de récupération, c’est pourquoi mon travail actuel est plus hybride, fait de matériaux recyclés et de matériaux industriels.»

© Arnaud Finix

L’écologie est un des piliers du travail d’Arnaud car la nature est sa principale source d’inspiration : « une fleur qui s’ouvre, la structure des coquillages et des ammonites, l’architecture d’un nid d’abeilles ». C’est ce qui a poussé sa création vers la prolifération d’une végétation de papier qui vient envahir les vitrines des magasins et son propre bureau dans lequel trône un gardien ailé, un automate de paon qui nous honore d’une majestueuse roue.

J’avais d’ailleurs connu les travaux d’Arnaud grâce à un ami qui, émerveillé, me parlait de ce fameux volatile. Les automates peuplent le travail d’Arnaud qui les fait naître et les envoie coloniser des vitrines pour prendre leur indépendance. C’est le cas de la librairie « La Bouquinette » (28, Rue des Juifs) à Strasbourg avec qui il travaille régulièrement et pour laquelle il a créé des petits automates de fleurs qui semblent prendre vie au gré du vent ou un intérieur chaleureux qui donne envie de se jeter sur son canapé avec un bon livre. L’artiste me confie malicieusement : « J’aimerais particulièrement développer mon travail de vitrines animées ! Avis à toutes les boutiques qui aimeraient un peu de poésie sur leur devanture ! »

© Arnaud Finix

Un artiste qui a su garder son âme d’enfant

Quand je vois toutes ces petites vies s’animer sous les doigts d’Arnaud, je ne peux m’empêcher de penser à nos jeux d’enfants : découpages, collages, coloriages, « viens on dit que ça c’est une fleur magique »… Et du coup je lui ai demandé si finalement il ne serait pas un grand gamin : « Je pense en effet que je n’ai pas perdu mon âme d’enfant. Et j’espère bien ne jamais la perdre ! Tout semble tellement plus savoureux avec cette capacité de s’émerveiller de pas grand chose. Voir le monde à travers des yeux d’enfant rend tout plus léger, plus ludique et permet de booster sa créativité. » Et se sont tous ces souvenirs d’enfance qui ont poussé l’artiste vers son travail actuel : « J’ai toujours été fasciné par les mécanismes, le mouvement, et la nature. Lorsque j’étais petit, j’aidais déjà mon père à construire et déconstruire des machines, allant du vélo à la clôture de jardin… Comme beaucoup d’enfants j’avais aussi un train électrique pour lequel je fabriquais déjà des décors et des mécanismes miniatures ».

Son âme de môme curieux le pousse aujourd’hui encore à faire sa place dans les bandes de chérubins, et à y puiser les bonnes énergies créatrices qui se dégagent de leurs petites têtes pleines de ressources, encore vierges des tracas d’adultes et capables d’entrevoir mille objets à partir d’une bouteille vide et d’un bout de ficelle. En effet, Arnaud participe régulièrement à des interventions dans des écoles, pour présenter son métier de designer mais surtout pour sensibiliser les petits à la création et aux problèmes écologiques majeurs que connaît notre époque face à la surconsommation et à la politique du tout jetable : « Les interventions dans les milieux scolaires sont avant tout un moment de partage. Je trouve ça très touchant de mettre en valeur la créativité de chaque enfant qui participe à mes ateliers. C’est très constructif de pouvoir faire partager sa passion et ses compétences. C’est aussi un temps propice pour leur faire prendre conscience de la multitude d’objets à usage unique que l’on a autour de nous et à les questionner : comment peut- on changer notre point de vue sur ces « déchets » ? Une gourde de compote peut-elle devenir une voiture ? Des bouteilles en plastique assemblées se transformer en éolienne ? Lors d’une intervention j’ai remarqué que les enfants ne pensaient qu’à une chose : appuyer sur un bouton! Ils adorent ça ! J’ai voulu leur montrer que ce n’était pas la seule manière d’engendrer un mouvement. Nous avons expérimenté les énergies renouvelables comme moteur : le vent nous a permis de faire tourner le tambour de notre machine à laver-éolienne, fabriquée, bien sûr, avec des matériaux de récupération : bouteille en plastique, pic à brochettes en bois, bouchons, etc. Sans s’en rendre compte, nous avons parfois tout sous la main pour se construire des petits objets ou des mécanismes formidables ! »

En 2014, par exemple, Arnaud était intervenu à l’école Sainte-Foy de Sélestat et avait imaginé en collaboration avec les enfants, des véhicules de demain fait d’objets de récupération : bouchons, couvercles, boîtes de conserves… Mettant en place une adorable concession de petits véhicules plus astucieux les uns que les autres.

Ses projets du moment

Actuellement les activités de l’artiste sont quelque peu perturbées par les événements. Mais il m’explique qu’il profite de ce moment d’accalmie pour donner vie à des automates sur le thème du monde aquatique ; ceux-ci viendront piquer une tête en avril 2021 dans la vitrine de la librairie « La Bouquinette » à Strasbourg. Avant cela, on retrouvera Arnaud lors de l’exposition Dans l’Œil d’Hérodote de l’Atelier Pandore, pour laquelle il a créé des mécanismes qui viennent animer le décor autour de statues et rendre l’exposition vivante.

À côté de tout ça, Arnaud continue de concevoir des meubles innovants comme celui qu’il devrait présenter en septembre prochain à l’exposition Citizen Bike. En attendant, je vous invite à puiser de l’inspiration dans l’univers d’Arnaud Finix qui nous montre humblement qu’avec peu de choses, on peut construire tout un monde !


Découvrir le travail d’Arnaud

Instagram : @arnaud.finix
Site internet : http://www.arnaudfinix.com/


Charlie Picci-Claude

© Arnaud Finix

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