Le confinement a bouleversé les habitudes des Strasbourgeois. Il y a ceux qui se sont imposés de nouveaux rituels, bons pour le corps et pour l’esprit, avec la volonté ferme de les maintenir, ou pas. Puis ceux dont les travers se sont ancrés dans leur quotidien. Petit guide pour conserver les habitudes qui nous font du bien et se défaire des autres.

Le réveil ne sonne plus, ou plus tard. Les belles chemises et les jolis petits talons ont cédé la place à de larges tee-shirts et aux baskets. On descend à la boîte aux lettres tous les jours, alors qu’on l’ignorait avant, l’occasion de sortir d’ici. Pour les courses en revanche, on n’utilise plus que le drive. Le matin, c’est décidé, ce sera désormais 20 minutes de yoga et le soir plus question de se coucher sans s’être plongé dans un roman.

Le quotidien est fait de petites choses : des choix et des actions minimes, que l’on répète jour après jour sans même y penser. Ce sont les habitudes. Le confinement les a chamboulées, faisant disparaître temporairement certaines d’entre elles : aller chez l’épicier plusieurs fois par semaine, boire un verre avec les copains après le travail, se rendre à la salle de sport. D’autres rituels ont alors pris la place.

© Mathilde Piaud / Pokaa

Pour Stéphanie, la journée commence désormais les mains dans le pétrin : « Après avoir vu des recettes de baguettes sur Facebook, j’ai tenté le coup et je m’y suis mise tous les jours. Cela nous permet d’avoir du pain frais tous les jours et limite les visites à la boulangerie. » Tandis que chez Léa, les nouvelles habitudes sont studieuses : « En prévision de mon concours pour devenir prof d’espagnol, j’ai pris l’habitude de relire mes fiches de vocabulaire tous les soirs. C’est rentré dans une espèce de routine. »

Pour certains Strasbourgeois, la parenthèse offerte par le confinement est l’occasion de prendre de nouvelles résolutions et ancrer dans le quotidien de nouveaux comportements. Entre course à pied et séance de fitness devant les lives Facebook, nombreux sont ceux, par exemple, à s’être mis ou remis à l’activité physique. C’est le cas d’Aline : « Je cours entre 5 et 7 km tous les jours. C’est devenu naturel, je me dis « tiens, il est 18h je vais aller courir », comme un automatisme. »

Procurer une émotion positive

Mais comment fait-on pour prendre une nouvelle habitude ? Pour Virginie Poutçou coach certifiée, il faut miser sur « la théorie des petits pas ». « On ne peut pas tout révolutionner en un jour : arrêter de fumer, faire du footing tous les jours et se mettre à manger équilibrer, détaille-t-elle. Il faut commencer par se fixer un seul objectif. Au départ, la motivation est très importante, puis elle décroît. Après deux écarts on se dit « c’est trop difficile j’arrête ». Alors que de tous petits objectifs permettent d’ancrer le changement dans le long terme. On sait que c’est devenu une habitude quand on le fait naturellement, sans y penser. Ce peut prendre une semaine chez certains, six mois chez d’autres. »

© Mathilde Piaud / Pokaa

Pour Hélène Soler, psychologue spécialisée dans les thérapies cognitives et comportementales, dans chaque situation, nos comportements, nos pensées et nos émotions interagissent. « Une habitude va plus facilement durer si elle est en phase avec nos pensées, nos valeurs et croyances personnelles. Par exemple, je fais du sport parce que je pense que c’est bon pour moi, ma santé, mon développement personnel. Ce sera moins le cas si la motivation s’appuie sur une mode ou une pression sociale. De plus, l’habitude va durer si elle procure une émotion positive, une satisfaction. Et pour ne pas tomber dans un phénomène d’habituation ou de lassitude, c’est-à-dire s’habituer à cette émotion au point qu’elle n’ait plus d’effet et que l’on perde la motivation, on peut varier les façons de faire, en faisant par exemple du sport avec des nouvelles personnes ».

Et pour mettre en place ces nouvelles habitudes, quoi de mieux que deux mois de confinement devant nous ? « Je pense que c’est exactement le bon moment pour le faire parce qu’on en a l’opportunité, on en a le temps, constate la psychologue. La question à se poser c’est « est-ce que ça me convient et comment je vais faire pour continuer dans ma vie d’après le confinement ? » ».

Anticiper l’après confinement

Parce qu’il est bien là le point d’interrogation : qu’en sera-t-il de nos nouvelles habitudes une fois déconfinés ? Quand la routine, le travail, les sollicitations multiples, le stress aussi, reprendront de plus belle. Chez Lucie, par exemple, ce sont les repas du soir qui ont changé : « Avant, nous mangions tous les soirs devant la télé en rentrant du travail, maintenant nous prenons le temps de manger sans télé plusieurs fois par semaine. Nous allons tout faire pour continuer après, j’espère que ça tiendra », raconte-t-elle. Et pour que l’habitude perdure, Hélène Soler mise sur la prévoyance : « Il faut y réfléchir dès maintenant. Ce n’est pas quand le déconfinement sera là qu’il faudra y penser », assure la psychologue. Il faut se demander pourquoi j’ai mis en place cette habitude et est-ce que j’ai envie de la continuer ? Si oui il faut réfléchir à comment. Par exemple si j’ai aimé cuisiner, à quel moment de la semaine je vais pouvoir le faire. Si j’ai arrêté de fumer il faut se demander ce que je vais faire à la place, par exemple quand je serai en pause au travail. »

© Mathilde Piaud / Pokaa

Ceci dit, toutes les habitudes du confinement, aussi positives soient-elles pendant cette période, ne doivent pas impérativement être maintenues par la suite, met en garde Hélène Soler : « Certaines activités ont pour but de palier les effets négatifs du confinement et ces habitudes vont être uniquement liées au contexte , à la situation. Si l’habitude constituait un « médicament pour le confinement », il y a des chances qu’elle ne perdure pas. Les conséquences d’une habitude doivent être positives, si l’intégrer dans mon emploi du temps devient un casse-tête, cela devient une contrainte et donc disparaît. Il ne faut pas s’en vouloir si certaines « bonnes » habitudes se perdent et si d’autres « mauvaises » réapparaissent après le confinement. Ce n’est pas un mode de vie normal, il n’y a pas de culpabilité à avoir.»

Pour certains, ce ne sont d’ailleurs pas seulement les habitudes que le quotidien a changé, mais les valeurs, entraînant un changement de comportement. C’est le cas d’Ange, une jeune Strasbourgeoise : « Je suis très sensible à la pollution et à notre responsabilité à chacun. De voir la planète qui respirait à nouveau juste en nous enfermant, me rend triste et je remets en question tout mon mode de consommation et de voyager. J’approfondis ma pratique du Zéro déchet en faisant mes produits d’entretien moi-même par exemple. J’ai le temps de m’informer et je me suis inscrite à plein de groupes Facebook. »

Un peu de bienveillance

Enfin, il y a aussi les mauvaises habitudes, prises pendant le confinement et dont on craint de ne pas réussir à se défaire, quand la vie reprendra un goût d’ordinaire. Se coucher tard, grignoter, passer beaucoup de temps sur les écrans… « Je bois et je fume plus ! » constate par exemple Océane.

© Mathilde Piaud / Pokaa

Pour y remédier, Virginie Poutçou a quelques astuces. « Pour se débarrasser de certaines habitudes, il faut déjà lister celles qui ne nous conviennent plus et dont on ne veut plus. Puis les formuler positivement, en cherchant par quoi les remplacer. Ne pas dire « je ne veux plus grignoter » mais « je vais manger un goûter sain », puis être précis et concret : « je vais manger une pomme et un yaourt au goûter ». Ce qui peut être bien, c’est d’avoir un carnet, certains disent un livre des victoires, où l’ont écrit ses réussites, avec par exemple un petit soleil ou un Smiley. Et une fois encore, se fixer de petits objectifs. » Et l’on s’y tient ! Car Hélène Soler prévient, les habitudes ont la vie dure. « Si je perds une habitude et que je la réactive – en fumant « juste » une cigarette par exemple- elle peut très vite se remettre en place. ». Des conseils valables après le 11 mai, certes, mais aussi à tout moment !

Mais pas de pression : le déconfinement, à l’image du confinement, aura ceci de particulier : il n’aura rien d’ordinaire. « Il faut prendre conscience que le retour va être difficile », informe Hélène Soler. Tout ne redeviendra pas à l’identique du jour au lendemain et nos habitudes risquent de rester chamboulées quelque temps. « Je ferai attention dans les trains, je continuerai de me laver souvent les mains, prédit Megan, une Américaine de 27 ans installée à Strasbourg depuis 4 ans. J’aimerais que les Français mettent plus de distance entre eux, cette distanciation sociale j’aimerais bien qu’elle continue. »

Alors, surtout, quelque soit la façon dont vous aborderez ces jours nouveaux, n’oubliez pas d’être bienveillants envers les autres et surtout envers vous-même.

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