Alors que nous nous apprêtons à entrer dans une cinquième semaine de confinement, il est temps de faire le point. Nos journées qui, il y a encore un mois, étaient bien remplies et se partageaient entre cours, boulot, sport, amis, soirées, etc., se limitent maintenant à quelques heures de télé-travail, de cours à distance et d’apéros Skype. Cela fait donc au moins 26 jours que nous avons le temps… Le temps de faire notre ménage de printemps, de lire tous les articles Pokaa (bien évidemment), de s’adonner à quelques séances de sport, de cuisiner, de saigner Netflix, de scroller désespérément notre téléphone à la recherche d’une nouvelle image, d’un nouveau post mais surtout le temps de réfléchir. Couché sur notre lit, en proie à l’ennui, on ré-apprivoise ce sentiment qu’on ne connaît plus, à scruter le plafond, les yeux dans le vide, on fait le point sur notre quotidien, à réaliser ce(ux) qui nous manque beaucoup, et ce qui, bizarrement, nous manque moins… Et vous, que réalisez-vous ? Quelles remises en question, quelles prises de conscience cette situation inédite fait naître en vous ? Petit sondage de plusieurs Strasbourgeois.

*Certains prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des participants.

Prendre du temps pour soi et pour les autres

Pour Léane, étudiante en design multimédia de 22 ans, cette situation lui permet de réaliser à quel point, au quotidien, on oublie de prendre du vrai temps pour soi et pour les gens qui nous entourent : « Quand je suis dans mon rythme fac/boulot/dodo, je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer le soir à mon appartement, de me rouler en boule devant Netflix, et de dormir des heures. Or, aujourd’hui, je n’ai qu’une envie, c’est de revoir mes potes, mon copain… Je réalise que les interactions sociales sont tellement importantes pour moi et pour beaucoup de personnes je pense ». Cette situation la pousse donc à faire plus de choses pour elle et son entourage « Je prends le temps de me chouchouter, de me regarder vraiment, je fais des activités que j’aime faire. Et puis je redécouvre ma famille, j’ai même l’occasion de prendre des nouvelles de vieilles connaissances, et on « rattrape » le temps perdu en quelque sorte. Clairement, après le confinement, je retournerai boire un verre avec plusieurs d’entre elles ! ».

Léane

C’est également le cas de Mégane, 26 ans, qui profite de cette période pour se rapprocher de sa famille, et s’investir plus au sein de son foyer « Je me rends compte qu’avant le confinement, j’étais dans une période où j’avais besoin de me retrouver moi-même, un peu égoïstement. Mais depuis qu’on est tous à la maison, naturellement je me rapproche de ma famille et prends plaisir à partager nos tâches du quotidien. Je renoue aussi avec des activités que j’aime mais pour lesquelles je ne me sentais pas assez talentueuse, ou pour lesquelles je n’avais simplement pas confiance en moi : j’ai repris le yoga plus régulièrement, ainsi que le dessin. ».

Didier, 25 ans, voit cela comme une remise des compteurs à zéro, lui permettant d’anticiper son avenir : « Je prends plus de temps pour réfléchir à mes futurs projets. Avant, je savais que je devais préparer certaines choses, mais cela passait au second plan, après le travail. Aujourd’hui, je me rends compte à quel point mon emploi prenait toute la place et que j’en oubliait de me concentrer sur mon entourage, mes rêves à plus long terme, et ça fait du bien de pouvoir se recentrer sur ce qui est important. ».

Mégane

Changer des habitudes trop ancrées

C’est le but de Florian, 30 ans, qui profite de cette période pour repenser son mode de consommation : « Je remets énormément mon mode de vie en question ! Il ne m’est pas nécessaire de consommer, et de surconsommer, pour avoir un confort de vie satisfaisant. ». Cette période lui permet de réaliser que beaucoup de choses sont futiles et superflues dans son quotidien, « Je vis très bien même si je n’ai pas tout, tout de suite. Je m’aperçois aussi que c’est possible de faire beaucoup de choses soi-même, et que c’est même gratifiant : jardiner, cuisiner, construire, réparer, on peut faire des choses par nous-mêmes et on n’est pas obligé de compter sur autrui ou sur des grandes industries pour nous apporter ce dont on a besoin. »

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Line, 42 ans, mère de deux enfants, nous confie qu’elle aussi prend conscience de certaines choses et bouscule ses habitudes : « Avant, j’étais clairement dans l’avoir. Aujourd’hui, mes enfants et moi apprenons à être plutôt dans l’être ». En effet, avec l’impossibilité de sortir trop souvent faire ses courses ou son shopping, elle apprend à faire avec ce qu’elle a, et se fixe même des challenges : « J’ai une peur bleue des placards vides, de manquer. Or là, je commence à improviser avec ce qu’il me reste dans le congélateur, le garde-manger. Et je réalise que j’étais un vrai écureuil, j’apprends donc à me faire plus confiance. Mon défi est de tenir le plus longtemps possible sans retourner aux courses.».

Se rendre compte de notre chance

Didier réalise également à quel point notre liberté n’est pas acquise « Je prends réellement conscience de la chance que nous avons de circuler librement dans les rues, d’aller travailler ou de faire des études, de faire du sport … Et malheureusement on ne s’en rend compte qu’une fois limité ».

Arnaud, retraité de 63 ans profite, quant à lui, de cette période « mise sur pause » : « Dans notre malheur, j’apprends à me reposer. Moi qui suis toujours à cumuler les activités, le fait de rester confiné me permet d’apprécier de me poser, et surtout réaliser notre chance d’être en bonne santé, et de préserver celle-ci ainsi que celle de mes proches en restant sagement à la maison. »

Renforcer les liens entre les gens

Pour Marc, 48 ans, cette épreuve pourrait aussi être l’occasion d’augmenter l’entente et l’entraide au sein des entreprises « J’espère que cette période instaurera une nouvelle cohésion au sein de mon entreprise. Chacun a dû se réorganiser, en pensant aux autres, à soi, à ses propres obligations familiales et personnelles, certains ont dû prendre des risques pour que d’autres puissent continuer à télé-travailler. Je suis déjà très reconnaissant face aux services qui restent ouverts malgré tout. »

Line, enseignante continuant à créer du contenu pour ses élèves, et s’occupant en plus de la scolarité de ses deux jeunes enfants durant le confinement nous confie l’admiration qu’elle éprouve envers l’humanité dont font preuve énormément de personnes : « J’aime voir la solidarité, l’entraide qui se crée entre les gens. Des voisins qui demandent si on a besoin de quelque chose, des personnes qui essaient d’agir à leur échelle pour faciliter et protéger la vie des autres, c’est un beau message ». Elle profite de ces gestes afin de sensibiliser ses enfants « Je leur apprends la gratitude. Dans cette période étrange, je pense que c’est important de continuer à se remercier. Le personnel soignant, tous les métiers de l’ombre, les voisins, soi-même, l’univers,… »

Line et ses deux enfants

Mégane a pu réaliser, quant à elle, les problèmes rencontrés par le personnel soignant, et l’admiration qu’elle leur porte « Avant, je savais qu’il y avait des tensions, mais je n’étais pas plus renseignée que ça. Aujourd’hui, j’ai pris le temps de le faire et il est clair que des choses doivent changer pour eux ». Elle souligne également l’entraide qui se crée en temps de crise, et le besoin de beaucoup de personnes de faire des choses et de s’engager afin de se sentir utile.

Agir pour l’environnement

Line nous confie qu’elle apprend à observer la nature qui reprend ses droits « J’apprécie cette pause pour la nature et le vivant qu’il y a autour de nous et qu’on ne voit même plus. Maintenant que j’ai du temps, j’aime jardiner, mettre mes mains dans la terre pour planter des graines, chose que je n’aimais pas avant ». Cette situation lui fait également prendre conscience de l’importance d’une consommation plus locale et respectueuse de l’environnement « J’aimerais trouver des maraîchers, un fromager, respecter la nature qui m’entoure. Je pense que cela fonctionne comme un cercle vertueux. »

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Léane a un avis similaire, et aimerais également revenir à des produits plus locaux, créer des produits elle-même, et à limiter ses déplacements « Avec cette situation, je me rends compte qu’avant j’avais tendance à prendre la voiture très facilement. Dès qu’il me manquait une petite chose, je fonçais au magasin. Aujourd’hui, j’apprends à limiter mes déplacements et à prendre la voiture quand je n’ai vraiment pas d’autre solution ».

Florian, qui était déjà sensible à la cause environnementale avant le confinement, nous livre qu’il entend bien profiter du retour du printemps après le confinement, mais d’une toute autre manière : « Je me réjouis de pouvoir tranquillement retourner boire des pintes et déguster des flammes en terrasse, avec tous mes amis ». Et je pense que sur ce point-là, nous serons tous d’accord pour nous dire qu’heureusement, il y a des choses qui ne changent pas, et c’est très bien aussi !

Et vous ? Peut-être que ces témoignages font émerger des réflexions ? Ou peut-être aviez-vous déjà pris conscience de certaines choses ? N’hésitez pas à nous partager vos pistes de réflexions et vos avis en commentaire !


YAEL BECKER

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