Dans ce contexte de crise sanitaire, l’agroalimentaire fait partie des secteurs d’activités considérés comme indispensables. Les paysans sont évidemment obligés de continuer à travailler, mais doivent s’adapter à la situation. Nous avons interrogé plusieurs agriculteurs qui pratiquent les circuits courts, un modèle qui semble particulièrement fiable pour assurer l’approvisionnement alimentaire, et facile à adapter pour garantir de bonnes conditions d’hygiène aux clients.

Au début du confinement, la crainte de la pénurie a provoqué une ruée vers les supermarchés. Selon Le Monde, l’approvisionnement alimentaire n’était pas réellement menacé. Chez les petits producteurs qui pratiquent les circuits courts, « la question ne s’est même pas posée… C’est simple, les légumes continuent à pousser et on continue à les vendre directement à nos clients, » assure Mathieu Fritz, un paysan alsacien. Comme les marchés ne sont plus autorisés (ils pourraient cependant ré-ouvrir mardi avec des normes sanitaires plus strictes d’après les DNA), une adaptation était nécessaire, mais elle a fonctionné : sur sa plateforme internet, sur laquelle il est possible de composer les paniers que l’on récupère ensuite, sa clientèle a été multipliée par quatre ces deux dernières semaines :

« Notre méthode est certainement plus sécuritaire pour l’approvisionnement que les réseaux de distribution traditionnels. C’est très rapide, les clients viennent, prennent leur panier et partent. Et pour ce qui est de la sécurité alimentaire, les circuits courts sont très résilients. Le fait qu’il n’y ait pas de grandes distances à parcourir et pas d’intermédiaires minimise le risque de pénurie. Mais bon, on est encore trop peu à faire ça. »

Un mode de distribution plus sûr que les supermarchés ?

La distribution de paniers de légumes doit quand même s’adapter. Par exemple à Campus Vert, une association étudiante qui gère la distribution de paniers de légumes qui viennent de l’exploitation de Mathieu Fritz, une personne s’occupe de transmettre immédiatement les paniers aux adhérents lorsqu’ils arrivent. Ainsi, le temps passé par les personnes sur place est minimisé au maximum. Nathan, étudiant à l’INSA et membre de l’association, théorise sur la sécurité de ce mode d’approvisionnement :

« On pourrait considérer que la fiabilité sanitaire d’une chaîne d’approvisionnement dépend du nombre d’intermédiaires qui présente à chaque fois des risques potentiels de contamination des aliments et des travailleurs. Ici, comme il y en a très peu, la fiabilité est grande. En plus, dans un supermarché, tout le monde peut toucher un paquet d’emballage, le virus peut être transmis de cette manière. »

Guillaume coordonne l’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture de proximité) Les saveurs de Kienheim. « Nous aussi, on s’adapte, mais ça le fait. On a organisé un planning pour que les clients se succèdent pour chercher leurs paniers et ne se rencontrent pas. C’est juste un peu triste parce que d’habitude nos distributions sont des moments conviviaux qui finissent en Stammtisch (expression alsacienne qui signifie se retrouver autour d’une table pour discuter et s’amuser). »

Une situation difficile quand le chiffre d’affaire repose sur les marchés

Marianne, de la Ferme Mathis basée à Hœrdt, gère le magasin de son exploitation. « Il continue à tourner comme d’habitude, on a autant de clients. La seule chose qui nous fait peur, c’est d’avoir un surplus de production à cause de la fermeture des marchés mais on va essayer de compenser.«  Elle doit rapidement raccrocher le téléphone « parce qu’il y a du monde qui attend dans la boutique. »

Vincent Schotter, qui tient le Jardin d’Agnès à Ittlenheim, rencontre un peu plus de difficultés pour vendre ses légumes issus de l’agriculture biologique :

« Les marchés de Sélestat, Illkirch, Marmoutier et Obernai constituent 60 à 70% de mon chiffre d’affaire habituel, et ils sont tous fermés. On se propose de livrer nos clients d’Illkirch à domicile, mais ça ne compensera certainement pas les pertes, et ça nous fait beaucoup de travail en plus. On espère que ça ne va pas durer trop longtemps… »

Dans les champs, paysans et ouvriers agricoles s’adaptent

Pour ce qui est de la production, « sauf si tout le monde tombe malade, ça va continuer » explique Mathieu Fritz, qui emploie 5 personnes. « On essaye de ne pas se croiser, on fait toutes nos réunions dehors en gardant une distance de 2 mètres entre nous. Enfin, on utilise des masques, des gants, et on nettoie bien le matériel. »

Pour Vincent Schotter, la mise en culture qui va avoir lieux les prochaines semaines va nécessiter de la main d’œuvre. « Nous fonctionnons au bouche à oreille avec des travailleurs agricoles du coin. Tout le monde devrait venir, donc aucun problème à ce niveau-là. C’est juste compliqué pour les producteurs qui embauchent des travailleurs polonais comme ils ne pourront pas venir. D’après ce que j’ai compris, il y a suffisamment de personnes qui se sont proposées pour pallier à cette situation. »

Finalement, les paysans qui pratiquent les circuits courts semblent s’adapter à cette crise et garantissent l’approvisionnement alimentaire à leur échelle. Guillaume, de l’AMAP Les saveurs de Kienheim, ne s’étonne pas de ce constat. « Le système agroalimentaire mondialisé, qui fonctionne en permanence en flux tendu, est bien plus susceptible de s’effondrer qu’un réseau local. C’est logique et ça ressort d’autant plus en période de crise. En plus, les circuits courts sont bien meilleurs pour la planète et pour les agriculteurs. »

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