Après 40 jours de diète, le Racing est revenu dans son antre, le stade de la Meinau. Malgré la défaite contre Lille, que c’était bon de revenir dans ce stade, avec la ferveur de 25 000 personnes. Mais la Meinau, c’est également un endroit chargé d’histoire, depuis plus de 100 ans. Une histoire faite de guerres, d’événements internationaux et où le stade a pris différentes formes. Alors qu’il va bientôt entrer dans une nouvelle phase avec sa future rénovation, on revient posément vous raconter une histoire. Prenez vos plaids Racing, vos mugs Racing et c’est parti !

L’origine du monde

A la base, le stade de la Meinau – qui tient, bien évidemment, son nom du quartier dans lequel il se trouve – n’était pas l’antre du Racing. Il ne s’appelait même pas stade de la Meinau : c’était le jardin Haemmerlé. Ce pré était à l’époque propriété du FC Frankonia – aujourd’hui Sporting Club Red Star Strasbourg. En 1906, date de création du FC Neudorf – qui deviendra le Racing en 1919 –  le club jouait sur un terrain adjacent, même pas aux normes de l’époque.

Mais en 1914, tout change. Les dirigeants du FC Neudorf convainquent le propriétaire du jardin Haemmerlé pour signer un bail de location. Vous l’aurez deviné : le FC Frankonia n’était pas très d’accord. Ils ont même déposé une plainte, qui sera rejetée à la fin du procès, par la justice allemande, le 14 avril 1914. Qu’à cela ne tienne, le futur Racing a désormais son antre. Montant du loyer annuel : 300 marks. Comme souvent avec le Racing néanmoins, un problème arrive et non le moindre : la Première Guerre mondiale, avec la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août. Pas de soldats, pas de chocolat.

Premiers travaux pour le stade de la Meinau

Il faudra attendre la fin de la Grande guerre pour retrouver le stade. Le FC Neudorf est devenu Racing Club de Strasbourg et l’année 1921 est décisive pour la Meinau. En effet, la première tribune a été construite. Elle est en bois, peut contenir 800 personnes et a été réalisée bénévolement par les membres du club. Située côté Nord, elle marque le tout début du stade de la Meinau tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Plus tard, c’est un industriel strasbourgeois qui va financer la construction. Si vous êtes un aficionado de la ligne A, le nom vous dira tout de suite quelque chose : Emile Mathis. Le début des années 30 voit ainsi la construction de ce qui peut être considéré comme la première tribune populaire du Racing. Toujours en bois, elle peut contenir de 2000 personnes, est inaugurée en 1933 et devient très vite le lieu de rassemblement privilégié des Strasbourgeois fans de leur équipe. Et encore aujourd’hui, les tribunes populaires sont un emblème de ce qu’est le Racing, malgré l’augmentation féroce du prix de leurs places…

Brésil international et Seconde Guerre mondiale

Petit saut dans le temps. L’année 1938, le stade de la Meinau connaît un petit ravalement de façade. De nouveaux escaliers ! Des virages rénovés ! Des vestiaires modernisés ! Des lignes téléphoniques installées ! Mais pourquoi ? Tout simplement pour le plus gros événement sportif mondial : la Coupe du Monde !

Pour la seule fois de son histoire le stade de la Meinau accueille en effet un match de la Coupe du Monde. Et non le moindre : Brésil-Pologne, huitième de finale. Le Brésil de Léonidas, meilleur buteur de la compétition, finira par s’imposer par six buts à cinq, après prolongations ! Un match fou, suivi internationalement et diffusé en direct à la radio brésilienne. Et qui restera dans la mémoire de tous les Alsaciens présents ce jour-là.

Ce magnifique souvenir précédera des événements moins réjouissants. Annexé par l’Allemagne nazie en 1940, le Racing devenait le Rasensport et participait au championnat organisé par la Fédération allemande. Le FC Frankonia est devenue une équipe du régime nazi. À quatre reprises, les deux équipes se sont affrontées à la Meinau. Petite fierté strasbourgeoise : jamais l’équipe SS n’a pu s’y imposer.

La rénovation industrielle

Une fois la guerre terminée, la vie – et le football – ont pu reprendre leurs droits. Quelques années plus tard, en 1950, le Conseil Municipal décide d’entreprendre une rénovation en profondeur du stade. Au menu : gradins en béton armé de 2 500 places assises en plus d’une nouvelle tribune. Sans se vanter, à l’époque, cette maîtrise d’ouvrage était reconnue comme un chef d’œuvre en la matière. Le bon temps des travaux qui ne prenaient pas mille ans.

Ces travaux permirent en outre de doter le stade d’une salle d’éducation physique et sportive. La première tribune de presse fit également son apparition. En plus des vestiaires, douches, et même une infirmerie, sept logements furent construits pour les joueurs. Par la suite, la capacité du stade fut portée à 30 000 places grâce à la construction de gigantesques gradins. On a même eu le droit à une piste d’athlétisme de 400 mètres. Le grand luxe. L’inauguration de ces nouvelles installations, qui ont coûté pas moins de 40 millions de francs, eut lieu le 11 novembre 1951.

Strasbourg l’Européenne

La DeLorean réalise un gros saut dans le temps puisque l’on se retrouve à la fin des années 70. De belles années pour la Meinau. Le Racing obtient son unique titre de Champions de France lors de la saison 1978-1979 et joue les quarts de finale de la Coupe des clubs champions – ancêtre de la Ligue des champions – l’année suivante. L’année 1979 est également celle de plusieurs rénovations, pensées dans le but de faire de Strasbourg une place forte du football moderne.

Les premiers travaux démarrent en avril 1979 pour la tribune Ouest, qui compte en son sein les bureaux du club. Les travaux se sont poursuivis en plusieurs tranches jusqu’en 1984 afin de limiter les conséquences sur les matches. Un stade moderne voyait alors le jour, unanimement reconnu comme l’un des plus beaux d’Europe. Strasbourg a la classe.

Crédit photo : Racing Club de Strasbourg

L’année 1984 revêt une importance toute particulière pour Strasbourg et sa Meinau. Le championnat d’Europe qui se déroule la même année voit deux matches dans la capitale alsacienne, dont notamment la rencontre entre la RFA – on était toujours en période de Guerre froide – et le Portugal. Record d’affluence de la Meinau pour cette rencontre du 14 juin 1984, avec 44 766 spectateurs, dont 20 000 Allemands et 10 000 Portugais.

La Meinau devient institution européenne : en 1988, à l’occasion du bimillénaire de la ville de Strasbourg, c’est la finale de la coupe d’Europe des vainqueurs de coupes qui s’est déroulée à la Meinau, opposant Amsterdam et Malines. Dans la journée, 600 cars venus des Pays-Bas et de Belgique, plus 152 de France, étaient arrivés en ville. Ça c’est un vrai symbole de l’Europe !

Un stade plus aux normes et qui manque la Coupe du Monde

En réaction aux drames du Heysel en 1985 et de Sheffield en 1989, l’UEFA impose la présence de places assises dans chaque stade. Le stade de la Meinau, sans doute le plus moderne des stades de l’ancienne génération, paraît alors dépassé puisque plus de 25 000 places ne sont plus aux normes niveau sécurité. En octobre 1995, lorsque le Racing, revenu en Europe, reçoit le Milan AC, c’est devant 26 000 personnes. Pas mal me direz-vous, sauf que le stade était de 40 000 places !

En 1998 arrive l’un des plus gros traumatismes pour les amoureux de football strasbourgeois. Dès l’annonce de l’organisation de la Coupe du Monde 1998 par la France, Strasbourg est considérée comme un candidat solide. Mais la ville refuse catégoriquement de prendre en charge le coût des travaux de rénovation du Stade de la Meinau malgré les promesses d’aides financières de l’Etat et du Comité d’Organisation de la Coupe du Monde. Et c’est comme ça que Strasbourg est passé à côté du plus grand événement français de la fin du 20ème siècle.

Le passage au 21ème siècle

Au printemps 2001, pour répondre aux nouvelles normes de sécurité, la capacité du stade a été réduite à 29 000 places, avec aussi le remplacement du grillage par une fosse et l’installation d’un nouveau système de vidéo-surveillance. A la fin de l’année 2003, la municipalité, qui reste encore aujourd’hui propriétaire de l’enceinte, accepte de prendre en charge la réparation des panneaux d’affichage et du système sonore. Valait mieux le faire pour la Coupe du Monde les amis.

Puis arrive évidemment la descente aux enfers qui amène au dépôt de bilan de 2011. A ce moment-là, l’abandon du stade a été un temps évoqué en raison de son coût. Le choix d’y rester a été finalement fait, à juste titre : la Meinau est restée très fréquentée, même aux 4èmes et 5èmes échelons nationaux. Le public a fortement accompagné le Racing dans son retour au haut niveau. Encore plus l’année dernière, année de la victoire en Coupe de la Ligue : 18 matches de Ligue 1 sur 19 à guichets fermés et premier au Championnat des tribunes.

La Meinau est donc, comme le club qui habite les lieux, remplie d’Histoire et d’histoires. Deux guerres, des rénovations, des déceptions… Chaque fois que vous prenez un Picon en regardant la Meinau, que vous prenez une tarte flambée à l’intérieur du stade ou que vous chantez pour encourager nos Bleus et blancs, vous pourrez désormais vous dire que vous aussi, participez à un moment privilégié.

Désormais, les travaux pour rénover la Meinau sont prévus pour l’année prochaine. De façon à augmenter la capacité à 32 500 places. Une chose est sûre, pour que la Meinau reste le stade des Strasbourgeois, il faudra continuer à entretenir son histoire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here