Cette semaine, je suis allée à la rencontre de Jésus, un artiste-vidéaste décontracté bien connu des nuits strasbourgeoises, d’abord pour ses jolis clichés, mais pas seulement. Sorti des Arts Déco de Strasbourg en 2017, il se lance ensuite dans la réalisation de projets surprenants en collaboration avec plusieurs collectifs de notre chère ville. Actuellement en résidence au Shadok, il propose une œuvre surprenante et déstabilisante pour les sens. Je suis allée à sa rencontre pour en savoir un peu plus sur cette dernière.

T’as toujours vécu à Strasbourg ?

Je viens de la banlieue parisienne à la base. C’est en 2013 seulement que j’arrive à Strasbourg pour rentrer en Com’ aux Arts Décoratifs de la ville. Et depuis je bouge beaucoup !

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

J’ai toujours fait de la photo. Quand j’étais aux Arts Déco j’ai eu l’occasion d’effectuer un voyage d’échange au Brésil. Mon but était d’animer un atelier vidéo avec une ONG qui s’appelle Goldeletra. Deux classes de 6, si je me souviens bien. C’était vraiment fort. Je vivais à ce moment-là chez deux frères dans la favela de Caju. J’en ai fait un documentaire qui s’appelle : « Rien de spécial au brésil » que vous pouvez retrouver sur Youtube.

Peux-tu nous raconter tes débuts dans le milieu des arts visuels ici à Strasbourg ?

Au début j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec Rodrigo d’AV-Lab sur le projet YoLand, dont il est le créateur. Je faisais les photos et le graphisme. Il a monté son propre studio sous le nom de Studio Roko. J’ai rencontré les membres d’AV-Exciters, qui eux faisaient de l’installation et de la vidéo. Du coup, j’ai développé toute la partie installation avec eux. C’est aussi par ce biais que j’ai rencontré Guillaume Azambre qui m’a proposé d’être photographe Longevity, ou encore Maison Magique dont je suis maintenant l’égérie.

En gros, j’suis sorti de l’école en disant : « Salut, j’fais d’la photo, d’la vidéo et j’suis chaud à faire des trucs » (rires).

C’est quand je suis parti en Inde que tout s’est enchaîné pour moi. Après le Portugal je me suis rendu au Pôle Nord pour entamer une résidence en janvier dernier. C’est là où j’ai fait mon installation qui est arrivée à Blida en Juin et où j’ai rencontré Nicolas D’Ascenzio, le directeur du Shadok.

Quel lien entretiens-tu avec la photographie et la vidéo ?

Avant d’arriver aux Arts Déco je faisais énormément de photo. Je suis parti du principe qu’une vidéo, c’est 25 images-seconde. On raconte une histoire avec plusieurs photos qui bougent… C’est un cadrage, donc c’est de l’image. Ensuite j’en suis venu à faire beaucoup plus de vidéo dont du documentaire, car ce que j’aime vraiment, c’est raconter de nouvelles histoires à partir de mes images tirées de la réalité.

Peux-tu nous en dire plus sur ton univers ? Quelles sont ou ont été tes sources d’inspiration ? 

Mon univers, c’est partir du réel pour créer une fiction. Je travaille énormément le portait pour documenter la réalité mais souvent je m’appuie sur elle pour susciter l’intrigue chez les gens et par un « twist » je peux lier fantasme et réalité. Ce fantasme du futur et du ciel je l’apparente au développement humain.

Qu’est-ce que tu as cherché à livrer comme émotion dans tes projets ? 

Dans mes installations c’est l’esthétique industrielle qui m’intéresse, qui me touche. J’aime bien la ligne, la forme simple, déstructurée et lugubre. Lugubre comme un soleil noir. Lumineux, très coloré, mais avec en même temps un fond assez inquiétant.

Tu peux nous en dire plus sur cette installation que tu exposes actuellement au Shadok ?

Avec Nicolas D’Ascenzio on s’est basés sur « La cité des permutants » pour ce projet. C’est un livre de Greg Egan remettant en question la crédibilité informatique. ElvexRick est en fait une installation qui représente l’intelligence artificielle du lieu et elle est vraiment schizophrène. C’est l’histoire d’une ville qui capture des consciences humaines. On est partis du principe que le Shadok était animé par deux consciences humaines, Elvex et Rick, qui se sont libérées et qui se sont réunies dans cet espace. Elles se rendent compte qu’elles ne sont plus humaines et se posent des questions sur leur lien avec les humains et avec notre futur.

Et aujourd’hui tu bosses où ?

Le Fab Lab a déménagé mais il existe toujours. C’est à la COOP que nous avons déménagé. Maintenant ça s’appelle « Les ateliers éclairés ». Toujours en collaboration avec l’association AV-Lab et AV-Exciters, Ateliers HD, Studio Dao et Studio Roko bien-sûr. On est tous indépendants mais on travaille souvent ensemble sur différents projets. N’hésitez pas à venir nous faire un coucou !

Une dernière petite exclusivité à nous livrer ?

Restez connectés, y’a des trucs qui vont se tramer dans l’Est tout prochainement. Et pour info, ElvexRick, mon installation lumineuse, est encore visible au Shadok jusqu’au 30 novembre.

Alors sautez sur vos vélos, les consciences vous attendent avec impatience… 

Tu veux en savoir plus ?

Ophélie Thomas

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