Vous avez déjà dû vous en rendre compte, Strasbourg est riche de représentations animales: automates, sculptures et autres enseignes, plus ou moins m’as-tu-vue. En guise de premier aperçu, voici un panel qui va de la basse-cour aux eaux d’un fleuve lointain.

Un coq qui ne chante qu’à midi pile

4 juillet 2019. Dans la petite ville de Rochefort, en Charentes-Maritimes, se tient un procès pour le moins insolite : celui de Maurice le coq, accusé de chanter trop fort et de troubler le voisinage. Depuis lors on entend de-ci de-là qu’il faut protéger les bruits typiques de la campagne. Mais savez-vous que Strasbourg aussi possède son propre chant du coq ? Mais ici pas de problème de réveil trop matinal : il ne chante qu’à midi ! Et puis il serait bien difficile de le faire comparaître : il est en métal !

Certains l’auront reconnu, je veux parler du coq qui trône fièrement au-dessus de l’horloge qui marque l’entrée des locaux des DNA, rue de la Nuée-Bleue. Composé de centaines de petites plaques de métal (regardez-y bien, c’est assez bluffant, notamment pour les plumes), il fut fabriqué par un mécano qui travaillait dans les ateliers du journal dans les années 1920.

À son cocoricoooo qu’il émet à trois reprises répond, depuis son installation en 1991 de l’autre côté de la rue, une… poule bien évidemment. Celle-ci glousse tandis que des œufs sortent la tête (façon d’parler) de son nid. Soit dit en passant, ces œufs sont dorés et cette belle poule aux œufs d’or orne la façade de quel bâtiment ? Je vous le demande ! D’une banque. Oui oui.

Néanmoins ce fier coq ne fut pas loin de passer à la casserole durant la Seconde Guerre mondiale. Vous vous doutez bien que son chant patriotique n’était pas trop du goût des Allemands qui, en matière de symbole animalier, ont toujours préféré l’aigle au gallinacé. Heureusement il fut décroché à temps et caché aux yeux de l’occupant, ce qui lui permit de retrouver sa place dès 1945.

Une grenouille nichée dans un mur

Le coq, c’est champêtre. C’est un bon début pour voir Strasbourg du côté animal. Que diriez-vous maintenant d’aller observer une grenouille ? Allez, suivez-moi dans la petite rue de l’Épine. Si vous la descendez depuis la place Gutenberg via la rue des Serruriers, vous finirez par l’apercevoir sur votre gauche, entre deux arcades, bien à l’abri dans une petite niche, elle-même protégée par l’encorbellement de l’étage du dessus.

Vous me direz mais que fait-elle là ? Eh bien, de la même façon que l’Homme de fer (dont on vous parlait il y a peu) était l’enseigne d’un armurier, cette grenouille était l’enseigne d’un débit de boisson qui s’appelait tout simplement « À la grenouille » ou « À la grenouille dorée » (Zum güldenen Frosch). On sait que ce lieu proposait du vin car sur la clé de voûte du porche à droite de l’enseigne, on peut encore distinguer de la vigne et des grappes de raisin, symboles qui signalaient l’appartenance à la corporation des vignerons. Si on peut aussi y lire la date 1691, il ne fait aucun doute que le débit existait au moins depuis le XIVe siècle.

Un renard au langage séducteur

Il y a des histoires urbaines qui ressemblent à des fables. Et des lieux qui en conservent le souvenir. Ainsi du winstub « Au renard prêchant » et son enseigne faite d’un goupil qui toise la petite place de Zurich dans le quartier de la Krutenau.

Ce lieu n’a pas toujours abrité une auberge. Le petit clocheton qui coiffe le toit de la maison accolée prouve que celle-ci était une chapelle tandis qu’une ancre visible sur la façade rappelle que l’auberge était une maison de bateliers. Rien d’étonnant à cela. Il faut savoir qu’auparavant, l’endroit était cerné par les eaux. On l’a rappelé en racontant l’histoire de la fontaine des zurichois ; la rue de Zurich était un canal qui ne fut comblé qu’au XIXe siècle.

Mais revenons à notre histoire dans laquelle il est question d’un renard prêchant, justement, sur la berge. À qui ce renard donnait-il à entendre son beau verbiage ? Aux canards du canal pardi ! Renard / canards : vous commencez à comprendre où est-ce qu’on veut en venir ? Mais comme dans toutes les histoires anciennes, il y a un moment où ça se complique et où les choses sont moins claires que prévu. Doit-on prendre l’histoire au pied de la lettre : à savoir un renard tentait d’attraper sournoisement des canards ou doit-on plutôt y voir une allégorie, comme dans toute bonne fable ? En ce cas, d’un renard touffu et roux il ne serait pas question. Mais d’un habitant nommé Fuchs (« renard » en allemand) oui ! En fait, celui-ci aurait pris la fâcheuse habitude d’amadouer les canards du coin. De simples canards qu’il appâtait pour – couic – leur tordre le cou ? Ou bien plutôt des « canards » avec deux jambes, deux bras, une tête et des vêtements, voisins un peu trop crédules tous prêts à se faire embobiner par ce beau parleur qu’était M. Fuchs ? Eh bien je l’avoue sans ambages, je n’en sais rien. Comme dans toute bonne histoire ancienne, il restera toujours un peu de mystère… En tout cas, une plaque sur laquelle est inscrit Wu d’r Fuchs de Ente predigt (« Là où le renard prêchait aux canards ») nous rappelle au souvenir de cette histoire.

Un crocodile du Nil sur les bords de l’Ill

Après la grenouille et le renard, on continue avec les enseignes, qui étaient décidément le principal vecteur de représentations animalières en ville. Celle-ci est certainement la plus célèbre de Strasbourg : je veux parler bien sûr du crocodile qui ouvre sa gueule béante sur les passants qui flânent dans la rue de l’Outre. Fabriqué en métal, il invite à pénétrer dans le restaurant pour découvrir un congénère beaucoup plus gros et surtout plus vrai que nature. Mais ça, c’est une autre histoire, qu’on vous racontera prochainement dans un prochain épisode des Secrets d’Histoire strasbourgeoise consacré aux traces de l’Égypte antique à Strasbourg.

J’aurais pu vous parler aussi de cette cigogne sculptée sur la cathédrale, de l’homme-girafe debout devant les locaux d’Arte et de la tête de girafe de la Krutenau, de l’ours rue d’Austerlitz, des têtes de chevaux qui ornent le palais Rohan ou encore du lion de la Grand Rue ; tout un bestiaire qui prouve qu’on peut admirer nombre d’animaux en ville, même si ceux-ci sont plus souvent faits de pierre que de chair. Il suffit bien souvent de lever la tête!

>>> FLORIAN CROUVEZIER

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