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Histoire de Strasbourg : quels secrets se cachent derrière la mystérieuse « rue du Dragon » ?

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Une fois n’est pas coutume, on s’intéresse aux noms des rues de la capitale alsacienne. Juste à côté du quai Charles-Frey, la rue du Dragon a une histoire palpitante, entre imaginaire fantastique, demeure historique et grandes familles strasbourgeoises. On vous raconte.

Souvent, un nom de rue commémore un élément qui a marqué le lieu. Les bateliers ont marqué l’histoire de leur quai, la cathédrale surplombe sa place. Qu’en est-il de la rue du Dragon ? Est-ce que, dans des temps anciens, on a vu un dragon y établir son repaire ? Y a-t-on craché du feu, protégé un trésor ou zigouillé des Hobbits ?

On vous avait déjà parlé des cornes de licornes strasbourgeoises, alors ce n’est certainement pas un dragon au bord de l’Ill qui va nous impressionner. Cette rue, par son ancien hôtel renommé et les familles de pouvoir qui s’y sont succédé, cache une facette méconnue mais passionnante d’un Strasbourg disparu.

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V’là les Schmit

Alors, monstre ou pas monstre ? On ne retrouve pas de trace de légende concernant un dragon en ce lieu, mais malgré tout, l’origine de ce nom reste un peu mystérieuse.

Le Dictionnaire historique des rues de Strasbourg nous apprend que la rue ne revêt un nom lié à l’animal mystique qu’à partir de 1580. Ça fait déjà un bout de temps, direz-vous. Sauf que se pose la question : pourquoi la rue est passée de « Horneckergässelin » à « Drachengässelin », donc littéralement « ruelle du Dragon » ?

Eh bien comme c’est bien souvent le cas sur ces sujets, les avis des spécialistes divergent. La version la plus communément admise est que la rue a pris le nom de la famille propriétaire de l’impressionnant hôtel particulier qui s’y trouvait. Dans plusieurs écrits de référence, la question ne se pose même pas : « Son nom actuel [rue du Dragon, ndlr] dérive lui-même de la famille Drach ou Drachenfels », peut-on ainsi lire dans l’édition 1995 de l’Annuaire de la Société des Amis du vieux Strasbourg.

Illustration hôtel du Dragon
Illustration de l'hôtel du Dragon par Émile Schneider. © Émile Schneider / Capture d'écran

Du côté de la Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, c’est un autre son de cloche. Dans une notice consacrée à la famille Trachenfels (c’est les mêmes que les Drachenfels, dites l’un ou l’autre, personne ne vous en voudra), on lit que le nom de cette grande famille de la noblesse strasbourgeoise est en fait… Schmit. Quelle originalité.

Il est précisé : « Par la suite, la famille se dénomma d’après l’enseigne de la maison ‘zum Drachenfels’ qu’elle habitait. » Ce serait donc la famille qui a pris le nom de la maison, et non l’inverse ? On ne tranchera pas ici.

Pas de légende de dragon, donc. Tout au plus, une représentation de l’animal fantastique sur la façade d’une maison emblématique. Mais restez, l’histoire vaut quand même le détour !

Une demeure historique

Les Drachenfels, originaires du Palatinat, c’est une famille qui pèse à Strasbourg. Pas moins de quatre Ammeister (on vous explique ce que c’est juste ici), des élus au Grand Conseil, diplomates et membres du clergé ! Ils prennent possession de cet hôtel particulier à l’angle de la rue de l’Écarlate et du quai Saint-Nicolas au 16e siècle.

À l’époque, l’imposante bâtisse a les pieds dans l’eau : elle bouche le quai et impose de contourner par la rue de l’Écarlate et la rue du Dragon. Le bâtiment est désormais connu sous le nom de « l’hôtel de Drach » ou « hôtel du Dragon ». Ici, on ne parle pas d’un établissement hôtelier mais bien d’une propriété acquise à la noblesse locale.

Le bâtiment est emblématique ! Il reçoit des personnalités éminentes. L’empereur Sigismond (du Saint-Empire) y séjourne un mois, en 1418. La période marque les chroniques strasbourgeoises qui retiennent les fêtes mémorables qui s’y déroulent.

Illustration de l’hôtel du Dragon au 18e siècle
Illustration de l'hôtel du Dragon au 18e siècle. © Émile Schweitzer - Domaine public / Capture d'écran

Au fil des propriétaires, les Drachenfels n’ayant pas conservé la demeure bien longtemps, d’autres personnalités s’y succèdent. Au 17e siècle, Louis XIV y séjourne lors de son passage à Strasbourg qui donne lieu, lui aussi, à des festivités qui ont marqué la ville.

En 1725, c’est là-bas qu’on y prépare un mariage pour le moins surprenant. La princesse Marie Leszczynska épouse le jeune Louis XV en la cathédrale de Strasbourg… malgré l’absence de l’époux. La future reine réside alors dans l’hôtel du Dragon. L’historien Adolphe Seyboth raconte à ce sujet qu’on aperçoit régulièrement la princesse au balcon de l’hôtel, filant au rouet.

Au courant du 18e siècle, l’hôtel du Dragon, devenu « Hôtel du gouvernement », est investi par l’armée qui y installe une buanderie et y stocke de la literie. Le bâtiment est progressivement laissé à l’abandon.

Hôtel du Dragon
Photographie de Mathias Gerschel, 1885. © Fonds BNU Strasbourg / Capture d'écran

Le dragon existe encore

C’est à la fin du 19e siècle que l’on dit adieu à l’hôtel du Dragon (pas définitivement, on va le voir). Là encore, plusieurs versions s’opposent quant à la raison de sa démolition. La plus persistante demeure celle selon laquelle le bâtiment, qui obstrue le quai et oblige à contourner celui-ci, gêne le développement des véhicules hippomobiles.

Hôtel du Dragon
Hôtel du Dragon à l'arrière et au premier plan, l'ancien pont Saint-Nicolas. © Auteur inconnu - Domaine public - Archi-Wiki) / Capture d'écran

Cette raison est pourtant rejetée par certain(e)s. Le prolongement du quai Saint-Nicolas, qui empiète sur l’Ill dans un écart encore tel quel aujourd’hui, a été construit avant la démolition de l’hôtel du Dragon. Ce nouveau quai, mis en évidence juste ici sur l’incontournable blog d’Antoine Wendling, permet alors parfaitement de contourner le bâtiment par le bord de l’Ill.

En lieu et place de l’hôtel historique, l’administration allemande édifie une école. Le nouveau bâtiment, à l’aspect quelque peu écrasant, ne séduit pas les Strasbourgeois(es) de l’époque. Pendant toute une période, au début du 20e siècle, l’institution prend le nom de « l’école du Dragon ».

Aujourd’hui lycée professionnel, l’établissement conserve encore et toujours sur sa façade un relief représentant l’ancien hôtel.

La rue du Dragon a conservé son nom au fil des siècles, à l’exception de la fin du 18e où on l’a appelée du petit nom « Au vieux gouvernement », puis d’un chaleureux « rue Mort-du-Tyran » à la Révolution, avant d’opter pour un plus sobre « rue de la Loi » jusqu’en 1817.

À l’angle de la rue de l’Écarlate et de celle du Dragon, l’hôtel 4 étoiles qui occupe une vieille bâtisse plusieurs fois centenaire a pris le nom « Hôtel du Dragon ». Un petit clin d’œil à son ancien voisin disparu.

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