Pendant la période estivale, 301 morts par noyade ont été recensés dans l’Hexagone depuis le 19 juin, un chiffre en augmentation de 14% par rapport à 2025. Pour lutter contre ces événements tragiques, des dispositifs strasbourgeois comme Carava’nage ou les clubs de sports s’activent toute l’année.
« On garde les oreilles dans l’eau et on regarde le ciel ». Une scène inhabituelle se déroule se jeudi 27 août dans la cour de récréation de l’école élémentaire de Lampertheim. Depuis près de deux semaines, le dispositif Carava’nage et sa piscine ambulante se sont installés à l’arrière de l’établissement scolaire.
Lancé le 8 juillet dernier, Carava’nage sillonne les communes de l’Eurométropole pour la cinquième année, « avec une volonté de mailler le territoire », explique Alexis Baye, chef du service AquaGlisse, qui gère les piscines, patinoires et plan d’eau de l’Eurométropole de Strasbourg.
Cette année encore, 350 enfants de 4 à 6 ans, ont pris part à dix séances gratuites avec un objectif simple, « qu’ils prennent confiance en eux et puissent réagir sans stress s’ils sont dans l’eau », affirme Claire Urban, l’une des deux maître-nageur présents durant ces deux semaines à Lampertheim.
Au programme du jour pour les élèves, « on se laisse tomber dans l’eau, on remonte à la surface et on traverse le bassin avec et sans lunettes », poursuit la maître-nageur.
301 morts par noyade depuis le 19 juin en France
« Ce qui crée les noyades, c’est la panique. On essaie surtout de dédramatiser le fait d’être dans l’eau, d’éliminer certaines peurs qui peuvent être induites par les parents ou par l’imaginaire », poursuit son collègue Frédéric Wolf.
En d’autres termes, le dispositif entend sauver des vies, dans un contexte marqué par une recrudescence des noyades cet année. Le 23 août dernier, la ministre des sports, Marina Ferrari, faisait état de 301 morts par noyade depuis le 19 juin. Une augmentation de 14% par rapport à l’année 2025.
Selon le site Santé publique France, « la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans en France ». Alors apprendre dès le plus jeune âge à évoluer dans l’eau, « c’est vital » pour Claire Urban.
On est en train de constater les manquements liés à la période Covid.
Loin des enjeux cruciaux qui planent sur ces ateliers, les enfants s’éclatent dans l’eau. « Tous les matins elle en parle. Ça va être compliqué de ne pas l’emmener lundi », glisse Nathalie, maman d’une apprentie nageuse.
« On a été dans l’eau cet été, mais c’était bouée et brassards. Elle ne mettait pas la tête sous l’eau parce qu’elle n’osait pas, elle avait peur. Là elle a appris à le faire donc c’est positif, ça me rassure. Je travaille en réanimation pédiatrique en plus, donc je vois des noyades ».
Avec sa piscine ambulante, Carava’nage entend aussi aller à la rencontre d’un public parfois éloigné des bassins. « C’est important pour les enfants qui ne se seraient pas déplacés dans nos piscines. Que ce soit avec les centres de loisirs, les centres socioculturels ou simplement avec une inscription en mairie, on arrive à sensibiliser des enfants qu’on aurait sûrement jamais sensibilisé dans nos piscines », explique Mohamed Mezrag, chargé de mission au service AquaGlisse.
À la rentrée, les pouvoirs publics tenteront de rester mobiliser sur la question, pour préparer la prochaine saison estivale. « On fera, au courant de l’automne, un diagnostic de fonctionnement et une recherche de pistes d’améliorations pour la saison prochaine », affirme Jean-Louis Hoerlé, maire de Bischheim et vice-président de l’EMS en charge des équipements sportifs.
Les adultes ne sont pas épargnés par les noyades
Si le bassin s’est déjà installé dans une vingtaine de commune depuis sa création, il ne peut en visiter que quatre chaque année, sur les 33 que compte l’EMS. De quoi envisager la création d’un second bassin ? « C’est une question qui sera posée. La priorité c’est de sécuriser les piscines aujourd’hui, au niveau de l’entretien et de la propreté », tempère l’élu.
Dans le même temps, l’ASPTT Strasbourg accueillait ce jeudi 27 août une réunion publique de prévention des noyades et de lutte contre l’aquaphobie, en partenariat avec le comité départemental de natation. Car parmi, les noyades recensées cette année, une partie non-négligeable de ces événements tragiques concerne aussi des adultes.
Le club omnisport strasbourgeois propose notamment des cours de natation à destination d’un public adulte pour tous les niveaux. « On a l’avantage de travailler à la piscine de Hautepierre, avec un fond amovible. On peut le régler pratiquement à 40 centimètres d’eau et les faire déambuler pour ce ne soit pas une agression, mais au contraire, quelque chose qu’ils maîtrisent complètement », explique Jean-José Castaldi, président de l’ASPTT Strasbourg.
« Une réflexion doit être menée »
Ces dernières années, il a notamment remarqué une baisse de niveaux dans une certaine frange de la population. « On est en train de constater les manquements liés à la période Covid. Les enfants n’ont pas pu avoir leur cycle de natation en primaire. Ils se retrouvent en sixième sans avoir les bases et ils accumulent les retards », explique-t-il.
Alors que les étés caniculaires promettent de s’enchainer, les risques de noyades ne feront qu’augmenter en conséquence. Dans ce contexte, le président de l’ASPTT estime qu’il faut engager des changements. « Je pense qu’une réflexion doit être menée pour permettre à toute population, jeune ou adulte, de pouvoir accéder à une piscine ».


