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SOS libido en détresse : 4 Strasbourgeois(es) parlent de leur absence de désir

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Selon l’Inserm et l’Ifop, la fréquence des rapports sexuels a continuellement baissé en France ces dernières années. Si cette chute de libido collective fait couler beaucoup d’encre dans la presse, plus rares sont les articles qui s’intéressent aux causes de ce phénomène. Comme on est plutôt curieux/ses chez Pokaa, nous avons demandé à quelques Strasbourgeois(es) ce qui affecte leur désir au quotidien. Et comment ils et elles font pour en prendre soin.

Si vous tapez « baisse de libido » sur Internet, vous trouverez une longue liste de causes possibles. Des variations hormonales aux difficultés relationnelles avec votre partenaire, en passant par le stress, le manque de sommeil, ou encore les problèmes de santé mentale. Il faut creuser un peu pour trouver des ressources qui parlent du quotidien. De la charge mentale de tous les jours. Et des fluctuations somme toute assez normales du désir.

Alors, qu’est-ce qui abîme la libido ? Et comment en prendre soin ? Nous avons posé la question à quatre Strasbourgeois(es).

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Endométriose et charge mentale

Artiste-autrice, Myriam* est mère d’un enfant en bas âge et traitée depuis de nombreuses années pour une endométriose sévère. Lorsqu’elle doit faire la liste des choses qui affectent son désir au quotidien, sa pilule arrive en tête. « Lorsque je l’ai arrêtée pour que l’on ait notre premier enfant, j’ai tout de suite vu la différence », explique-t-elle.

Impensable de l’arrêter par ailleurs cependant, tant ce traitement lui est nécessaire pour limiter les douleurs.

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

Encore largement sous-diagnostiquée, l’endométriose est une maladie chronique qui touche une femme sur 10 en âge de procréer. Elle se caractérise par la présence d’endomètre en dehors de l’utérus. Similaire à la muqueuse utérine, ces tissus se dégradent au fil du cycle et peuvent entraîner des saignements dans l’abdomen et de très vives douleurs.

« Quand je ne suis pas sous pilule, faire l’amour est un branle-bas de combat. C’est très douloureux. Je peux passer ma nuit aux toilettes après », explique la jeune femme, pour qui « beaucoup de choses » découlent de la gestion de cette pathologie. « Associer endométriose, libido, désir, c’est compliqué et je trouve important d’en parler. »

« Ça n’affecte pas sa libido alors que la mienne, si »

En deuxième position vient le fait d’avoir une enfant de moins de trois ans : « Tant qu’elle n’est pas couchée, on ne se retrouve pas tous les deux, explique la jeune femme. Et une fois qu’elle l’est, il faut penser à tout pour le lendemain : préparer ses vêtements, voir comment on s’organise… C’est une charge mentale que nous partageons totalement avec mon conjoint. Mais ça n’impacte pas sa libido alors que la mienne, si. »

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

Au quotidien, Myriam* doit aussi composer avec son travail en freelance. « Je ne m’arrête pas de travailler à 17h. Je vais chercher ma fille et je reprends quand elle est couchée pour finir ce que j’ai à faire. Même pendant les vacances, je n’arrive pas à couper avec le travail. Je regarde toujours un peu mes mails. Des vraies vacances, ça fait longtemps que je n’en ai pas eu»

Entre la parentalité et le travail en freelance, difficile de « mettre son esprit sur pause ». « Ça met un stress de ne plus ressentir de désir physiquement pour une personne alors qu’on l’aime », poursuit la jeune femme qui en parle régulièrement et ouvertement avec son conjoint. Pour prendre soin de sa libido, le couple a décidé de se donner rendez-vous régulièrement. Une manière de rompre avec le flot du quotidien.

« C’est peut-être un peu moins glamour parce que moins spontané, mais le fait que ce soit programmé me permet de me préparer un peu. De faire de la place pour ça à l’avance. C’est notre moment à nous. »

enfants + jeune public + OPS + orchestre philharmonique strasbourg
© Document remis / OPS

Boulot et réseaux sociaux

Photographe indépendante, Laura est en relation depuis plusieurs années avec un homme exerçant une profession libérale. Comme pour Myriam, le travail non salarié pèse lourd sur son intimité. « On a choisi de ne pas vivre ensemble, notamment pour avoir le plaisir de se retrouver, mais comme on est indépendants tous les deux, on a énormément de mal à se reconnecter l’un à l’autre parfois. Parce qu’on pense au taf. On ramène nos problèmes à la maison : moi le fait que je ne trouve pas assez de clients et lui le fait qu’il a encore beaucoup de choses à penser quand il rentre. »

À cette charge mentale liée au travail s’ajoute un autre facteur néfaste pour la libido : les écrans. « Dans mon entourage, on est obligé de se mettre des limites pour arrêter certaines applications, poursuit la jeune femme. J’ai beau être toute la journée sur mon ordinateur, quand je rentre, je scrolle ou je réponds à des mails et je partage des trucs marrants avec des gens. Je suis rentrée, mais je ne suis pas pleinement là et je ne m’en rends compte qu’à 23h. »

charge mentale sexualité
Laura. © Adrien Labit / Pokaa

Pour elle, les réseaux sociaux ont changé notre rapport au désir et à la sexualité car ils nous amènent à nous comparer – consciemment ou non – à des corps parfaits et à des mises en scène millimétrées. Le tout, dans un flux ininterrompu de contenus qui nous gardent captifs de nos écrans.

Pour rompre avec ces soirées vortex sans réelle connexion à l’autre, Laura et son compagnon ont décidé de s’offrir un soir par semaine où ils coupent leurs téléphones. « On appelle ça les soirées peau-à-peau, sourit-elle. On se pose au lit beaucoup plus tôt, presque en rentrant. On se colle l’un à l’autre, on discute. Ce n’est pas forcément un moment où on se dit qu’on va coucher ensemble, mais on s’offre un espace où ça peut plus facilement arriver. »

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

« Ce qui nous rapproche beaucoup aussi, ce sont les activités manuelles et créatives. J’ai été surprise de voir à quel point c’était efficace », poursuit Laura, qui se souvient d’expos dont ils sont sortis en se tenant la main. Elle cite également les retours de soirées, où ils se retrouvent après avoir vu chacun évoluer, discuter, interagir avec d’autres.

« Il y a une espèce d’euphorie aussi. Toute cette charge mentale dont on parlait, on la dépose à l’entrée de la soirée et on passe 5-6 heures bien cocon avec les potes ou en train de danser. Quand tu rentres, tu te sens libre et léger. »

La charge mentale d’être étudiant étranger

Charbel est étudiant étranger dans une filière artistique. « C’est un pack qui vient avec beaucoup de charge mentale supplémentaire. Je n’ai pas le privilège de pouvoir échouer, parce que si je rate un semestre ou finis par être défaillant, je n’ai plus le droit de renouveler mon titre de séjour et je devrai quitter le territoire. Il y a aussi tout un aspect administratif : faire des papiers, remplir des demandes. C’est le parcours du combattant, même pour des choses qui devraient être simples. »

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

À la fin : « Ça a un énorme impact sur ma santé mentale et ça finit par impacter ma libido. J’en viens à la négliger complètement », explique le jeune homme, qui considère que le sujet reste encore tabou chez les hommes. « Dans notre société, le désir sexuel est assez relié à la masculinité. Il y a une norme qui voudrait qu’être un homme se caractérise par un désir excessif. Du coup, les hommes n’assument pas d’avoir une baisse de désir. Personnellement, je considère que c’est un aspect de la vie qui varie, qui est propre à chacun en fonction de ce que l’on traverse. »

Autre frein au désir : la fétichisation dont il fait parfois l’objet, de la part des hommes qu’il rencontre. « Certaines personnes me montrent parfois un excès d’affection ou d’intérêt vis-à-vis de mes origines étrangères. C’est très perturbant », explique-t-il avant de raconter des anecdotes de rencontre où il a été réduit à un objet de désir exotique par ses dates.

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© Mathilde Cybulski / Pokaa

Pour Charbel, la libido est quelque chose qui fluctue naturellement. Ce qui lui permet de la ranimer, c’est de prendre soin de sa santé mentale. « Un suivi psychologique, c’est crucial pour retrouver une libido à mon sens », explique l’étudiant, qui encourage tous les hommes de son entourage à en franchir la porte. « C’est un miroir. Ce que l’on dit au psy, ce sont des choses que l’on se dit à nous-même. Avoir peur d’y aller, c’est avoir peur de se confronter à soi-même. »

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© Adrien Labit / Pokaa

Fatigue et différence d’envie

Marie* travaille dans le secteur aérien depuis plusieurs années. « Le premier facteur qui a un impact négatif sur mon désir, c’est le boulot. Surtout depuis que je fais des long-courriers, explique la jeune femme, dans la fin de la vingtaine. Avec le décalage horaire, j’ai un sommeil déplorable. Il y a une fatigue qui s’installe, chronique, un peu subtile. Je n’arrive jamais à rattraper le sommeil que j’ai perdu»

La jeune femme a également découvert qu’elle avait un dérèglement hormonal et a souffert pendant plusieurs années de dyspareunie, c’est-à-dire de douleurs à la pénétration. Cette affection touche 9 à 15% des femmes âgées de 18 à 60 ans et peut avoir de multiples causes. Marie a réussi à en venir à bout avec un kiné spécialisé. Mais ces troubles gynéco et la fatigue ont accentué un différentiel de libido avec son partenaire.

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

« À un moment, je me forçais un peu parce que je me disais qu’il fallait que mon couple tienne. Et ça m’a tuée. Je suis rentrée dans une spirale autodestructrice au point de ne plus avoir envie du tout. » Marie* en a parlé à son partenaire et a fini par aller voir une sexologue pour en discuter. « Aujourd’hui, on prend plus le temps de se retrouver pour un moment intime. Nos moments ensemble sont encadrés par un certain nombre de contraintes temporelles. Et nos téléphones ne sont jamais bien loin. Nos créneaux sont toujours un peu courts pour la courbe de mon désir. »

Tous ces éléments ont amené Marie à réfléchir à la pression que les femmes subissent encore aujourd’hui. Aux injonctions à être désirable et désirante. « Aujourd’hui, on travaille, on a nos rythmes, certaines, après leur journée, vont chercher les enfants, font le ménage, font à manger. Et il faudrait que le soir, après tout ça, on soit encore dispo pour s’envoyer en l’air », s’agace-t-elle.

charge mentale sexualité
© Adrien Labit / Pokaa

Parmi les choses qui lui font du bien en revanche, la jeune femme cite les vacances. « La charge mentale est quasiment à zéro, on change d’environnement et le désir est plus spontané. » Et pour éviter de « se bloquer » au quotidien, Marie a appris à dire non quand elle n’avait pas envie de faire l’amour. Mais aussi, à savoir dire que l’intimité était chouette. En somme, à mieux communiquer.

*Les prénoms ont été changés

Écrit par :
Journaliste option roman fleuve. Hyperactive enthousiaste et caféinomane.
Photo par :
Photojournaliste actif de jour comme de nuit. Craint le froid et la sonnerie du réveil.
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Commentaires (1)

  1. Bonjour et grand merci aux 2 journalistes et aux 4 personnes de Strasbourg pour cet article. C’est un condensé de plein de facettes de la vie quotidienne, exposées avec réalisme et rendues avec simplicité et clarté ! Bravo aux 4 personnes de s’être ouvertes avec transparence tant sur les problèmes que les solutions , et bravo aux 2 journalistes pour leur qualité d’écoute ( ce qui a sans doute participé à la libération de cette parole ) et le rendu très concret construit avec des mots du quotidien. On s’y retrouve ! Et bien des éléments font écho à notre propre vécu !
    Bravo et merci !
    Bien cordialement
    Pierre

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