Les 10, 11 et 12 juillet, le festival Décibulles a rassemblé 36 000 personnes sur les hauteurs de Neuve-Église dans la vallée de Villé. Rap, rock, électro, un festival éclectique et bouillonnant pour une édition sous canicule. Morceaux choisis d’ambiance entre deux concerts.
Vendredi soir, 19h. C’est parti pour cette 32ᵉ édition du festival Décibulles. Les basses du concert de Bekar résonnent dans la vallée, mais pour entendre le flow du jeune rappeur, il faudra encore monter la fameuse pente de Décibulles. Une épreuve indispensable pour accéder à la colline du Chena et à sa vue panoramique sur la vallée qu’on retrouve avec plaisir tous les ans.
Alors qu’une partie du public se presse dans l’ascension, sur le camping, les festivaliers/ères s’installent. Là, une tente deux secondes. Ici, un véritable palais de toiles. Des potes s’interpellent, se retrouvent et s’embrassent entre deux plantages de piquets et trois pschitt de canettes.
Concerts et quêtes secondaires
Guillaume et Alexandre installent leur mini-tente en bas du champ, là où la pente se fait plus douce. « Vous allez dormir tous les deux dedans ? » Les deux amis font oui de la tête. Si pour Alexandre, c’est une première au festival, Guillaume retrouve la vallée avec grand plaisir. « Je ne vis plus en Alsace, du coup, c’est un peu ma manière de revenir. En plus, il y a des groupes que j’aime bien, des copains qui jouent, des copains qui viennent… »
« D’habitude, je bosse toujours à cette période, complète Alexandre, qui travaille dans l’animation. Là, j’ai posé mes congés et je peux enfin faire ce festival dont mes potes me parlent depuis des années. »
Au programme des deux comparses, Yamê, Perceval, Juste Shani, Marta… Mais surtout kiffer avec les potes et les autres festivaliers/ères. « Le cadre est génial, la programmation hyper éclectique, les gens sympas et les interactions naturelles, détaille Guillaume. C’est comme à la maison ce festival, c’est trop bien. »
Plus que voir un artiste en particulier, notre duo vient pour vivre le festival. « Ce qu’on aime, ce sont les quêtes secondaires, découvrir des artistes qu’on ne connaissait pas, vivre des aventures avec les gens. »
Master cigogne
Sur le site, le public s’ambiance sur le son de Yamê, un mélange planant de rap, de soul et de musiques africaines. Les bars sont remplis. Des festivaliers assis sur l’herbe profitent de la musique sur fond de soleil couchant. Et, dans l’allée principale, une file se forme devant deux cigognes. « Je peux faire une photo avec vous ? »
Une pinte à la main, nos deux cigognes prennent la pose. Clic clac, au suivant. « On fait tous les festivals en cigogne, explique Thibaut. C’est une tradition. » « C’est un peu comme les Bretons qui viennent avec leur drapeau, complète Renaud, la seconde cigogne. Sauf qu’il y a peu d’Alsaciens qui assument de faire les festivals en cigogne. » Les deux amis éclatent de rire, « on a un peu chaud là… »
À l’image de leur animal totem, Thibaut et Renaud voyagent pour faire des festivals. « On a déjà amené la cigogne dans d’autres régions et même dans d’autres pays, raconte Thibaut. En Irlande, on a même passé la douane en costume. »
Problème, le reste du monde ne semble pas familier avec l’emblème alsacien. « En dehors d’Alsace, les gens nous prennent pour des poulets ! »
Des léopards roses
Sur la grande scène, le rap a laissé la place au rock de The Libertines. À l’écart, un groupe d’une dizaine de léopards roses chillent sur l’herbe. « On est toute une bande de potes, on s’appelle les Knacky Beer », explique Mélanie.
« L’année dernière, on était déjà en léopard, du coup cette année, on s’est dit qu’on allait faire léopard, mais rose pour changer », poursuit Mélanie. Avantage pour la bande de copines, accoutrées d’une tenue aussi reconnaissable, leurs maris sont facilement trouvables sur le site. « En plus, on leur a mis des chapeaux », s’esclaffe Mélanie.
Pour la bande de copines, Décibulles, c’est une tradition. « La première fois que j’ai fait Décibulles, il y a dix ans, c’est celui qui est devenu mon mari qui m’avait emmenée, raconte Maylis. Il m’avait dit que si j’étais toujours avec lui à la fin du festival, c’est que j’étais la bonne. »
Mélanie la coupe dans un éclat de rire, « moi aussi, c’est son mari qui m’a amenée la première fois, mais on ne s’est pas mariés ! »
« À Décibulles, on est à la maison, explique Mélanie. Même quand la programmation ne nous plait pas trop, on est quand même là. » Les amies louent l’ambiance, le cadre et le côté familial du festival. « Depuis deux ans, le dimanche, on vient avec les enfants », poursuit la jeune mère de famille.
« Ils adorent venir au festival, le seul truc qui manque, c’est une plateforme pour qu’ils puissent voir les concerts, détaille Maylis. À partir d’un certain âge, ils sont un peu lourds pour les avoir sur les épaules. » Pour Gina, ces moments en festival en famille sont magiques. « L’année dernière, ma fille a découvert I am avec moi et elle était aussi fan que sa maman. »
Samedi et gueule de bois
Samedi, retour sur le site. Sur le camping, les festivaliers/ères sont à l’apéro et se préparent à la deuxième soirée de concerts. On retrouve Jean et sa bande de potes à leur campement. « On a les tentes, des chips, du saucisson, du Gin-To, du vin rouge, il fait beau et on a même un peu d’ombre, c’est tout ce qu’il nous faut ! »
Avec ses amis, ils se sont tous rencontrés dans différents festivals au fil des ans. Pour eux, Décibulles, c’est l’occasion de se retrouver tous ensemble pour faire la fête. « Aujourd’hui, je viens surtout pour retrouver les potes, explique le trentenaire. On se retrouve tous ensemble une fois par an au festival. »
En arrivant sur le site, le rock de Fat Dog accueille les festivaliers/ères. Un immense nuage de poussière s’élève au-dessus de la grande scène, en dessous, 300 personnes se déchainent dans un pogo géant. Un peu à l’écart, on retrouve Sophie et Elena en train de se faire un sandwich américain.
Les deux copines n’avaient pas prévu de venir à Décibulles cette année, mais le festival où elles devaient se rendre a été annulé à cause de la canicule. « J’ai un peu le seum, mais Décibulles, c’est bonne ambiance, on mange bien, il fait beau, c’est parfait, explique Sophie. Finalement, on est contente de retrouver les potes ici, c’est un peu la grande famille. »
« J’aime bien Décibulles parce que c’est un festival local, complète Elena. Et puis, il y a tellement de styles différents qu’il y a forcément un truc qui va nous plaire. » La trentenaire n’était pas venue depuis une dizaine d’années et découvre un festival qui a bien évolué.
« Je vois comment ça a grandi, c’est vraiment chouette. Au début, il y avait des toilettes chimiques, pas de douche, ce n’était pas trop écolo. Aujourd’hui, à l’entrée, on te donne des poubelles de tri, y a des toilettes sèches, ils font attention à l’écologie et tout. »
Alors que la conversation se poursuit, les premières notes de Last Train se font entendre sur la grande scène. Pour nous, il va aussi être temps d’aller profiter un peu.

