Les Ultra Boys 90 et les trois autres associations contestataires de BlueCo ont récemment publié une lettre ouverte à Catherine Trautmann. L’objectif ? Demander une médiation sur la situation du Racing. Un choix de porter le combat contre la multipropriété sur un terrain plus politique et qui n’a pas manqué d’attiser les critiques.
Bien naïve est la personne qui pensait que l’extra-sportif allait se calmer autour du Racing Club de Strasbourg, malgré la suspension de la grève. Certes, cette dernière a redonné de la voix à la Meinau, poussant l’équipe vers une belle victoire face à Lens (2-1). Elle a également calmé temporairement les discussions houleuses de la communauté Racing des réseaux sociaux, ainsi que réchauffé les relations entre directions et associations contestataires.
Mais depuis le 10 septembre, à deux jours de la réception de Monaco, tout est reparti de plus belle. Les UB90, la Fédération des Supporters, le Kop Ciel et Blanc et la Pariser Section ont publié une lettre ouverte à Catherine Trautmann, maire de Strasbourg et présidente de l’Eurométropole. Ils demandent une médiation sur la situation du club par rapport à son actionnaire.
Une demande de médiation avec BlueCo pour comprendre le projet
Signée par les quatre associations contestataires, cette lettre ouverte s’adresse à Catherine Trautmann. Selon leurs mots, elle est « l’héritière d’une tradition politique qui valorise le dialogue et la concertation de tous les acteurs impliqués sur un sujet dans une ville revendiquant le titre de Capitale européenne démocratique ». Elle comporte trois demandes :
- Une médiation personnelle de Catherine Trautmann auprès de Behdad Eghbali, PDG de Clearlake Capital et unique décisionnaire du club. Le but ? Obtenir une prise de parole publique sur ses intentions et sa stratégie pour le Racing.
Un club professionnel porte une valeur patrimoniale et culturelle, au-delà de sa simple dimension économique.
- La levée de l’interdiction, au sein du stade, des visuels réclamant le départ de l’actionnaire BlueCo, contraire à la liberté d’expression.
- Un engagement à saisir les instances de contrôle du football si la maire estime que la situation du club l’exige.
Enfin, les quatre associations demandent une rencontre avec Catherine Trautmann et ses équipes, afin d’échanger sur le sujet de vive voix et de leur présenter ce dossier.
Un sujet qui fait parler
Publiée à 19h, cette lettre ouverte n’a pas manqué d’entrer rapidement dans la sphère politique. Le groupe LFI au conseil municipal de Strasbourg a publié son communiqué en soutien à cette initiative à 19h25. Le groupe insoumis dénonce « des pratiques prédatrices et excluantes des propriétaires du club, et notamment de l’actionnaire BlueCo et de ses relais locaux ».
Par ailleurs, selon le groupe insoumis, « la multipropriété de plusieurs clubs par BlueCo est un sujet politique, qui exige donc des réponses politiques ». C’est pour le moment la seule réaction du conseil municipal strasbourgeois à cette lettre ouverte. Mais nul doute que le sujet trouvera le moyen de forcer les portes de l’hémicycle strasbourgeois le 28 septembre prochain.
Une lettre ouverte qui concentre les critiques
Cette lettre ouverte s’inscrit dans la logique directe de ce que les quatre associations contestataires avaient annoncé lors de la suspension de la grève : mener le combat contre la multipropriété, mais sous d’autres formes. Pourtant, les critiques n’ont pas manqué de pleuvoir sur les réseaux sociaux de la communauté de supporters/rices strasbourgeois(es). Et les clans se sont rapidement reformés, comme à l’époque des grandes discussions sur la grève.
Certaines réactions interrogent la possibilité de réussir une telle médiation, notamment parce que Behdad Eghbali ne s’exprime quasiment jamais et qu’il a toujours refusé de le faire sur le Racing. Mais globalement, les critiques ont davantage concerné le versant politique de l’affaire.
L’histoire de Catherine Trautmann au Racing
La première critique est celle d’adresser cette lettre à… Catherine Trautmann. Pour rappel, l’actuelle maire de Strasbourg a longtemps été critiquée par les supporters/rices du Racing, pour deux raisons. La première, c’est qu’elle n’avait pas accepté, lors de son dernier mandat, les travaux de rénovation nécessaires pour une Coupe du Monde à la Meinau en 1998. La deuxième, c’est sa décision de laisser le club s’échapper du giron de la ville, pour la première fois de son histoire et de le vendre en 1997 à l’investisseur américain IMG-McCormack.
Ces décisions marquent encore très négativement l’image de Catherine Trautmann auprès des supporters/rices. Sauf qu’elle reste non seulement la maire de Strasbourg, la ville du club, mais aussi la présidente de l’Eurométropole… Qui est le premier financeur de la rénovation, très coûteuse, du stade de la Meinau. Catherine Trautmann reste donc celle qui a un pouvoir considérable dans cette affaire, renforcé par sa double casquette de maire/présidente. Difficile, dans ce contexte, de savoir à qui les associations contestataires auraient dû s’adresser à la place.
L’accusation de politiser un sujet… qui est politique
La seconde critique concerne la politisation du sujet, et se concentre particulièrement sur le soutien de LFI Strasbourg. Un soutien très mal accueilli de la part de nombreuses personnes sur les réseaux strasbourgeois. D’un côté, LFI Strasbourg est accusé de récupération politique, et de l’autre les associations contestataires sont rendues coupables d’être associées au parti. Alors même que certain(e)s opposant(e)s à BlueCo, et donc plutôt en faveur des assos, critiquent le soutien du groupe insoumis.
Pour rappel, LFI Strasbourg s’était positionnée localement en faveur des associations contestataires contre la multipropriété durant la campagne des municipales. Par ailleurs, à l’échelle nationale, son député Éric Coquerel a fait adopter récemment une proposition de loi transpartisane pour interdire la multipropriété dans le football professionnel français. Une loi qui ne toucherait néanmoins pas le Racing, puisqu’elle concernerait les futures multipropriétés dans le championnat français.
Nos positions sur la multipropriété ont pu sembler impopulaires localement et ponctuellement. Les faits nous donnent pourtant chaque semaine davantage raison.
Le sujet de la lutte contre la multipropriété est donc politique. Tout comme l’est d’ailleurs le Racing Club de Strasbourg : lors de « l’affaire des banderoles », de nombreuses personnalités politiques, dont Catherine Trautmann, Jean-Philippe Vetter et Jeanne Barseghian, avaient en effet apporté leur soutien à Marc Keller. De manière plus globale, les sommes très importantes engagées dans la rénovation de la Meinau par les collectivités publiques [160 millions d’euros, ndlr] placent également le sujet sur le terrain politique.
Reste désormais à voir quelle sera la réaction de Catherine Trautmann à cette lettre ouverte, et l’ambiance à la Meinau ce 12 septembre contre Monaco. Mais au Racing, il semblerait que ce qu’il se passe en dehors du terrain continue encore un peu de faire concurrence à ce qu’il se passe sur le terrain.


